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Sancko – Artiste peintre essentielle

Artiste engagée, performeuse, street artiste, elle fait partie des artistes sélectionnés pour envahir les panneaux publicitaires de la ville de Montpellier…. mais pas que… Un agenda chargé pour cette humaniste qui rêve de friches berlinoises et dont les œuvres nous transportent vers un sublime questionnement.

 

 

Comment définissez-vous votre style ?

A la base c’était très influencé par le pop art mais ça en est loin maintenant.  Mon style est figuratif puisque je peins des femmes dans un univers noir et blanc entourées de la couleur rouge qui symbolise la vie. Plus récemment j’ai créé un duo avec mon compagnon le duo Sanckoblack. A nous deux on a créé notre propre style que je ne saurais classer dans un style particulier. C’est un style sociétal et militant !

Vous parlez de votre collaboration avec votre compagnon, est-ce que vous avez d’autres collaborations, est-ce que vous faites intervenir d’autres corps de métier dans votre démarche artistique ?

Dans les performances que je réalise ou pour les vernissages je vais faire intervenir des musiciens, des slameurs, des chanteurs, des écrivains… Des tatoueurs sur mes tableaux, sur la série « Undressed » j’ai fait intervenir des tatoueurs qui ont créé des tatouages que j’ai mis sur le corps de mes femmes.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

La femme ! Tous les sujets qui me heurtent, comme l’intolérance surtout, les discriminations… je n’aime pas quand on attaque l’humain. Actuellement je suis en train de réaliser une série de toiles sur le voile : « pas touche à mon hijab » J’avais commencé avant la nouvelle loi, malheureusement l’actualité confirme que je dois continuer à faire cette série quand je vois tout ce qui se passe autour de l’islam. L’autre série que je réalise avec mon compagnon parle du confinement, de l’introspection, de la fragmentation, de cet avenir incertain, on est tous un peu embrumés dans nos têtes, on sait qu’il y aura un avant et un après Covid,  Dans tous les cas je pars toujours d’un fait de société.

Donc vous êtes une artiste engagée ?

Oui ! J’ai créé avec d’autres personnes la première Women’s march, le premier Noustoutes, le premier rassemblement Metoo, puis j’ai quitté ces associations et créé avec d’autres personnes le collectif Allinclusive qui est pour la défense de l’humain. On intervient par des performances live ou vidéos sur des sujets ponctuels, on essaie de réagir à l’actualité par aussi des collages, des textes, des musiques…On est surtout connus pour avoir réalisé les pierres tombales avec le prénom des femmes victimes de féminicides que l’on a vu lors des marches féministes.

 

 

 

Est-ce que pour vous le street art est la base de l’art engagé ?

Oui, c’est une galerie à ciel ouvert, tout le monde y a accès ! Il y a aussi le côté j’avoue un peu publicitaire, ça me permet d’exposer une partie de mon travail mais c’est ce côté démocratique qui me plait surtout.

Est-ce important de montrer vos œuvres au public ?

Oui, c’est important de livrer son message, que l’autre aime ou n’aime pas, en tant qu’artiste j’ai un message à délivrer.

Quelles sont vos relations avec les galeries ?

J’en ai peu, j’ai été exposée en galerie mais très peu.

C’est dur d’exposer en galerie ?

Si tu n’as pas un nom reconnu c’est très dur. Sur Montpellier le marché est très fermé et les artistes très nombreux !

Pour vous, est-ce que l’art est utile à la société ?

Oui indispensable car ça ouvre l’esprit. Les différents arts nous permettent d’avoir des points de vue différents sur le monde, c’est essentiel !

L’artiste a quel rôle pour vous dans la société ?

De faire rêver, de remettre les pieds sur terre, de montrer les cruautés et les beautés du monde, l’artiste nous montre les différentes palettes de la vie.

La période Covid on en parle ? Est-ce que ça vous a affectée ?

Oui car ma galerie a fermé et financièrement ça a été compliqué…

Après personnellement j’ai très bien vécu le premier confinement qui a été une pause salvatrice, je me suis ressourcée, j’ai pu faire le point sur ce que je voulais faire et ne plus faire…maintenant ça commence à être un peu long, le deuxième confinement je me suis sentie abandonnée par le gouvernement, les institutions…je trouvais que les artistes avaient été oubliés, les grands oubliés, les non essentiels…le troisième j’ai l’impression que ça change un peu, j’ai des projets qui reviennent, ceux qui avaient été annulés ou reportés. Je sens un redémarrage.

D’ailleurs dans votre actualité, il y a un redémarrage assez fort justement

Oui, j’expose en tant que Sanckoblack au co-working d’avocats d’Elodie Manonvillers situé au Peyrou avec deux autres artistes pendant deux mois du 29 avril au 29 juin. On ne sait pas encore si on pourra faire un vernissage en raison des contraintes sanitaires. J’ai été sélectionné par Artstation sous couvert de cercle rouge et de la ville de Montpellier pour remplacer les panneaux publicitaires par des œuvres d’artistes. On envahit la ville à partir du 28 avril. J’exposerai en août au vestiaire d’Alex sur Lunel Je suis en pourparlers pour exposer dans une galerie à Orange. J’ai été sélectionnée pour participer au sommet international Afrique-France qui se tiendra à Montpellier du 8 au 10 juillet 2021. En septembre je participerai à un projet que je vous dévoilerai plus tard, avec les Mixeuses solidaires.

Si vous pouviez changer les choses, faire des propositions pour les artistes, street artistes, la culture ? Vous feriez lesquelles ?

Je veux des friches ! Comme à Berlin ! Je veux plein de friches ! Il y a beaucoup d’endroits abandonnés, j’aimerai bien que les artistes puissent investir ces lieux et que ça devienne des galeries gratuites, avec un petit financement de la Mairie en plus ce serait le top !

Alors, justement, Montpellier c’est quoi pour vous ?

Ca va faire trente ans que je vis sur Montpellier, ça a toujours été pour moi la ville de la culture de la jeunesse, une ville interculturelle car on y retrouve toutes les origines, toutes les religions. Après avec le MOCO, la Panacée, j’ai eu l’impression que la culture devenait plus élitiste et moins accessible au peuple.  Maintenant j’ai l’impression que ça commence à changer, la nouvelle municipalité a l’air plus sensible aux street artistes et aux artistes locaux. Montpellier c’est aussi le soleil, les bars, les restos…bien sûr ! Je cherche un peu à sortir aussi de Montpellier pour confronter mon travail à d’autres artistes.

Qu’est-ce que vous aimeriez laisser de vous en tant qu’artiste ?

J’aimerais si possible provoquer un questionnement auprès du public, du moins ouvrir le débat sur un sujet et éventuellement contribuer, à mon petit niveau, à faire bouger les lignes, amener à une prise de conscience, c’est cela la petite marque que j’aimerais bien laisser !

Je me rappellerai toujours quand j’ai fait la toile « Welcome » en collaboration avec Outofthe.black mon compagnon, qui représentait une africaine ayant la carte de l’Afrique dessinée sur le corps, et celle de l’Europe sur le crâne. Entre les deux donc la Méditerranée, j’avais mis des croix rouges. Je sais que cette œuvre avait eu un impact car beaucoup de personnes voulaient savoir ce qu’elle symbolisait. Lorsque j’expliquais que c’était les personnes mortes en traversant la Méditerranée beaucoup ne savaient pas.

Propos recueillis par Lalionne

Contact et liens vers les œuvres de Sancko :

http://sancko.com

https://www.instagram.com/sanckoartiste/?hl=fr

https://www.facebook.com/sanckoartiste

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