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« Nous allons apporter un soutien plus important au spectacle vivant de manière générale. »

 

Récemment élue aux côtés de Michaël Delafosse, nouveau Maire de la Ville de Montpellier, l’universitaire Agnès Robin est son adjointe à la culture et la culture scientifique. Pour Idem, l’élue revient sur la crise sanitaire, sur les enjeux de leur politique culturelle et sur certaines mesures mises en place pour soutenir la culture.

 

 

 

 

Comment se déroule votre prise de poste dans le cadre de cette crise sanitaire ?

Cette prise de poste s’effectue dans l’urgence, dans l’urgence d’une gestion de crise. Nous sommes arrivés juste après le premier confinement donc la situation pour les acteurs de la culture, puisqu’il s’agit de ce dont on parle ici, était déjà très difficile. Nous avions des défis à relever dès le départ.

C’est la raison pour laquelle nous avions déjà pensé à créer des manifestations culturelles dès le mois de juillet, nous voulions lancer jusqu’à la fin de l’été un programme qui aurait permis à une cinquantaine de manifestations d’avoir lieu sur l’ensemble de la Ville dans des endroits très différents et identifiés.

Malheureusement à la mi-août, la communication était prête à partir, les services de la culture y avait travaillé tout l’été mais nous avons dû y renoncer, car nous sommes entrés dans une période plus délicate concernant la propagation du virus. Cela fait partie des projets que nous avions initiés dès la prise de fonction, nous sommes entrés dans le vif du sujet dès le départ.

Comment envisagez-vous la suite, suite aux mesures sanitaires en vigueur et face à cette absence de visibilité sur les mois à venir ?

Pour le coup, repartir sur des projets comme celui que je viens d’évoquer pour le printemps me paraît peu raisonnable. Cela me permet au passage de dire que la ZAT n’aura pas lieu au printemps prochain. Nous ne pouvons prendre le risque de l’organiser et de tout annuler par la suite. Le travail pour cet événement est gigantesque, que ce soit pour les services concernés, pour les artistes, pour les compagnies, mais aussi pour les producteurs associés au projet. Cela n’est pas raisonnable. Nous ne savons pas encore quand cette prochaine ZAT sera programmée, cependant nous sommes en train de réfléchir à d’autres projets dont je ne peux malheureusement pas vous parler maintenant car c’est en cours de réflexion.

Concernant la gestion de la crise, qu’avez-vous mis en place pour les acteurs de la culture ?

Nous sommes en train de mettre en place plusieurs opérations afin de soutenir les acteurs de la culture. Cela s’articule de plusieurs manières, cela concerne notamment les salles de concert, fermées depuis le mois de mars 2020 mais aussi les salles de spectacles et les salles de cinémas qui subissent aujourd’hui le même sort.

Nous avons rencontré les acteurs concernés, par type de salle. Ces réunions ont permis la mise en place d’un soutien financier à ces salles dont les modalités seront connues sous peu. Ce que je peux dire c’est que nous allons, par exemple pour les salles de cinéma, préacheter un certain nombre de billets, que nous allons distribuer par la suite. Cela leur permettra de leur fournir de la trésorerie immédiatement.

Une autre solution intéressante que nous sommes en train de mettre en place, est la transformation temporaire de ces mêmes salles de concert en résidences d’artistes. Les salles de concerts ont bien accueilli la mesure.

Cela leur permettra de vivre pendant cette période mais aussi d’avoir une activité et de continuer à faire vivre ces lieux. Cela sera pareil pour les salles de spectacle, même si c’est un peu différent car elles ont déjà dans une position d’accueil d’artistes en dehors des spectacles mais elles pourront ouvrir davantage leur espace à d’autres projets. Cette mise à disposition sera évidemment soutenue et financée par la Mairie de Montpellier.

Dans ces deux exemples, le soutien s’effectue du côté des structures mais aussi des artistes. Suite à la création de ces nouveaux lieux temporaires nous pourrions imaginer qu’ils deviendraient aussi de nouveaux lieux de diffusion, si nous sommes autorisés à le faire. Nous pourrions envisager la présentation d’artistes en résidence à un public restreint par exemple. Ceci est une idée, mais il faudra toujours prendre en compte les mesures sanitaires en vigueur à ce moment-là.

Concernant les clubs, les discothèques, est-ce qu’ils pourront bénéficier de cette mesure ? 

Certains oui, nous avons vu plus large, l’Antirouille par exemple fait partie des salles qui étaient présentes lors de notre réunion. Il s’agit de toutes les salles qui accueillent de la musique, mais il ne s’agit pas des discothèques pures, car cela ne relève pas de la culture à proprement parler. L’Antirouille a été sollicitée car elle organise par ailleurs aussi des concerts. Il s’agit donc aussi de lieux culturels.

Quelles sont, de manières générales, les orientations culturelles de cette nouvelle Mairie ?

Nous allons apporter un soutien plus important au spectacle vivant de manière générale. Le fait que ces artistes puissent s’exprimer est très important pour nous. C’est un moyen de soutenir ce milieu. Quand je dis « soutenir » cela se traduit aussi par s’organiser et fédérer un réseau de résidences, entre théâtres, entre salles de concerts, avec les universités aussi parfois. Il s’agit d’articuler les actions des structures entre elles. Si cela est possible nous pourrions concevoir d’autres espaces, en aménageant certains lieux ou en rénovant d’autres. Cela fait partie des choses auxquels on va songer sérieusement. C’est un chantier qui n’est pas mince, car en ayant la possibilité d’accueillir nos artistes le but est aussi qu’ils puissent évoluer au plan national voire à l’international également. Qu’ils puissent s’établir au-delà de Montpellier. Quand je parle de spectacle vivant je parle de la musique, qu’elle soit actuelle ou pas, de la danse, du théâtre, voire même par des formes hybrides de création, qui croisent les disciplines.

Dans le programme de Michael Delafosse, il était question de la création d’un festival mêlant culture et écologie. Avez-vous toujours la volonté de lier l’écologie et la culture pour des projets à venir ?

Cela fait partie des thématiques qui sont retenues. Nous pouvons impulser différents projets en coproduisant ou en produisant par exemple des expositions notamment en art graphique ou classique autour de cette thématique. En revanche, en ce qui me concerne, c’est-à-dire en ce qui concerne les établissements municipaux, chaque directeur est libre de programmer. Nous souhaitons laisser la liberté aux directeurs artistiques, quelle que soit la salle ou le lieu d’exposition concerné. Le tout est d’être entouré des personnes qui correspondent au projet de la nouvelle Mairie. De manière générale, sur le plan culturel, nous sommes sensibles à des thématiques comme celle de l’écologie mais nous ne voulons pas réduire la création à celle-ci pour autant, nous sommes ouverts à d’autres créations qui ne traiteraient pas de ce sujet mais qui pourraient être également très qualitatives. Dans le domaine culturel nous sommes toujours entre plusieurs exigences mais c’est la qualité artistique, intellectuelle et esthétique qui prime. En même temps je ne vous cache pas que je soutiens en ce moment l’organisation d’expositions sur le thème de l’écologie.

Concernant le MO.CO, qui est un sujet brûlant en ce moment, quand et quels sont les changements qui vont y être apportés ?

Le conseil d’administration va se réunir très prochainement. L’art contemporain est un sujet en soi. Nous souhaitons, dans tous les cas, poursuivre le travail de regroupement qui a été fait entre les trois établissements qui font partie du MO.CO. Cela permet de faire fonctionner en synergie la Panacée, l’Hôtel des Collections et l’ESBA (École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier Méditerranée Métropole). Ce n’est pas quelque chose que nous allons détricoter. En revanche, il s’agira certainement de repenser la manière dont on conçoit, dont on expose, dont on médiatise l’art contemporain.

Suite à différentes déclarations, est-il question que l’Hôtel des Collections mette davantage à l’honneur l’art urbain ou le street-art par exemple ?

Nous avons des collections magnifiques qui ont été réalisées par le FRAC par exemple, même si elles ne sont pas municipales, elles ont été réalisées à Montpellier. Il s’agirait de pouvoir mettre en valeur ces collections, de mettre en valeur les artistes. Il faut que l’on réfléchisse de ce point de vue-là à une synergie avec la région Occitanie. L’art urbain trouvera sa place dans notre projet.

Justement au sujet de la Région, est-ce qu’il y a une volonté de travailler ensemble dans les mois qui viennent pour traiter de tous ces sujets ?  

 Absolument. Il y a d’ailleurs eu une réunion de concertation, ce mois-ci, entre les acteurs de la culture et en présence de Monsieur Michaël Delafosse, Président de Montpellier Méditerranée Métropole – Maire de Montpellier et de Madame Carole Delga, présidente de la région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée. Je peux aussi vous confirmer aussi que la Ville dialogue avec la Métropole, en liaison avec le Département évidemment.

Pour conclure cet entretien, avez-vous quelques mots pour finir à adresser aux acteurs de la culture ?

Je souhaite leur confirmer notre soutien absolu, nous avons la volonté de ne pas abandonner les acteurs de la culture qui ont été obligés et contraints de fermer leurs établissements. On pourrait dire qu’ils ont été oubliés mais je ne pense pas que ce soit le cas. D’un point de vue national, on voit se déployer des aides pour les structures elles-mêmes mais aussi pour les artistes. Nous savons qu’ils sont en difficulté. Ce qui importe pour nous c’est de pouvoir les aider à notre échelle dans la mise en place de dispositifs de proximité.

 

Propos recueillis par Johanna POCOBENE

 

 

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