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LESLIE MOQUIN

Territoire(s)

Par Sandy Berthomieu

Les traversées photographiques de Leslie Moquin, jeune artiste, sont accueillies au cœur de l’ancienne Maison Consulaire de la ville de Mende, en Lozère. Du Kurdistan irakien aux côtes caribéennes colombiennes, cette exposition de qualité est propice aux voyages, à la découverte d’un ailleurs pas si lointain et incite le regard à la curiosité. Les enjeux sociaux, économiques, politiques sont intimement imbriqués dans ces images.

Deux régions, deux univers

Ici, le spectateur se rendra compte qu’un territoire est nécessairement pluriel ! L’œil de l’artiste propose de voir au-delà d’un contour géographique délimité. Les frontières s’effacent au profit d’une zone aux périmètres poreux, une région au rayonnement humain avant tout. Les hautes montagnes ciselées dans la roche du croissant fertile et l’embouchure du fleuve rio Magadalena en Amérique du sud, deux paysages opposés, deux ambiances reliées habilement dans cette exposition.

Avant d’explorer la photographie comme moyen d’expression plastique, Leslie Moquin a étudié les lettres, la philosophie et les relations internationales. Après un passage à l’agence Reza, elle sort diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure de Photographie d’Arles en 2013.  Ainsi, son intérêt pour les contextes géopolitiques et socioculturels se traduit dans ses recherches esthétiques des territoires arpentés, vécus, sillonnés.

La construction identitaire d’une jeunesse ou d’une communauté est un lien tissé dans ces projets. Comment capter en image la transmission d’une culture ? Comment révéler un état de pensée ?

Un autre visage du Kurdistan irakien…

L’impulsion de ce travail est un premier voyage au côté d’un prêtre syriaque et la rencontre des réfugiés chrétiens d’Irak. Accompagnée de Marion Dualé, documentariste, elles portent un regard sur les migrations, le mouvement de population, les crises de religions qui touchent ce pays. Puis, Leslie Moquin retourne plusieurs fois dans ces vallées et montagnes. Elle suit les pas de Soran qui l’a accueilli, partage un repas avec sa famille… Elle visite la campagne, découvre la pauvreté et la richesse des paysages habités depuis l’Antiquité. Elle se rend à Erbil, capitale du gouvernement kurde, où la vie fourmille de plus d’un million et demi d’habitants. Le contraste est saisissant… et pourtant les traditions font échos. L’exposition débute avec un portrait de Moustafa Barzani qui s’est battu dès 1931 pour l’indépendance de cette région. Au tournant des années 1960, des libertés sont accordées et les combattants Peshmergas sont vus comme des héros statufiés. Comment la jeunesse kurde vit ce passé ? Une continuité ? Une résistance ? L’envie d’un ailleurs ? C’est tout le sujet de cette série captant l’énergie de ces individus en devenir, futurs visages de la société kurde. Dans ce premier chapitre, l’importance de l’apparence saute aux yeux ! Le regard se détourne d’un site archéologique pour se concentrer sur son propre reflet dans un smartphone. Les selfies se multiplient le dimanche dans le parc ou en pleine campagne comme une échappatoire tendue vers l’extérieur.

Paraître, apparaître, transparaitre.

Pour la première fois exposées, ces images cohabitent entres elles simplement fixées au mur. L’idée d’un travail en cours, d’une recherche d’atelier amène pour le public davantage d’interrogations et l’impatience de découvrir le chapitre 2 de cette histoire contemporaine.

La fureur des couleurs et des sonorités colombiennes !

A l’étage, la fraicheur des grands escaliers de pierre laisse place à la chaleur humaine, culturelle et musicale des Picos ! Une contre culture festive où l’art s’exprime dans la rue, des sonorités hybrides aux couleurs chatoyantes peintes sur les enceintes des sound-system monumentaux. Ces façades customisées deviennent communautaires. L’artiste en résidence de création auprès de l’Alliance Française de Bogotà découvre la singularité de ces fêtes à Baranquilla. Les Picos se développent dès les années 1950 et en compte aujourd’hui des centaines dans toute la ville, au coin des rues, dans les bars, sur les places. Les fêtes populaires se parent de motifs excentriques et fluorescents et diffusent toute la nuit des sons endiablés. Dans cette énergie colorée, la liberté et le lâcher-prise est de mise. Une vidéo ponctue cette exposition où le corps se laisse porter par les rythmiques. Imprimés sur un papier brillant, les portraits des danseurs et les installations éphémères attirent l’œil ! L’accrochage de l’exposition plonge le spectateur dans une rue colombienne avec un accrochage sauvage d’affiches et de photos. Inévitablement, cette exposition donne le tempo, tout vibre !

D’un territoire à l’autre, l’essence de cette recherche artistique serait la transmission d’une culture, avec le poids du passé, l’appropriation et l’écriture d’une continuité, d’une cassure, d’une renaissance. De ce voyage, le public est nourri de questions faisant écho à son propre vécu.

Ancienne maison consulaire

48000 Mende

Entrée libre

Jusqu’au 06 février 2019

www.lesliemoquin.com

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