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« Possédé.e.s » les corps exclus au cœur de la Panacée

Présente jusqu’au 3 janvier 2021, la nouvelle exposition du MO.CO « Possédé.e.s – Déviance, performance, résistance » met en scène le monde de l’occulte et comment celui-ci est perçu par une génération d’artistes.

 

 

25 artistes internationaux pour un total de 72 œuvres exposées, l’exposition de la Panacée brille par sa singularité et sa recherche novatrice. La sorcellerie, le chamanisme, le culte religieux, le vaudou… l’exposition met en lumière l’occulte et ses pratiques qui déconstruisent les savoirs officiels.
La Panacée est transformée. Le spectateur est au sein d’un lieu où des créatures étranges prennent place sur les murs, où le mysticisme se ressent ici et là, où les esprits et l’invisible s’expriment. L’exposition Possédé.e.s expose aussi et surtout ces corps, ceux qui sont exclus à cause de leur genre, ou encore victimes de ségrégations. Certaines œuvres font échos à ces combats aussi nécessaires que d’actualité ; au mouvement Black Lives Matter ou celui du féminisme.

Anna Hulacova

La question du genre est aussi exprimée, notamment dans le tableau de l’artiste Apolonia Sokol qui est une interprétation du célèbre « Printemps » de Sandro Botticelli. Dans cette œuvre, les femmes enceintes sont remplacées par des femmes transgenres. Un parti pris mais surtout un hommage à ces femmes souvent persécutées et revendiqué par l’artiste elle-même.
L’exposition dans son ensemble interpelle. Il s’exprime une volonté de mettre fin aux préjugés qui perdurent, de cesser toutes formes de stigmatisations, de refuser l’intolérance, de dénoncer l’esclavage.
Certaines œuvres, comme celle de l’artiste britannique Dominique White ou celle presque fantomatique de Nandipha Mntambo « The Shadows Between us » dénoncent cette violence. Ces deux corps féminins en lévitation, réalisés en peau de vache par Nandipha Mntambo ne sont pas sans rappeler la sculpture classique ou romaine mais racontent aussi une toute autre histoire.

Nandipha Mntambo « The Shadows Between us »

La sorcière, ce personnage multiséculaire et aux nombreux visages, s’illustre aussi, ici et là, dans plusieurs travaux. Des travaux qui mettent en avant cette ambiguïté qui la caractérise, ce mélange de force qu’elle véhicule grâce à des pouvoirs surnaturels et de faiblesse car elle est aussi et surtout pourchassée pour sa différence.
Enfin la vision de ce monde imperceptible Jimmy Richer l’a exprimé avec un travail autour du tarot :« En m’inspirant du « Rex Nemorensis » j’ai souhaité imaginer un jeu de carte que l’on peut activer pour connaitre sa propre mort. » explique l’artiste. « En lien avec le mythe du rameau d’or et la traversée des enfers par Énée (Énéide, chant 6) ce tarot va être activé en tatouage performatif : c’est à dire un tirage de carte et la dernière carte sera tatouée à l’aveugle. Sur un principe assez simple, est-ce un simple dessin d’artiste ou bien réellement l’image de sa propre mort. »
Cette exposition, comme un conte, enchante, perturbe mais ne laisse en aucun cas place à l’indifférence.
Texte & photographies : Johanna POCOBENE
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