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ROBERT GLASPER FEAT. YASIIN BEY AKA MOS DEF – 1ère PARTIE : SET & MATCH – PALOMA, NÎMES LE 23/03/2014

Première fois que je vais à la Paloma à Nîmes. Très facile d’accès (et c’est tant mieux parce que j’étais à la bourre, mon devoir de citoyenne m’étant revenu à l’esprit tardivement, j’ai dû filer aux urnes avant mon départ pour la gardoise, et j’avais bien peur de rater le début, étant donné que je me perds souvent en voiture, même avec un GPS, c’est fou ça à chaque fois c’est pareil !), le bâtiment qui héberge la salle me plaît bien, le design futuriste (mais des années 70) de Jean-Michel Bertreux me rappelle les James Bond de ma petite enfance et je pénètre dans l’enceinte, laissant mon esprit imaginer des rencontres improbables avec une May Day ou un Requin qui essaierait de m’empêcher d’atteindre la salle de contrôle du sous-marin de… pardon, je m’éloigne je crois… attendez, je reviens.

Donc, ça y est, je suis d’dans ! Je passe mon billet électronique (oui, j’ai payé ma place pour le coup, pas d’invit’ cette fois-ci…) à la porte et je vais poser mon arrière-train sur un de ces sièges qui me tendent leur dossier ; les rangées de fauteuils sont montées dans l’espace, qui, je suppose, est réservé à la fosse pour les concerts où ça bouge… D’où ma surprise, car je pensais que ça bougerait. J’avoue que pour le coup, à part la première partie (Set&Match) dont j’avais déjà écouté des titres, je partais vierge de toute opinion concernant Robert Glasper ; j’aime bien les surprises et encore plus quand c’est moi-même qui me surprend, ça supplante tous les genres de surprise ! Mais d’abord, c’est le groupe Montpelliérain qui vient fouler la scène. Et là, on voit qu’ils ont déjà un public fidèle, composé essentiellement de jeunes groupies qui boivent les paroles de leurs idoles, collées à la scène. Les trois rappeurs arrivent et balancent leur flow, avec la ferme volonté d’impliquer le public ; l’interactivité provoquée anime les spectateurs et je descends dans ce qui reste de fosse (2m de profondeur entre la scène et le premier rang), pour bouger au son du beat. Ça dure à peu près 30 minutes mais c’est pas mal du tout ! Ça groove bien et le trio arrive à créer des atmosphères variées : gros son et ambiance sur « MTP bopalula » suivi d’une session détente avec le titre « Sunset », sur lequel on s’imagine déjà à la plage en train de siroter un petit cocktail et se faire dorer la pilule. Allez, sûr, si j’ai des invitations pour aller voir leur prochain concert, j’y vais !

Changement de plateau, mise en place pour Robert ; grosse batterie à droite, claviers à gauche, micros et re-claviers/console (on sait pas trop, j’ai pas mes lunettes) au centre, guitares et basse au fond… jusque-là rien de surprenant… Les musiciens prennent place et le chanteur (que je prenais pour Robert mais qui se trouve être Benjamin Casey – oui, bon, ça va ! je vous ai dit que je m’étais pas renseignée avant d’aller au concert – rappelez-vous le « vierge de toute… », c’était pour annoncer la couleur – ça vous arrive jamais, vous, de vous tromper peut-être ?! rrroooo ! la mauvaise foi !) attise ma curiosité. D’abord son style vestimentaire, (re)venu tout droit des années 80 (on sait qu’il y a un revival mais là, je crois que ce sont des habits d’époque), mocassins (à glands ça aurait été top-moumoutte), pantalon blanc genre sarouel mais pas vraiment et la mini-veste noire à épaulettes qui va bien, le tout surplombé par une banane de bien 15 cm de haut ; j’adore ! Le gars empoigne un clavier pour se le mettre en bandoulière, styleeee (j’en rêvais quand j’étais petite) ! et il branche son vocodeur ; (encore une) première pour moi, j’avais jamais entendu ça 🙂 ; j’avais eu l’occasion d’entendre un cancéreux après son opération de la gorge, mais c’est pas tout à fait le même effet quand même… Alors pour ceux qui ne connaissent pas cet instrument, le vocodeur te permet de modifier la voix et lui donner un effet robotisé bien particulier mais néanmoins intéressant. Cette machine peut aussi être utilisée sur un instrument, ce que Ben a fait sur son saxophone, ce qui m’a un peu dérouté, parce que le temps que je comprenne que c’était le vocodeur, bah, 4 jours se sont passés… Le premier titre joué était très jazzy (ce qui n’est pas surprenant pour des jazzmen, mais encore une fois, je vous répète que je ne savais pas à quoi m’attendre), le second morceau tire vers le free jazz, et là je me dis « pourvu que ça ne dure pas trop longtemps ! », parce que je sais pas vous, mais moi je comprends pas le freejazz ; les mecs ont bien l’air de s’éclater et je suis très contente pour eux mais moi, ça passe pas…  Tiens, j’ai faim. Troisième morceau, reprise de Get lucky, et là tous les non-élitistes-fan-de-free-jazz clappent dans leur main et disent « yeah ! » ; le reprise est plus lente que l’originale mais la voix modifiée calée dessus passe plutôt bien. Robert nous fait un beau petit solo aux claviers et vient ensuite le tour du bassiste d’attirer les lumières ; tellement que les autres musiciens décident de quitter la scène et de se faire une petite pause, pendant que Derrick Hodge (c’est le bassiste) doit faire l’animation (perso, ça m’aurait pas plu qu’on m’abandonne comme ça !). Depuis le début du concert, on a remarqué qu’il avait un très joli et bien groovy son, ce qui est amplifié quand il exécute sa prestation. Il commence par taper dans les aigus façon flamenco, avec une étonnante dextérité et souplesse. On kiffe ! et peu à peu le son diminue. Etrange… c’est un effet ou quoi ? qu’est-ce qui se passe ? Derrick s’en rend compte mais ne se déboîte pas, il continue son show en attendant que quelqu’un daigne venir en aide au matos qui est en train de rendre l’âme en direct live ! On peut quand même dire que les techniciens ont été longs à la détente mais bon, ils ont dû être surpris eux aussi.

Le solo est donc malheureusement écourté ; punaise, la frustration, ça commençait tellement bien ! Bon allez, on enchaîne ! la suite svp !!!

Pour se rattraper, Yasiin Bey arrive ; aka Mos Def, pour qui une grosse partie du public est venue en réalité. Et ça se sent aux fervents applaudissements de la foule admirative devant cet artiste hiphop multitâche (chanteur, compositeur, producteur et acteur) et engagé. À croire que la majorité du public s’est rassemblée pour lui. Il commence par quelques « yes yes yo! we don’t stop !… » pour se chauffer la voix, puis balance tranquillement quelques paroles bien rythmées, et apportent un son hiphop à l’instrumental teinté jazz. Son flow se mêle à la voix électronisée de Ben et l’effet est très surprenant d’équilibre. Surtout qu’on ne se doutait pas qu’il chantait réellement, c’est assez rare le rap mélodieux, et pas dégueux faut avouer.

Ce spectacle est éclairé par des rampes de lumières scintillantes dont les effets évoquent des reflets de soleil sur un lac en été… Mark Colenburg à la batterie nous fait l’immense plaisir de jouer en solo pour quelques minutes et c’est un régal, en plus d’un matériel traditionnel bien fourni, il est équipé de pads électroniques qui amplifient le son de grosse caisse de manière tellement époustoufifiante que la salle se met à vibrer ; ces accessoires digitaux apportent aussi des sons plus mélodieux et donnent une toute autre dimension à cet instrument de percussion.

Le rythme conquiert l’audience et, soutenu par ce dernier, je me lève pour honorer les artistes de quelques pas de danse. L’ambiance est là ! on peut dire qu’une majorité à 70% est debout et manifeste son engagement, ce qui est un bon score pour un jour d’élection…

Le concert touche à sa fin, et au bilan, j’ai fait de belles découvertes, autant architecturales, que techniques ou encore artistiques, j’ai mové mon body et j’ai rempli mon devoir de citoyenne.

AP.

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