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Plongée dans les méandres de l’introspection avec le romain noir : Quartier des innocents

 

 

Le dernier roman de Marie-Hélène Moreau est paru en librairie le 17 Novembre. Quartier des Innocents est un roman noir, caractérisé par les différentes formes de monologue intérieur qu’il retranscrit. L’occasion de revenir avec l’auteure sur le processus de genèse de l’œuvre et les possibilités que la forme adoptée ouvre pour le futur. L’occasion aussi de préciser que les grands thèmes abordés ne sont pas ceux que l’on peut croire à la lecture de la quatrième de couverture. Immersion au cœur de la tragique disparition d’un enfant qui va renvoyer chacun à ses propres démons.

Pouvez vous rapidement nous résumer votre nouveau roman ?

Quartier des Innocents est un roman noir dans lequel plusieurs personnages – voisins, parents, policiers ou simple livreur – gravitent autour de la disparition d’un enfant, dans un quartier a priori tranquille. Chacun a vécu l’événement d’une manière différente mais en est, jusqu’à un certain point, responsable. Ces “voix” différentes construisent le roman jusqu’à découvrir le coupable.

Pourquoi avoir choisi ce thème de l’enfant disparu ?

À vrai dire, la disparition de l’enfant n’est qu’un “prétexte”. Je l’ai choisi car il constitue le pire de ce que n’importe qui peut vivre, il a donc une force dramatique extrême. Mais au-delà de cette disparition, ce qui m’intéressait surtout, c’était la réaction des personnages face à cet événement. Comment leur action ou inaction a rendu possible – ou du moins définitive – cette tragédie. Les thèmes de la culpabilité et de la responsabilité – individuelle et collective – sont donc au cœur du roman.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour ce nouveau roman ? (vie réelle, série – je pense bien sûr à Wisteria Lane de Desperate Housewives, films, autres auteurs…)

Je lis depuis toujours et regarde beaucoup de films et de séries variés, mais je serais incapable de citer une source d’inspiration particulière pour ce roman précisément. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que j’aime beaucoup créer des ambiances de huis-clos et creuser la psychologie des personnages (je pense par exemple au film Garde à vue ou à la série Criminal pour citer des références). D’une manière générale, j’aime l’introspection sous toutes ses formes.

À la lecture de votre roman, j’ai eu l’impression d’un découpage cinématographique. La division de l’oeuvre en un chapitre = 1 voix donne un ton et un rythme très particulier. Si jamais une proposition d’adaptation cinématographique vous était faite, seriez-vous intéressée ?

J’adorerais ! On m’a déjà fait cette remarque concernant Quartier des Innocents. On me l’a également faite souvent pour l’un de mes précédents romans intitulé Fragments et qui met en scène un huis-clos entre un inspecteur de police et un médecin légiste dans une salle d’autopsie autour d’une vieille histoire de meurtre. Pour Quartier des Innocents, je vois très bien à quoi pourraient ressembler le lieu et les personnages. L’ambiance est effectivement assez cinématographique.

Pourquoi, précisément, un chapitre/une voix ?

Je pense que c’est, au départ, parce que l’idée du roman vient d’une nouvelle que j’ai écrite il y a environ deux ans (distinguée lors du prix Albertine Sarrazin 2018 sous le titre La Fenêtre). Elle parlait d’une vieille dame à sa fenêtre avec en toile de fond la disparition d’un enfant. Plusieurs personnages y étaient évoqués. J’ai beaucoup aimé écrire cette nouvelle mais elle me semblait incomplète. J’ai donc décidé de faire “vivre” chacun des personnages qui y étaient évoqués dans un roman, la nouvelle en devenant un chapitre. D’où la construction initiale d’un chapitre par personnage.  Cette construction permettait en outre de renforcer l’idée de solitude. Ces gens vivent ou travaillent dans le même quartier, ils se croisent, mais ne se connaissent pas réellement. Au final, ils sont tous seuls avec leurs démons. Je trouve que la couverture restitue bien cette idée également.

Pourquoi taire l’identité de l’enfant ?

J’y ai réfléchi longtemps. À vrai dire, il y avait même un chapitre à un moment de la gestation du roman. Mais ça ne collait pas. J’ai finalement choisi de ne pas le faire apparaître pour plusieurs raisons. D’une part et comme je le disais plus haut, il n’est qu’un prétexte pour aborder les thèmes de la culpabilité et de la responsabilité. D’autre part, je voulais ainsi accentuer le fait central de sa disparition et, partant, la responsabilité des personnages. Ce que tous ces gens ont dit ou n’ont pas dit, ce qu’ils ont fait ou n’ont pas fait a contribué à sa disparition. Ils en sont responsables d’une manière ou d’une autre, et ne pas faire apparaître l’enfant rend sa disparition encore plus tragique et totale, et leur responsabilité encore plus frappante. Son prénom n’est cité qu’une seule fois à la fin du livre, et c’est à dessein.

Quels sont vos futurs projets ? Travaillez-vous d’ores et déjà sur un prochain roman ?

Oui et le prochain est déjà écrit ! Il s’intitule La tragédie du Dinosaure et parle de la fin du monde au travers de deux personnages, un homme qui erre sur une terre dévastée et un enfant qui survit malgré la mort et la folie autour. J’ai mis en chantier celui d’après mais il n’est pas encore “montrable”. En parallèle et comme je le fais toujours, j’écris des nouvelles. L’un nourrit l’autre, en fait. Les nouvelles stimulent mon imagination et parfois, comme pour Quartier des innocents, me donnent le matériau pour un roman. J’en publie d’ailleurs régulièrement dans des revues.

Propos recueillis par Sarah Ananna

Quartier des innocents aux Editions AETHALIDES

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