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SIRVENTES L’occitan – terreau fertile pour la création

 

La coopérative artistique Sirventès soutient les musiciens et conteurs dans la diversité de leurs créations contemporaines autour de la langue occitane. Elle s’implique plus largement pour le «  droit culturel  » en puisant l’inspiration dans le patrimoine régional avec la volonté de faire entendre cette culture bien vivante, de la partager et la transmettre grâce à l’art. Malgré un contexte difficile, les projets ne manquent pas ! Rencontre avec Nathalie Marty, administratrice et gérante pleine d’énergie.

Pour commencer, un petit rappel historique serait la bienvenue !

L’histoire débute en 1996 à Aurillac avec la fondation d’une association par son gérant historique Bernard Giacomo pour la promotion et la diffusion des cultures occitanes en lien avec l’artistique. En 2008, l’association est transformée en SCOP (Société Coopérative de Production) en affirmant son identité sociale, solidaire pour le patrimoine culturel et les territoires. En 2017, l’agence déménage dans l’Aveyron en région Occitanie quand j’en suis devenue la gérante. La majorité des artistes associés sont aussi de la région, donc cela avait du sens. Aujourd’hui, nous sommes 29 associés, nous avons tous une voix sur la prise de décision. En 2012, nous avons réécrit notre charte autour de nos valeurs communes de création autour des sources, de la langue. Il y a des groupes de travail pour une cogestion, c’est un fonctionnement riche, avec des compétences différentes au profit du collectif. Nous avons une communication globale pour la structure et des canaux adaptés pour chaque artiste suivant les personnalités et les envies de chacun.

Sirventès encourage et soutient la diversité culturelle autour de l’occitan ?

Nous nous retrouvons tous avec l’envie de proposer d’autres couleurs, de palier à la culture dominante. Nous avons la volonté de transmettre et valoriser les langues régionales dans leurs diversités. Nous proposons une façon différente de voir le monde, c’est aussi une forme de «  lutte  » pour laisser entendre ces autres voix. Il est possible de raconter le monde actuel en occitan ! Il y a toujours eu de la création autour des langues, des écritures, des chants populaires ou traditionnels, des musiques… Nous partageons tous les mêmes valeurs, la force d’être regroupés permet une entraide, un accompagnement individuel mais aussi global.

L’oralité comme fil conducteur…

Effectivement, nous travaillons autour du conte et de la musique. L’oralité a permis de tout temps la transmission d’une génération à l’autre, d’une appropriation de la langue et des histoires. Il y a aussi la mémoire d’un territoire qui entre en jeu. La source autour de la langue occitane est un socle commun. La source est importante avec l’origine, l’histoire, avec l’idée aussi que chaque artiste peut avoir un ancrage d’un territoire, d’un village, d’un quartier, de «  quelque part  » cela est une source d’inspiration pour tous les artistes. La création s’appuie sur un socle, s’appuie sur ce que l’on peut appeler le droit culturel.

C’est le cas par exemple de Malika Verlaguet qui a intégré l’agence en 2018. Elle travaille actuellement avec Jean-Noël Pelen ethnologue. Il a réalisé un travail scientifique sur la mémoire contée des Cévennes. Pour son prochain spectacle, elle proposera une mise en voix de ce répertoire des contes populaire des Cévennes et du Mont-Lozère.

Actuellement, il y a une quinzaine de projets soutenus par l’agence…

Notre volonté est de bien faire ce que l’on a déjà. Chaque année nous prévoyons une à deux commissions artistiques pour étudier les nouveaux projets.

La transmission du bouche-à-oreille, mais pas seulement !

En plus de l’accompagnement auprès des artistes, nous mettons aussi en place des actions culturelles avec des stages, des ateliers, des conférences… Nous nous lançons dans un projet important, stimulant, qui fait sens avec nos valeurs, à savoir la mise en place d’une formation professionnelle.Au niveau de la SCOP, nous faisons tous les métiers du spectacle pour accompagner les artistes, que ce soit la création, la diffusion, la communication… dans le domaine de la musique, on appelle cela un 360, on accompagne tout du début à la fin. C ette formation va s’appeler «  Camminare  », on se lance avec Xavier Vidal qui est musicien, pédagogue de renom ! Il est le directeur pédagogique et nous serons la structure administrative et porteuse. L’idée est de décliner en Occitanie une formation qui existe en Bretagne (Kreiz Breizh Akademi) dédiée aux musiques modales.

Qu’en est-il du jeune public ?

Le jeune public fait partie de nos préoccupations, nous avons plusieurs actions dans les écoles. Certains de nos artistes proposent des interventions en milieu scolaire avec de la création, du partage, de la transmission. De plus, certains de nos spectacles sont adaptés pour le jeune public, je pense par exemple au concert conté Leona du groupe polyphonique La mal coiffée. Cette création est inspirée d’un roman d’Henry Bauchau, ici écrit et mis en musique par Laurent Cavalié.

Quels sont les projets pour 2021 ?

En 2020, nous avons sorti trois albums qui n’ont pas pu être joués sur scène ensuite… Le manque de perspective engendre de nombreuses frustrations et beaucoup d’énergie pour les reports ou annulations. Nous avions prévu de lancer notre premier festival de contes La tuta a contes ! à Séverac-le-Château (Aveyron) en mars 2020, il a été naturellement reporté une première fois. Il faudra patienter une année de plus pour espérer voir se concrétiser cette rencontre culturelle sur notre territoire. Nous avions aussi imaginé à cette occasion une résidence de création.

Malgré tout, nous pourrons découvrir Diga-me l’EP numérique du groupe Courtial X Kogane qui vient d’être dévoilé. Nous pourrons enfin découvrir Le roi des corbeaux, un conte et un théâtre d’ombres imaginé par Yves Durand (accompagné par Coline Hateau et Emmanuel Valeur).

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

www.sirventes.com

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