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Entretien avec Christian Rizzo, directeur de l’Institut Chorégraphique International de Montpellier, HYPOTHÈSE 20-21

 

 Même si les temps incitent à vivre le présent avec prudence, le directeur de l’Institut Chorégraphique International de Montpellier garde le cap. Avec son équipe et ses artistes invités, Christian Rizzo fourmille de projets pour la saison 6. Et en cette rentrée incertaine, où rien n’est sûr, il faut y croire, on croise les doigts. C’est bien ce qui ressort de cet entretien, daté du 12 octobre 2020.

 

Christian Rizzo par Mario Sinistaj

 

Comment avez-vous construit votre programmation, baptisée Hypothèse 20-21 ?

En général, on finit de penser la prochaine programmation au mois de mars, c’est-à-dire qu’en décembre 2019, on avait une ligne déjà tracée, qui s’est confirmée pendant le confinement. Elle ne se construit pas vraiment sur une thématique mais plus sur une question, une association de mots, un doute que j’aime mettre à l’épreuve. Plutôt qu’un édito, comme on trouve dans toute programmation, je me suis dit qu’un seul mot suffirait. De là est venu Hypothèse 20-21, plaqué sur la saison 6. Plutôt que de repenser les spectacles avec les nouveaux protocoles que l’on doit mettre en place, avec les artistes, on s’est dit qu’il fallait continuer notre chemin avec le public, qu’il fallait regarder l’état du désir de chacun. Partons sur les projets comme on avait prévu de le faire et on verra, au fur à mesure, au jour le jour, comment on avance. Bien sûr, on se donnera les moyens de coller à l’actualité mais au moins on suit notre cartographie.

La programmation est aussi posée sur la notion de matière et de matériau, des mots que l’on emploie énormément en danse.

 

Qu’est-ce que le Covid a changé dans votre pratique de la danse ?

Comme tout le monde, on a dû arrêter de travailler ensemble. Personnellement, j’ai eu la chance d’être en création sur un solo en foret. Vers la fin du confinement, j’ai travaillé avec le danseur sur des notions de paysages. On a pu mettre en place des protocoles de distanciation, filmer en extérieur. Mais bon, une semaine ça suffisait ! Quand je suis en création, l’enjeu pour moi, c’est de me positionner au plus proche du danseur. Visionner les répétitions derrière un écran, je trouve cela absolument terrible. Ça ne m’intéresse pas du tout ! Pour le danseur, c’est pareil, l’impression d’être constamment regardé par la caméra… La relation immédiate avec le danseur entre beaucoup dans la modalité de mon travail et du pourquoi je fais ce métier-là.

 

Mais avec plusieurs danseurs, comment se montent les chorégraphies actuellement ? A l’heure de la distanciation des corps ?

Il y a une clause pour les pratiques artistiques. On n’est pas obligé de garder le masque tout le temps — parce qu’avec le co2 qu’on respire, ça peut devenir plus dangereux qu’autre chose. Et puis, c’est comme au cirque, si les gens ne peuvent pas se toucher, ils ne font rien. Par contre, dès qu’on arrête de danser, la distanciation entre les personnes, le port du masque et les gestes barrière sont appliqués. Sur scène, pendant le spectacle, on doit respecter une distance de 1,5 m entre nous et le public du 1er rang. De toute façon, je travaille toujours avec un espace circoncis, donc ça ne me gène pas, et puis on danse rarement sur les genoux des gens (rires) !

 

Votre saison vient de commencer. Comment ça se passe avec le public ?

Je suis très ému parce que la confiance est toujours là. Dans la période que nous vivons, le fait que les gens viennent au spectacle, c’est comme une forme de soutien. Et continuer à avoir de la curiosité, c’est un effort. Les gens qui sont là nous témoignent une très grande joie. En même temps, l’Agora est resté ouvert tout l’été, des propositions ont étés faites en direction du public. Donc, par-delà le port du masque, c’est une relation qui se fait entre nous. Pour l’instant, c’est la condition sanitaire qui nous est faite pour pouvoir rester ensemble. Sinon, on irait droit vers une solitude immense et moi je crois beaucoup à la communauté…

 

Vous tissez des partenariats sur tout le territoire, avec des festivals, des théâtres, des structures artistiques et des compagnies, en Europe également, dans les DOM-TOM, à l’international. Ça va être compliqué cette année ?

C’est sûr, les partenariats que nous avions à l’étranger, en plus en Asie, que ce soit à Taïwan ou à Hong-Kong, tout est remis à plus tard. Pour les tournées, c’est pareil, plusieurs choses se sont arrêtées. Dès que ça sort de l’Europe, ça parait, en tous cas à ce jour, très complexe. En Angleterre, Suède ou Norvège, on a pu reporter les dates mais pas avant mars-avril 2021. Et ça reste très hypothétique. Enfin, on part sur l’idée que si, de part et d’autre, les protocoles sont bien respectés, les tournées pourront reprendre.

 

En novembre 2020, ICI—CCN participe à la 1ère Biennale des Arts de la Scène en Méditerranée (initiée par le Théâtre des 13 vents CDN Montpellier). Qu’allez-vous y présenter ? Avez-vous trouvé des convergences entre les artistes ?

Cette scène est très éclectique, mais le fait de se dire que la multiplicité et la différence font sens commun, comme présupposé à la création de cette biennale, c’est très réjouissant. On présente plusieurs choses. Il y a Alix Eynaudi, qui poursuit sa recherche au long cours depuis 2019 dans Noa and Snow – poem #4 et demi, Laura Kirshenbaum avec No Hard Feelings (création 2020) et un solo, ‘’en son lieu’’, une autre création 2020 que j’ai monté avec le danseur interprète Nicolas Fayol.

On a aussi mis en place aussi un atelier exerce, qui s’appelle Qalqalahقلقلة. C’est une plateforme d’artistes nomades basée au Maroc. Leur travail tourne beaucoup autour de la traduction, notamment du français ou de l’anglais à l’arabe. L’artiste Mounira Al Solh viendra composer un atelier de 3 jours autour de cette question des langues.

Nicolas Fayol © CR

 

Les cours du master chorégraphique exerce ont-ils repris ?

Oui, comme je vous le disais, le centre chorégraphique est resté ouvert tout l’été. Les étudiants, artistes, chercheurs du master exerce ont pu avoir accès au studio. Normalement, l’année pour eux se termine au mois de mai. Cette fois, pendant cette période estivale, ils ont pu répéter et monter leurs publications. Ce que nous appelons publication, c’est la présentation publique des travaux scéniques qu’ils ont menés sur l’année. Ça se passe sur quatre jours début septembre.

 

Pouvez-vous nous parler de ce projet pédagogique unique que vous avez lancé à Montpellier en 2011 ?

En effet, c’est le seul master en France à porter sur les questions chorégraphiques. Il a une reconnaissance internationale puisqu’il est ouvert à des jeunes chorégraphes, de jeunes chercheurs du monde entier. En général, ces jeunes artistes ont déjà commencé à produire des processus de création ou des œuvres. Dans leur parcours, ils ont besoin d’un accompagnement méthodologique ou d’une remise en jeu de leur propre travail, qu’ils soient écrits et au plateau scénique. Et nous, en partenariat avec l’Université Paul-Valéry, pendant deux ans, on les accueille au centre chorégraphique. On organise des rencontres avec d’autres artistes, avec des chercheurs, des philosophes, mais aussi des professionnels venant du champ de la lumière, du son, de la scénographie. Pour donner à ces étudiants un maximum d’outils sur lesquels ils pourront s’appuyer dans leur propre recherche.

 

Propos recueillis par Patricia Bussy

 

ICI—CCN, Agora, boulevard Louis Blanc, 34000 Montpellier

Programmation complète de la saison 6 (20-21), expositions, créations chorégraphiques, tournées, résidence, master exerce classe ouverte, pratique du matin, club de danse, ateliers en commun, workshops, plus d’infos sur http://ici-ccn.com/

 

exerce 1 ©Marc Coudrais

 

 

 

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