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SOUFYAN HEUTTE

Raconter le quartier autrement

Sur la base de l’histoire vraie d’un ami de quartier, dont il a partagé les mésaventures, le jeune auteur montpelliérain livre un 1er roman fulgurant. Avec, à cœur, l’idée d’apporter de la poésie dans un univers qu’on préjuge hostile à cette « belle langue » française. On a cherché à connaitre ses sources d’inspiration.
Catherine Vantecombreux

Catherine Vantecombreux

Vous avez grandi à LaPaillade. Est-ce le quartier que vous racontez dans votre roman ?

La Paillade n’est pas nommée mais tous les souvenirs d’enfance du narrateur sont les miens, ils se passent dans ce quartier. Ce n’est pas simplement une zone géographique. Un quartier, on n’y habite pas, on l’habite. Le récit se voulait métaphorique, je souhaitais m’éloigner d’un territoire que je ne connais trop bien.

Le milieu carcéral est décrit de l’intérieur. Comment vous êtes vous documenté ?

La prison, je l’ai connue par procuration. Plusieurs proches y ont séjourné. Je l’ai aussi vécue à travers le parloir. Moment suspendu que j’ai voulu retranscrire dans mon livre. Mais je l’ai surtout connue à travers l’histoire de Kamel. On peut dire que, par endroit, ce récit est biographique avec un aspect romancé important.

Une répétition anaphore (je suis assis sur un banc) rythme votre livre, apporte une charge dramatique, suggère l’introspection. D’où vous vient cette maîtrise de l’écriture lyrique ?

Comme tout gamin de cité, j’ai débuté l’écriture par le rap. Mais je chantais mal et l’univers des rappeurs, ce n’était pas ma tasse de thé. Je me suis tourné vers la poésie et l’écriture de proverbes. Sans jamais me décider à tenter de les faire publier, j’ai continué à écrire. Jusqu’au jour où l’histoire dramatiquement incroyable de Kamel m’a poussé à écrire. L’anaphore m’a permis de découper le récit entre narration et pauses méditatives, quand le personnage se pose et réfléchit. Le banc rappelle la banlieue, cette mise au ban social.

Pourquoi les titres des chapitres sont-ils écrits en anglais ?

Je n’arrivais pas à trouver de titres qui ne vendent pas la mèche au lecteur ! J’ai repris les titres d’épisodes de la série Oz, chef œuvre télévisuel. L’histoire se passe en prison avec des pauses méditatives où l’on prend le temps pour réfléchir et mettre en perspective. Cette série m’a inspiré la composition du roman.

Ce livre vous l’avez écrit pour qui ?

Pourquoi plutôt ! Pour raconter l’histoire de mon pote ! Mais Kamel n’est pas un héros et ne souhaite pas le devenir. Juste un bonhomme qui encaisse les coups, en rend un peu, comme il peut et essaie de rester debout. C’est le genre de mec qui gagne mon respect. Il ne se plaint pas et assume l’avalanche de galères qui lui tombent dessus. Ce livre est ma contribution à son histoire. A lui et à tous ceux dont on ne contera pas les exploits car leurs noms ne sont pas reluisants.

Propos recueillis par Patricia Bussy

Mes poings sur les I (éd. L’Harmattan)

soufyanheutte.com

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