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WAX TAILOR – « The Shadow Of Their Suns » un nouvel album comme un long-métrage sonore

 

@RONAN SIRI

 

Jean-Christophe Le Saoût, alias Wax Tailor, a sorti son sixième opus, « The Shadow Of Their Suns ». L’auteur-compositeur, DJ et producteur de musique est convaincu, engagé, et livre à travers les samples ses révoltes et sa passion pour la musique. Récit d’une discussion téléphonique, quelques jours avant sa tournée des disquaires.

Cet album sort après une longue période de réflexion de votre part, de quelle manière cette année 2020 a-t-elle influencé l’écriture et la composition de cet album ?

Cette période nourrit effectivement beaucoup de choses. Si je devais résumer cette période en une phrase je dirais que « c’est un accélérateur de particules ». Excusez-moi, le parallèle est un peu con, mais c’est comme si je disais « Trump est un problème », non, Trump est un symptôme. Pour moi ce qu’il se passe c’est pareil, la pandémie actuelle c’est le symptôme d’un problème présent depuis longtemps. Il s’agit d’un révélateur, c’est un arbre qui cache la forêt. Par contre, l’album je l’ai commencé en 2019, donc tout ce qui se passe aujourd’hui n’était pas le point départ de cet album. C’est étrange d’ailleurs car à l’origine j’avais envie de mettre le curseur sur un point sociétal et effectivement la période m’a plutôt permise de mettre à profit cette envie. En revanche, je ne me pose en aucun cas en donneur de leçons, je souhaite partager mon ressenti et j’aime donner à penser mais je me bats contre moi-même pour ne pas tomber dans ce travers.

Dans cet album vous collaborez avec des artistes de renommée internationale. C’est d’ailleurs un album assez éclectique parce qu’il y a des artistes issus du milieu hip-hop, du rap, mais aussi un titre avec la légende du rock Mark Lanegan… il s’agit d’ailleurs d’un titre marquant. Pouvez-vous nous parler de cette collaboration ?

Je comprends que ce titre ait pu vous marquer. D’autant plus que, lorsque d’habitude on me questionne et qu’on me demande mon avis c’est une question compliquée car il n’y en pas de collaboration qui me marque une par rapport à d’autres. Mais ici c’est un peu différent. Au début, lorsque j’ai contacté Mark Lanegan, je ne m’attendais pas à quelque chose humainement parlant, je misais beaucoup sur sa voix, sur notre travail. Or, il s’est avéré que j’ai découvert le mec derrière. Parfois lorsque je repense à certaines collaborations, je me remets en question et je me dis que le titre n’était peut-être pas être abouti à 100%. Parfois, surtout lorsque j’ai affaire à une voix incroyable, par exemple, je me dis que j’aurais pu mieux faire. Et à côté de tout cela il y a des morceaux que je trouve très réussi, tout de suite. Cela arrive surtout lorsque je regarde la carrière de l’artiste en question et que je me rends compte qu’on a réalisé quelque chose qu’il n’avait pas fait avant. C’est exactement le sentiment que j’ai avec Mark. J’en suis très heureux car j’aime vraiment Mark Lanegan. C’était une chouette rencontre. Je pense que cela contribue au titre.

 

 

Le premier clip que vous avez sorti est celui du titre Misery, comment avez-vous imaginé le scénario ?

Avec le réalisateur du clip nous avons évoqué ensemble les réseaux sociaux, je lui ai dit que pour moi en 2020, les réseaux sociaux c’était comme la fameuse phrase « La religion est l’opium du peuple », que c’était ma définition des réseaux sociaux. Pour moi les réseaux sociaux c’est « je te tuerai pour un like », c’est cet art du paraître… qui nous rend tous dingue. Nous sommes donc partie sur cette idée, sans tomber dans l’illustration pure et dure du discours qui est dans le texte de Misery. J’ai trouvé que le fait de transposer l’iconographie des émoticônes dans la religion, dans les musées, dans tout ce qui fait notre corps de société cela pouvait être vraiment percutant.

Vous réalisez une tournée des disquaires, vous allez dans plusieurs villes afin de présenter votre album au public, comment l’envisagez-vous ? d’où est venue cette idée ?

Je tiens à cette tournée des disquaires indépendants. Notamment pour les soutenir car les disquaires sont restés fermés, comme tout le monde le sait, alors qu’on avait le droit d’aller acheter une ponceuse dans des enseignes de bricolage… Cela revient à nous questionner encore sur tout ce qui est censé être « essentiel » mais qui ne veut rien dire. Cela a été une façon de répondre à tout cela.D’une part oui, j’ai gardé la date de sortie de l’album alors qu’on m’a demandé de la repousser, et d’autre part je vais quand même prendre la route et je vais aller rencontrer des gens, des disquaires, mais nous n’allons pas faire ça comme des crétins et faire n’importe quoi. Nous nous sommes organisés, nous avons tout prévu, notamment en termes de sécurité et nous avons discuté de ce que je devais relayer comme information à ce sujet. Il est important de leur faire comprendre que nous sommes des professionnels et non des hurluberlus. Nous sommes tous conscients des problèmes mais on ne va pas s’arrêter de vivre. Les effets collatéraux de ce que l’on est en train de vivre, nous n’avons pas fini de les voir apparaître. Il faut y penser. Ce qui est dur également ce n’est pas seulement les conséquences d’une pandémie, c’est cette incapacité à se projeter et même si évidemment ils ne contrôlent pas tout, mais c’est quand même en partie la faute à un décisionnel incapable d’avoir une ligne directrice et d’assumer les décisions. C’est à cause de cette politique qui a perdu complètement toute crédibilité au jour 1.Il y a quelques minutes je discutais avec un des disquaires puis nous nous sommes laissés en se donnant rendez-vous la semaine d’après, tout en se disant que peut-être tout ceci n’aura pas lieu. Je garde malheureusement en tête l’idée que cette tournée pourrait s’annuler du jour au lendemain… Mais il faut malgré tout relativiser, même si c’est pénible, car ce qui se passe dans le monde est parfois pire qu’ici, je pense notamment aux Etats-Unis.

Propos recueillis par Johanna POCOBENE

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