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MARIE-CLAUDE PIETRAGALLA ET JULIEN DEROUAULT

Du Théâtre du Corps

Propos recueillis par Patricia Bussy

Le 10 janvier dernier, les chorégraphes étaient invités aux Rencontres culturelles de la Fnac des Ternes à Paris. L’occasion d’échanger avec le duo sur Lorenzaccio, leur dernier spectacle. Ce classique intemporel d’Alfred de Musset brosse le portrait d’une humanité en perte de repères dans la Florence des Médicis. Il est transposé dans un théâtre où danse, images 3D et musique électro sont conviées.

 

© Pascal Elliott

Votre Lorenzaccio, est-ce du théâtre dansé ou de la danse parlée ?

Un peu les deux ! C’est une étape pour notre compagnie, car on développe le projet de faire dialoguer la danse et le théâtre. L’enjeu dans la mise en scène, c’est de trouver une résonance entre ce qui est dit et les non-dits exprimés à travers le corps. Le texte magnifique d’Alfred de Musset, il faut le respecter, trouver ses subtilités, sa musicalité, sa poésie. Il faut aussi apporter une façon d’exprimer l’inconscient des personnages à travers le corps et – le plus difficile – le faire en même temps. C’est très excitant, c’est comme si vous aviez deux disques durs dans la tête, l’un pour le texte, l’autre pour la danse.

Le spectateur doit recevoir ce joué-dansé inédit d’une façon fluide.

Il ne faut pas que cela soit heurté sauf si on est sur un moment de rupture qui autorise le combat : le texte dit quelque chose et le corps tout autre chose. On joue là-dessus. Observez les gens qui parlent ! On voit souvent que le corps n’est pas en adéquation avec ce qu’ils disent. Dans cette pièce, il y a des jeux de pouvoirs énormes (politique, religion, ambition, amour, passions). C’est intéressant d’indiquer des lectures différentes, à travers le corps et/ou la parole. Ce fut un travail long avec les onze artistes sur scène. Parmi eux, la moitié, depuis leur enfance, avaient joué avec le corps sans expérimenter le théâtre. D’autres avaient eu très jeunes cette envie de travailler le texte. Parfois, ils avaient abandonné, car la vie d’un danseur est déjà très complexe.

Cette nouvelle expression artistique, que vous portez depuis deux ans, accomplit la fusion entre deux arts majeurs.

Le Première a été jouée dans la cour du château de Grignan, en plein air, ce qui impose des contraintes, au niveau de la voix et du corps. Puis on a donné une cinquantaine de représentations, tous les jours en intérieur, où l’on a pu assoir une version particulière, dans une situation de théâtre, où l’on a revisité le spectacle. On a réintroduit des éléments scéniques que l’on ne pouvait avoir en extérieur. Pour moi, Lorenzaccio symbolise la vision de notre compagnie Le Théâtre du Corps. Souvent, on entend dire : les danseurs, c’est le dialogue du corps ! Ils n’ont pas la parole. Je trouve cela dommage, au contraire, je pense que notre travail permet de développer la complexité du personnage.

20 mars 2019 20 h, Le Corum, Montpellier

17 mai 2019 20:30, Zinga Zanga, Béziers

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