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MANUELA MARQUES

Jouer avec les reflets de la  nature

Propos recueillis par Patricia Bussy

Une résidence d’artiste au musée Fleury de Lodève a donné à la photographe-vidéaste l’opportunité d’arpenter le territoire. Manuela Marques a porté un regard singulier sur la nature. Chez elle, pas d’idéalisation ni de mysticisme. Ses images nous donnent à voir autre chose du minéral et du végétal, qui seront recomposés, mis en scène et poétisés par des jeux optiques.

La directrice et conservatrice en chef, Ivonne Papin-Drastik, vous a invitée à porter un regard contemporain sur les collections du musée et sur le territoire. Comment avez-vous procédé pour cette série ? 

En novembre 2014, j’ai découvert dans les collections un moulage qui a près de 280 millions d’années… une forme sur laquelle on peut voir des traces de gouttes d’eau, qui sont tombées. La pluie a dû être très violente, puis il a dû faire très chaud, la terre s’est rétractée et la pièce a gardé l’impact de ces gouttes. Je trouvais ça magique, poétique, ça m’a bouleversée. Quand j’ai commencé ma résidence d’artiste, en avril 2015, j’avais envie d’être entourée de pierres, comme dans mon précédent travail, envie d’être dans une nature minérale, très aride, minimaliste plutôt que dans un paysage bucolique ou séduisant.

Vous avez découvert le paysage particulier des Causses.

Oui, j’ai choisi le nord du département, le Larzac méridional, qui jouxte le cirque de Navacelles. Pour la séquence des Pierres dressées, j’ai photographié in situ ces énormes et incroyables pierres. En même temps, sur mon chemin, j’ai collecté des petites pierres, que j’ai mises en scène pour les photographier. Elles ont l’air de voler.

Vous aviez un studio photographique en plein air ? !

Mon axe de travail était d’utiliser ce qui m’entourait dans mon environnement immédiat. Il fallait que les choses soient facilement atteignables. Lors de mes marches, je faisais des « prélèvements », des pierres, des bouts de bois, des branches, des feuilles, des fleurs, des baies. Avec tout ce que j’avais glanais, j’ai fait une composition dans l’atelier en plein air (La Brassée). Je m’étais fait construire par le musée un système portatif de cyclos. J’ai beaucoup travaillé à partir de cette plaque réfléchissante cylindrique, que l’on trouve souvent dans les studios de photographes. L’histoire n’était pas de rendre compte du Lodévois mais plutôt d’aller à la rencontre de ce territoire défini.

Dans votre photo La Traversée, vous jouez avec les reflets des végétaux dans le miroir. Mais vous montrez aussi le dispositif pour obtenir ce reflet de la nature. Pourquoi ?

Oui, je montre le mécanisme, la mise en place pour obtenir l’illusion optique. J’utilise ces plaques réfléchissantes pour (me) donner à voir autrement et autre chose. C’est un peu métaphorique, en même temps, ça dévoile une façon de travailler.

Et le bleu du ciel dans l’ombre, exposition photo jusqu’au 19 mai 2019

Musée Fleury, 1 place Francis Morand – 34700 Lodève

www.museedelodeve.fr

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