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OPIUM « CHACUN DE NOUS EST DÉSERT… »

L’écho d’une expérience

Qu’est que le peuple ? Ce mot a-t-il encore un sens ? Est-il devenu un mythe ? A partir de ces questionnements essentiels et actuels la compagnie La Zampa a proposé à trois artistes de créer un langage plastique autour du texte d’Hannah Arendt « Qu’est-ce que la politique ? ». Lors du vernissage le 11 mars dernier, le lac gelé, lieu de phénomènes photographiques à Nîmes a présenté cette collaboration originale et réussie.

OPIUM FOCUS ARTS PLASTIQUES 1

La compagnie La Zampa est associée au Théâtre de Nîmes depuis deux ans pour produire une création originale. Portée par Magali Milian et Romuald Luydlin, tous deux chorégraphes et interprètes, le collectif a pensé une collaboration avec Soraya Hocine, Anya Tikhomirova et Julien Cernobori. La production photographique et sonore devient une source d’inspiration pour composer une œuvre mêlant la danse à la performance. Ces regards parallèles sur le peuple sont selon eux « une extension possible à un objet chorégraphique ».

Dans le couloir de la galerie, une multitude d’images en noir et blanc et couleurs s’accumulent au mur. Anya Tikhomirova est à la recherche visuelle d’indices annonçant l’oasis ou le désert d’une société tels qui sont décrits par Hannah Arendt. Elle capte la fatigue d’un rythme de vie citadin marqué par le travail, l’administration, l’isolement. Dans ses déambulations, elle trouve des échappatoires tel ce couple d’amoureux s’embrassant sous un parapluie. Et puis il y a l’espoir, signifié simplement par la vie en devenir avec cette échographie prénatale réalisée le 11 septembre 2001. Enfin, cette interprétation croise celle des répétitions de la compagnie où le mouvement s’inscrit hors cadres et en deux tons.

Au détour de la pièce, les photographies argentiques de Soraya Hocine sont une respiration où les paysages désertiques côtoient les sentiments des personnes photographiées. Les tirages Fresson donne une profondeur aux images en noir et blanc et une luminosité picturale aux photos couleurs. Pour ce projet, elle questionne la famille, cet « espace refuge », sous le prisme de la pensée arendtienne. Au fil de ses rencontres avec des personnes marquées par la vie vivant dans des maisons relais, elle capte les histoires intimes et leurs souvenirs. Le brouillard épais dissimule les repères, seules les branches d’un arbre se dessinent dans l’environnement inhabité lozérien, paradoxalement ce désert devient le lieu de l’imaginaire, lieu d’oasis.

La diffusion des voix collectées puis composées par le journaliste Julien Cernobori transpose notre contemplation des images en introspection. Il a réalisé une dizaine d’entretiens avec des habitants de la ville nîmoise. Dans leurs échanges, il capte la vie, le quotidien, les doutes et les rêves d’un jeune adolescent du collège Condorcet, d’une femme bulgare, d’un ancien légionnaire ou encore d’une dame de quatre-vingt-dix ans. Pour reprendre ses mots, ces « photographies sonores » donnent un sens intime et personnel à la notion de peuple. Ces paroles authentiques mettent en espace l’image, les photographies s’animent et nous entourent. Les témoignages habitent l’espace alors que les silences échappent au temps…

Le passage de la ville présente d’Anya Tikhomirova contraste avec la suspension du temps capté par Soraya Hocine. Les modules sonores deviennent une échappatoire inattendue et bienvenue dans cette exposition de qualité. Le spectateur participe à cette expérience inhabituelle, à travers la notion universelle du peuple il positionne son propre regard en résonnance aux œuvres. Le résultat de ce projet, combinant interprétation, inspiration et création a été présenté par La Zampa sous forme de saynètes performatives parmi le public. Les danseurs se maquillent, parlent, se déguisent, communiquent, interrogent, traversent, chantent, touchent, s’expriment, regardent, respirent entre désert et oasis. Le concept de peuple est multiple, sans doute indéfini et infini, comme le souligne Magali « c’est toujours entrain de se définir, ce n’est pas figé, ni fixé. C’est à cet endroit là qu’on a voulu être pour le projet Opium ». Romuald ajoute par le biais de la référence à Georges Didi-Huberman « çà résiste à toute synthèse ».

 

Réalisé par Sandy Berthomieu

 

Opium « chacun de nous es désert… »
Soraya Hocine / Anya Tikhomirova / Julien Cernobori

Agenda des représentations du projet « Opium » sur http://www.lazampa.net/agenda/

Le lac gelé
3 grand rue, Nîmes
Entrée libre
Jusqu’au 31 mars

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