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MIGUEL CHEVALIER

Un hommage pixélisé

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

Le Musée Soulages propose une année exceptionnelle pour les 100 ans du peintre Pierre Soulages. Christophe Hazemann, Directeur adjoint du musée et Commissaire de l’exposition a invité Miguel Chevalier, artiste qui détourne l’outil informatique en médium artistique depuis la fin des années 70. Dans cet hommage vibrant de noir et de lumière, les œuvres monumentales et immersives deviennent une expérience à vivre. Echange avec cet artiste autour de l’exposition « Pixels Noir Lumière ».

Crédit photo : M. Chevalier « Pixels liquides »

Quelle est la genèse de cette exposition ?

Le point de départ est une invitation de Christophe Hazemann qui m’a sollicité pour imaginer une exposition pour la salle temporaire du musée qui s’intégrerait dans le siècle Soulages. L’idée est à la fois un hommage et un dialogue entre les toiles du peintre et les œuvres numériques que je réalise. J’ai proposé une exposition qui comprend deux grandes installations numériques projetées, ainsi que plusieurs œuvres fixes en complémentarité. C’est au final Pierre Soulages lui-même, qui a validé cette exposition. J’en suis d’autant plus heureux que je ne savais pas s’il accepterait cet art numérique dans son musée qui est toute proportion assez éloignée de ces créations. Une chose est certaine, malgré son grand âge, il a un esprit d’ouverture hors norme !!!

Pouvez-vous nous dire pourquoi ce titre « Pixels Noir Lumière » pour votre exposition ?

D’abord le mot Pixel qui est la contraction anglophone de picture élément et qui se réfère à la spécificité du numérique et des créations que je développe. Noir Lumière, c’est évidemment en référence et en hommage à Pierres Soulages, peintre du noir, voir même au-delà du noir comme il le dit, avec le concept de l’Outrenoir (1979). Ce sont deux façons différentes de traiter le noir. Pierre Soulages l’aborde en peinture acrylique épaisse noire qu’il strie avec des outils de sa fabrication pour créer des vibrations remarquables qui accrochent et font jaillir la lumière suivant l’œil du spectateur et son déplacement face à la toile.

Pour ma part, je travaille la lumière numérique en tant que matière artistique pour créer des expériences et sensations nouvelles au-delà du phénomène optique. J’expérimente une peinture virtuelle de lumière née de programmes informatiques développés spécifiquement par des informaticiens, tels que Cyrille Henry.

Quels sont les deux grandes pièces exposées ?

L’exposition présente deux grandes installations de réalité virtuelle génératives et interactives. La participation du public est très importante pour moi. L’œuvre « Pixels Liquides » très haute en couleur habituellement, a été adaptée pour l’exposition en ne gardant que les nuances de noir et de gris. Pour cette œuvre, je me suis inspiré du mouvement de l’Action Painting, qui privilégie l’acte physique de peindre. De la peinture virtuelle aux nuances de noirs et de bleus, aux étonnants effets de matières et de textures, coule et évolue de façon autonome sur le mur. Les visiteurs qui se déplacent face au mur, créent des traînées de couleur blanche qui se mélangent et fusent avec la « peinture lumière » en trame de fond, avant de s’effacer lentement jusqu’au prochain passage. C’est une sorte de « dripping électronique » où le corps du spectateur devient un pinceau numérique. Un all-over où l’on sort du rapport au tableau et où le spectateur fait corps avec l’écran.

L’œuvre « L’Origine du Monde » est une projection au sol qui se modifie en temps réel selon le mouvement des spectateurs. Des micro-organismes et des automates cellulaires se multiplient, se divisent, fusionnent aléatoirement. Cet univers de courbes baroques se mêle à un univers de mégapixels noirs et blancs structurés. La nature s’hybride à l’artificiel. C’est la fusion entre les éléments de base de la vie, les cellules et les pixels, éléments de bases de la « vie » virtuelle.

L’exposition présente également une version de l’œuvre générative « Pixels Liquides » sur écran plat, des œuvres plus classiques dans leur facture, tels que des impressions numériques jouant sur les surfaces mates et brillantes, trois sculptures en plexiglas découpées au laser jouant sur les pleins et les vides. C’est une déclinaison où je mets en avant la notion de pixel.

La peinture, les pixels…

Mes œuvres sont des tableaux dynamiques en mouvement. J’explore les outils numériques pour proposer une nouvelle écriture artistique à part entière. Mon travail poursuit la démarche d’une partie des artistes avant-gardistes, dont à fait partie Soulages en 1950, mais aussi Klein avec ces monochromes bleus, Fontana et le concept spacial, Vasarely et l’Op’art, Julio Le Parc et le cinétisme… Mon approche est d’explorer l’outil numérique pour créer une nouvelle forme d’art, de révéler ce qu’est le geste créateur, tout en valorisant l’émotion, la sensation, plutôt que la technique.

Après l’exposition ?

Un court film sera produit quelques jours après l’ouverture. Il permettra de donner un aperçu aux personnes ne pouvant pas se rendre sur place. Evidemment, cela ne remplace pas l’expérience immersive, ainsi que l’interaction avec l’œuvre. En parallèle, deux conférences sont programmées, l’une de Jérôme Neutres, l’autre de David Rosenberg, tous deux donneront une autre perspective à ce travail exposés.

Musée Soulages, Rodez

Du 19 avril au 26 mai 2019

https://musee-soulages.rodezagglo.fr

www.miguel-chevalier.com

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