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UNE ODYSSÉE GAULOISE

Voyage dans le sillon des grecs

Rendez-vous avec Lionel Pernet, conservateur du patrimoine et directeur du site archéologique Lattara, pour présenter la prochaine exposition temporaire du Musée Henri Prades, situé à Lattes. Une Odyssée gauloise, parures de femmes à l’origine des premiers échanges entre la Grèce et la Gaule est labellisée d’intérêt national par le ministère de la culture !

« Parure d’une femme de Macédoine découverte dans sa tombe. VIIe siècle avant J.-C. (c) Musée d’art et d’histoire de Genève.« 

 

Un mot pour introduire le thème de l’exposition ?
L’idée est d’approfondir des aspects du premier millénaire avant JC. On avait initié le cycle sur la protohistoire avec l’exposition sur la production du vin méridional, puis avec Des rites et des hommes en 2011. Les recherches depuis trente ans ont montré qu’il y a deux courants de grecs qui arrivent dans le midi de la France au cours du VIIe siècle av. JC. Je travaille avec Stéphane Verger, le commissaire scientifique de l’expo, qui a étudié la circulation des objets gaulois jusqu’en Sicile.

Pourquoi Une Odyssée gauloise ?
L’époque concernée par l’exposition correspond à la période où Homère écrit l’Odyssée. Derrière le voyage géographique réel, il y a une mythologie des confins du monde.

Quelle est la nature des échanges de ces civilisations ?
Il y a un coté explorateur chez les grecs en rencontrant les populations ibères et gauloises, mais ils viennent surtout pour trouver du cuivre pur. Ils le mélangent à de l’étain dans leurs ateliers siciliens pour produire du bronze. C’est une relation à la fois de découvertes géographiques et économiques.

Quels types d’objets sont présentés ?
Les expositions temporaires nous permettent de développer certains points intéressants. On fait découvrir le réseau de circulation des objets en bronze entre deux civilisations méditerranéennes. Par exemple, dans le pays agathois on retrouve les résultats des échanges qui vont jusqu’en Bourgogne et dans le Jura. Il y a de nombreuses pièces dans les dépôts de métal, notamment des objets complets, souvent des parures, associées à des fragments et des galettes de cuivre pures formées par recyclage.
C’est la seconde fois que le Site Lattara acquiert le label d’intérêt national…
Cela s’explique par l’originalité du sujet en phase avec la recherche actuelle, la qualité des objets présentés et la réalisation d’un catalogue avec une quarantaine d’auteurs, conservant une trace de l’événement.

L’exposition est présentée pendant huit mois, en combien de temps ce projet s’est-il construit ?
C’est un projet qui mûrit depuis longtemps avec Stéphane Verger. De plus, le directeur, Vincent Guichard, du centre archéologique de Bibracte, coproduit l’exposition, qu’il présentera en 2014. Ce n’est pas le genre de projet qu’on monte en six mois ! Concrètement, c’est deux ans et demi de gestation, pour arriver à quelque chose de synthétique et de qualité.

Comment est envisagée la scénographie ?
C’est à la fois un sujet compliqué mais qui peut s’expliquer simplement ! J’avais en tête les grands dessins sans phylactères proposaient par des auteurs de BD pour structurer l’espace d’une exposition. Ainsi, on a proposé à la dessinatrice Claire Bigard, qui travaille actuellement sur Le casque d’Agris, de réaliser six dessins pour chacune des sections du parcours. Grâce à une documentation très précise, elle a mis en scène des objets exposés. L’idée c’est qu’il y est plusieurs niveaux de lecture, entre le dessin à la ligne claire, le texte et les vitrines.

Un exemple, avec la scène du mariage :
Le dessin montre comment les parures sont portées, elles sont aussi des marqueurs ethniques. En effet, chaque groupe gaulois des zones du centre de la France porte le même type de parures mais elles sont toutes différentes (par leur décor). Ici (visuel de la section 3), on est en Bourgogne, la préparation de l’événement important du mariage montre une femme portant un petit grelot autour du cou, un torque, des pendeloques en forme de roue ou de soleil, des bracelets de chevilles et des brassards tonnelets.

Finalement,
Les expositions permettent de rendre accessible tout ce travail au public. La plupart des gens n’ont jamais entendu parler de ces échanges, c’est normal car les archéologues ne le savent pas depuis très longtemps. C’est le rôle du musée d’être la vitrine d’une recherche en train de se faire et de partager son savoir.

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

Une Odyssée gauloise
Du 27 avril 2013 au 12 janvier 2014
Musée archéologique de Montpellier-Agglomération
Site Lattara, Musée Henri Prades le Lez
Ouvert tous les jours sauf le mardi
Plein tarif : 3,50€/Pass’Agglo : 3€/Réduit : 2€

 

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