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MBRAIA – Le bal-trad occitan version rock

Le premier album du duo Arnaud Cance et Paulin Courtial est une invitation à la danse avec une musique puisant dans les racines occitanes. Ces chansons à danser s’approprient à la fois l’héritage des bals-trad, des chants populaires et avec audace du rock’n’roll. Une réunion des genres audacieuse sur le papier mais qui à l’écoute est comme une évidence. Ton Bal ! est un album qui renoue avec l’essence de la musique à savoir le partage et la fête. Avec Arnaud, nous avons discuté sur la naissance du groupe et l’authenticité de cette création.

Comment est né Mbraia ?

Avec Paulin Courtial, nous nous sommes simplement rencontrés à travers la musique. J’avais la volonté de créer une musique de bal-trad avec un répertoire qui peut se jouer en concert, qui est pensé pour les bals. Dans mon parcours, j’ai eu l’opportunité de faire des premières parties de bals traditionnels, l’énergie m’a beaucoup plu. Le parquet bouge tout seul, les gens viennent facilement à vous, ils dansent, ils profitent de la musique sans avoir à les chercher comme cela peut arriver avec d’autres styles de musique, ici c’est spontané, c’est une expérience que j’ai beaucoup appréciée.

Vous (re)visitez la musique traditionnelle…

On puise dans cet univers puis avec Paulin on amène nos influences respectives, c’est un mélange de plein de choses différentes, et notamment le rock. A travers cette musique, le public vibre, danse,  communique son énergie, transpire sur le parquet, c’est vivant !

Vous chantez en occitan, pourquoi ?

J’ai toujours entendu mes grands-parents parler occitan entre-eux. J’aimais la sonorité, j’essayais de comprendre, c’est une langue qui m’attire. Il n’y a pas eu de transmission entre génération, à cette époque l’éducation a effacé l’occitan, seul le français était digne d’être parlé. J’ai toujours été curieux, j’ai fait des études en langues occitanes à l’université. Entre étudiants, on s’amusait à chanter ensemble les chants traditionnels.

Paulin a un parcours différent, il a toujours entendu parler cette langue à la maison, son père est professeur d’occitan, militant pour sa sauvegarde et sa transmission. C’est sa langue paternelle (si je puis-dire). On a tous les deux un rapport très intime à l’occitan.

C’est une langue vivante qui évolue suivant les territoires de l’Espagne à l’Italie en couvrant une large partie de la France. Malgré cette diversité le socle commun est solide, même si le patois du village d’à côté est différent, il est possible de se comprendre avec un catalan… Regardons ce qui nous rassemble plutôt que les différences. Les différences d’une région à l’autre ont été un argument d’état pour éradiquer cette culture au profit d’une normalisation du français. Au contraire, ces écarts sont une richesse ! Contrairement au français, l’occitan évolue, bouge, c’est une langue vécue.

Quelle est la matière première de vos morceaux ?

C’est un mélange de création et d’interprétation. Il y a des morceaux qu’on a entièrement composés et écrits, d’autres où l’on reprend des paroles et interprète une musique.

Dans les années 1990, il y a eu un collectage important en Aveyron avec le recueil de mémoire, de paroles et de chants des anciens. Cette matière est compilée dans des livres et cassettes audio « Al Canton et Vilatge ». Ce sont des bribes de mélodies que nous avons adaptées, des souvenirs que nous avons fait évoluer. On décrypte des textes, on s’approprie des sons, on change des rythmiques. Ce n’est pas une matière sacrée, au contraire cela est voué à muter. Nous changeons aussi la métrique pour la faire correspondre à la danse, quand on danse une mazurka ou une bourrée, il faut un cadre. Parfois il a fallu l’inventer. C’est un fond très intéressant à explorer, visiter, interpréter…

On s’empare d’une matière première, on la sculpte à notre façon, c’est un travail passionnant de création, puis nous avons le plaisir de partager et faire vivre cette culture. C’est comme un cuisinier préparant des ingrédients, ensuite il propose de goûter son plat. Je suis comme un artisan, un artisan de la musique !

Une musique à danser, êtes-vous danseur ?

J’aime danser la bourrée par exemple, cette danse fait vibrer en moi des choses d’antan, une histoire qui me traverse que je n’ai pourtant pas vécue, le sentiment de vivre quelque chose d’un autre temps.

Duo de musiciens aux sonorités plurielles…

Paulin a suivi une formation de guitare classique au conservatoire, il s’est mis à la guitare électrique, c’est un excellent guitariste. Il apprécie particulièrement le rock californien. Moi je suis chanteur et je joue du cajon, c’est un instrument percussif que l’on a la possibilité de transporter partout (contrairement à une batterie). La matière du bois résonne, j’aime beaucoup ses sonorités. Notre spectre musical est large, en étant deux sur scène, notre volonté est d’avoir le son le plus complet possible. On mélange des effets, des tonalités basses, des sons pleins… être un duo permet aussi beaucoup de liberté et d’interprétation.

L’un de vos titres est accompagné par un clip…

Nous étions en résidence de création à Brassac les Mines. On a réalisé nos premiers enregistrements à La Lampisterie. Nous avons découvert la salle des pendus où les mineurs suspendaient leurs vêtements avant de descendre à la mine. La vidéo raconte l’histoire d’une peintre en panne d’inspiration. Portée par la musique, elle lâche prise par la danse, s’emporte dans le tourbillon et finalement va retrouver sa toile. Cela illustre le titre « Quand lo mèstre ven del mercat ».

Votre album est sorti il y a un an, la tournée initiale a été fortement impactée !

La plupart de nos dates furent annulées, parfois reportées. Finalement, nous avons pu jouer 5 ou 6 concerts en 2020. On espère se rattraper, le public est demandeur, on a tous besoin et envie de se retrouver autour de cette énergie.

Je n’imagine pas un monde où nous ne pourrions plus danser. Cela va faire un an, c’est pesant, nous sommes frustrés de ne pas pouvoir travailler, de faire de la musique et de retrouver les gens qui bougent, dansent, se retrouvent…

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

Mbrai, Ton bal !

Prochaines dates dans la région

22 mai à Saint Céré (Lot)

11 juin à Varazoux (Lozère)

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