Le magazine d'actualités culturelles en Languedoc-Roussillon

FRANCK NOTO aka ZEST – De l’émotion dans l’art

 

Actif depuis le milieu des années 90, Franck Noto aka ZEST est un des pionniers du graffiti dans le Sud de la France. Suite à ses premiers graffs sur les murs de la ville, son talent se concrétise dans des fresques murales figuratives dans lesquelles il met en scène un personnage. Aujourd’hui sous le signe de l’abstraction, son art se révèle en atelier où il semble en symbiose avec les couleurs et où son geste est vif et absolu. Rencontre avec un passionné, quelques semaines avant sa nouvelle exposition, prévue en juin 2021, au sein de la galerie montpelliéraine Nicolas Xavier.

 

Vous avez commencé le graffiti à Montpellier, il y a 15 ans, comment votre démarche conceptuelle et votre pratique ont évolué depuis ?

Lorsque j’ai découvert le graff il y avait une liberté qui m’a de suite plu… J’étais jeune, j’avais l’impression de peindre ma ville. Mais je suis avant tout passionné par l’art, bien avant le graffiti, j’ai toujours peint. Le graffiti… il s’agit d’une parenthèse qui a duré un petit moment mais j’aimais la peinture et le dessin avant lui. En fait, il a été un élément de mon parcours, mais cela ne correspondait pas à la finalité de ce que j’ai envie de proposer.

Après 2016 votre art est d’ailleurs devenu plus abstrait que par le passé, quel a été l’élément déclencheur ?

Pendant des années, j’ai réalisé beaucoup de figurations mais petit à petit le personnage que je peignais s’est déstructuré, jusqu’à arriver au point où l’abstrait devenait logique. A ce moment-là, ce n’était plus la forme qui comptait mais bien l’émotion qui avait pris le dessus. L’émotion peut être créée par le geste, par des couleurs… Du coup la transition s’est faite assez naturellement, même si je peux dater ce changement. Dans l’art abstrait je me sens plus libre. Il n’y a pas de message dans mon art, j’essaie seulement de transmettre une émotion. Dans l’abstrait il n’y a pas de codes prédéfinis ce qui laisse l’imagination libre à chacun.

Vous mettez aussi l’accent sur la couleur, avec une palette qui vous est propre : des couleurs tantôt fluo, tantôt pastel…

Oui, la couleur est un élément très important, tout comme le mouvement, elle rythme mon travail.

 

 

Vous pratiquez votre art à la fois en atelier et dans l’espace public, que vous apportent respectivement ces deux approches ?

Lorsque je travaille en atelier, mon art est plus autocentré et ma réflexion plus personnelle, le support est forcément réduit et je dois aller à l’essentiel. En revanche lorsque je réalise une œuvre dans l’espace public, j’ai la chance d’avoir un espace plus vaste, ma réflexion y est différente. Ce que j’aime dans l’espace public c’est que l’art puisse être visible de tous, gratuit pour tous. J’ai besoin du travail en atelier tout comme celui que je réalise dans la ville, c’est un équilibre qui m’est nécessaire. Par contre ces derniers temps, je me retrouve davantage dans ce travail en atelier. Je m’écoute, et lorsque je réfléchis à ce qui m’anime en ce moment cela correspond à mon travail en atelier : je m’y sens bien aujourd’hui, même mieux que dans l’espace public.

Le projet de la nouvelle Mairie de Montpellier semble ouvert à une visibilité accrue de l’art urbain, avec notamment une possibilité qu’il ait sa place dans un musée de la Ville. Que pensez-vous d’une visibilité plus institutionnalisée de l’art urbain ?

Je pense que c’est une bonne idée. Les générations changent, les jeunes sont nés avec les graffitis dans les rues, les collectionneurs sont aussi plus jeunes que par le passé. Il y a un réel attrait autour de cet art, qui pendant un moment était mis à l’écart ou mal vu mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. De nos jours on s’aperçoit que les personnalités politiques ont plutôt intérêt à être ouvertes sur le sujet car c’est un art qui envahit le monde. D’une manière générale je suis ouvert au fait que l’art soit accessible à tout le monde et qu’il puisse se renouveler, donc je suis pour que l’art urbain se développe aussi de cette manière. Il existe une belle énergie dans ce courant artistique, personne ne peut la nier.

Vous êtes aussi lié à l’association montpelliéraine Line Up, qui met en avant les talents des street-artistes locaux.

Oui, j’ai mis en place cette structure il y a 4 ans maintenant pour que des plus jeunes artistes puissent travailler, avoir de la visibilité, et qu’ils puissent aussi avoir accès à des ateliers. C’était mon but. Aujourd’hui je ne m’en occupe pas, mais je la soutiens toujours. Je trouve cela important de mettre en avant les artistes de qualité que l’on a ici, à Montpellier.

 

 

Vous allez présenter sous peu une exposition personnelle au sein de la galerie Nicolas Xavier, spécialisée dans l’art urbain contemporain, pouvez-vous nous en révéler les prémices ?

Cette exposition sera visible en juin 2021 et, à cette occasion, je présenterai des œuvres inédites que j’ai réalisées spécialement pour cette nouvelle exposition à la galerie Nicolas Xavier. Le thème principal de cette exposition c’est le temps ; comment celui-ci agit sur nous, sur les autres, mais aussi sur les éléments qui nous entourent comme la peinture, son usure… qui peut elle-même révéler des choses. Le temps est le maître mot du projet.

Propos recueillis par Johanna Pocobene

 

Exposition de Franck Noto « Avec le temps… » du 12/06 au 17/07  – Galerie Nicolas Xavier

Place du Musée, 2 Bis Rue Glaize, 34000 Montpellier

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *