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ÉMILIE LOSCH

Le lisse et le strié

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

La création contemporaine dialogue avec le patrimoine ! Pour cette exposition monographique d’envergure Emilie Losch a investi la Chartreuse, le Musée Pierre-de-Luxembourg et le Fort Saint André à Villeneuve lez Avignon. Accompagnée par le FRAC OM, l’artiste a produit des pièces originales portant de nouveaux regards sur ces lieux remarquables. Cette expérience est une réussite aussi bien pour l’artiste que les institutions partenaires.

Ce projet en partenariat a permis la réalisation de deux résidences et de quatre expositions…

En effet, j’ai réalisé une résidence en deux parties en commençant au lycée avec des interventions auprès des élèves pour expliquer le travail de plasticien et ma démarche artistique. Ensuite, j’ai eu un temps de résidence pour créer des œuvres, je suis restée à la Chartreuse jusqu’au vernissage de l’exposition début mars.

Que vous a apporté cette expérience multiple (résidence, médiation, création) ?

Je réalise que cette exposition m’a permis de faire des pièces que j’avais en tête depuis longtemps. J’ai conçue cette exposition comme un projet global, une vue d’ensemble plutôt que des œuvres parsemées simplement associées pour l’occasion. Ce fut un véritable challenge pour lequel je me suis beaucoup investi. J’étais le lien entre les partenaires, les lieux, le FRAC et le public.

Quelle est la réflexion de départ ?

Le projet m’a été proposé au début de l’été dernier, j’ai visité les lieux et j’ai été impressionnée par ces monuments, ils ont une présence incroyable. C’est un super terrain de jeu, c’est rare d’avoir une carte blanche dans de telles architectures.

Sur l’ensemble de la proposition, il y a seulement cinq pièces préexistantes. J’aime réagir à l’espace que j’investi, mes projets s’adaptent toujours au lieu. Durant ma résidence, j’ai eu l’occasion d’habiter, de traverser, d’appréhender, de découvrir les divers espaces. Ma première impression est celle d’un labyrinthe ! J’ai donc eu envie de travailler cette question des repères, du parcours, des modules… l’architecture en tant que forme construite en 2D et en 3D, le plan et le volume. Dans ces escaliers, ces enfilades, sous ces voûtes… je continue de me perdre !

Quelles œuvres allons-nous découvrir ?

Cette expérience fut très intensive. Les œuvres étaient comme des évidences dans ce lieu, j’utilise diverses techniques comme le dessin, l’animation, la broderie à la machine à coudre évoquant le fil d’Ariane… puis il y a le travail de sculptures conçu sur place. Comment intégrer, interagir avec ses vielles pierres et ses bâtisseurs ? Cela convoque inévitablement l’histoire, le bâti qui traverse le temps et puis la mythologie et le sacré, un sujet qui m’intéresse beaucoup. Il y a toujours des créatures fantastiques associées à l’architecture, des personnages qui l’habitent.

Justement, des créatures parcourent l’architecture !

Je m’intéresse aux hybrides. C’est la série Les colosses où l’architecture industrielle fusionne avec une représentation animale. Ces chimères dessinées en grands formats sont présentées dans les cellules d’une ancienne prison, un peu comme une ménagerie. A travers cela j’interroge ; comment les choses s’agencent ? Se construisent ? S’articulent ? Comment les ossatures du vivant s’arrangent ? Comment le monde fonctionne ?

Au musée, vous présentez « Rhizome » ?

Comment développer une tri-dimension à partir d’un segment ? C’est l’idée d’un réseau avec un développement dans l’espace comme celui d’une branche ou d’un lierre. Cette sculpture est modulable en fonction du lieu. C’est un dédale réalisé à partir de module en céramique et de pierres semi-précieuses. Pour la conception de cette pièce, j’ai aussi pris en considération le contexte de monstration du musée à savoir la surveillance, l’hygrométrie pour me permettre de réaliser une œuvre plus fine, plus fragile.

Vous présentez aussi « Sweet pyramid (reversed)»…

Il s’agit d’une pyramide inversée évoquant les puits et réservoirs creusés dans la terre en Inde, mais aussi la culture Maya. C’est une forme architecturale universelle, un objet de fascination. Ici, j’ai construit des pyramides en morceaux de sucre ; avec l’idée d’éphémère, en imaginant la destruction possible par l’eau…

Finalement, l’humain est omniprésent sans être visible dans vos pièces. Il y a toujours un double rapport à l’espace, celui du lieu, celui de l’œuvre.

Je ne sais pas si c’est volontaire, mais cela ressort toujours. L’architecture ou l’espace engagent forcément le rapport humain. Quel regard avons-nous sur l’œuvre ? Quelle place l’homme a-t-il dans le monde ? C’est aussi cela le mystère de la création, tout est imbriqué…

Une édition est-elle prévue ?

Non, au départ cela n’était pas prévu mais je commence à y réfléchir…

Exposition Le lisse et le strié

Visible jusqu’au 13 mai

Villeneuve lez Avignon

www.frac-om.org

www.emilielosch.com

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