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LE CRI DEVOT

Une compagnie hors les murs

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

Fondée en 2011, la compagnie Le Cri Dévot explore la scène avec diverses formes théâtrales (création, résidence, lecture…). Camille Daloz est acteur et metteur en scène formé au Conservatoire d’Art Dramatique et diplômé en études théâtrales. L’immersion dans un territoire et la participation du « public » est au cœur du processus de création. Les écritures questionnent l’adolescence, la famille, la mémoire rurale mais aussi l’Histoire… Cette compagnie bouscule aussi bien l’acteur, le diffuseur, le spectateur. De nombreux projets sont en cours, l’occasion de questionner son fondateur.

Comment explorer vous les champs thématiques ?

Le Cri Dévot travaille ses créations dans une temporalité hors des circuits traditionnels de création. À travers des projets moyens ou long cours, des résidences de territoire, des rencontres d’incubation… La compagnie souhaite faire se rapprocher une œuvre, une thématique avec un groupe de participants non professionnels. Cette dimension d’immersion interroge autrement une œuvre artistique et provoque des rencontres originales entre la compagnie et un territoire. Notre création partagée La Troisième Vague est un spectacle inscrit au répertoire de la compagnie au même titre que les autres. Nous amenons sur trois semaines de répétition (4h/jour) une classe de lycéens à concevoir, écrire, répéter et jouer un spectacle inspiré du film La Vague autour des mécanismes des systèmes totalitaires. Une expérience à chaque fois bouleversante !

Justement, la création itinérante est essentielle dans votre processus…

Les nouvelles créations autour du projet pluridisciplinaire Save The Date ! se tissent en Lozère depuis 2018 et jusqu’en 2021, en artiste « complice » ou associé aux Scènes Croisées du département. Cette investigation artistique sur la mémoire collective interroge plus particulièrement les marqueurs d’époque et les transformations sociales survenues en France ces 70 dernières années. Le texte « Les Années » d’Annie Ernaux est le fil rouge de ce nouveau cycle de création. Création professionnelle, vrais / faux réveillons du jour de l’an, créations partagées avec des habitants et en établissements scolaires, formats courts et « tout terrain » : notre envie est de partager nos recherches au compte-gouttes avec les habitants.

Quels territoires explorez-vous ? Pourquoi ?

Pour ce type de projets, le milieu rural est un territoire riche de critères inconnus. Cette donnée est très importante pour nous : ne pas tout connaître d’avance de ce que l’on va faire. Se laisser errer dans ces grands espaces de Lozère, inventer des formes avec la complicité des habitants d’un territoire pour ne pas fabriquer quelque chose de penser dans l’entre-soi ou en hibernation dans un théâtre. Ces espaces de non-jeu, ces salles des fêtes, ces bars, ces soirées chez l’habitant sont pour nous de grandes opportunités pour prendre le temps de penser et de travailler différemment. On se donne le pari à chaque fois de réinventer des veillées pour donner aux gens l’envie de sortir de chez eux, de déplacer leurs habitudes et de se redécouvrir autrement. Dernièrement, pour faire découvrir Les Années, d’Annie Ernaux, on a décliné une série de cinq « nouvel an » en cinq soirées entre novembre 2018 et mai 2019 (Réveillons les années 50, 60, 70 80 … 2010 !). Ces réveillons étaient pour nous l’occasion de tisser des liens avec différentes catégories d’habitants : les abonnés, les piliers de bistrots, les membres du club de Scrabble de Saint-Chély d’Apcher, les choristes d’Aumont Aubrac… de faire la fête bien entendu, mais aussi et surtout, parler de notre projet, déconstruire la posture clichée de l’artiste en résidence.

Vous êtes metteur en scène, comment travaillez-vous au sein de cette compagnie ?

J’impulse toujours le lancement de chaque projet avec un point de départ précis : un fait divers, une œuvre, une thématique… Ensuite je laisse les autres membres de la compagnie (comédiens, musicien, vidéaste) s’imprégner de chaque sujet pour l’interroger selon sa sensibilité et ses compétences à travers multiples temps d’expérimentations. C’est une sorte de mutualisation de savoir-faire que je mets en commun tout au long du processus de création. Autour du projet Save the Date ! J’ai demandé à chacun de proposer une forme gravitationnelle autour de la construction du souvenir et de l’œuvre d’Annie Ernaux. Ces Instantanés seront des parcours de vie à travers des solos joués dans des lieux non-dédiés, à la rencontre du plus grand nombre de spectateurs, habitués ou non au théâtre.

La volonté de sortir du théâtre est très présente, pourquoi cette volonté d’hors les murs ?

Depuis quelques années, ces rencontres prolongées avec des groupes de personnes, déjà constituées ou non, me font croire à la reconfiguration de la création artistique. On ne crée plus dans le repli sur soi, avec seulement ce que l’on sait faire. Au contraire on teste en direct et en continu, avec les personnes ressources, ce qui pourrait devenir un spectacle. Sortir des murs, c’est quitter le confort de nos habitudes, se pencher sur l’inattendu, et attendre de voir ce qu’il se passe. C’est stimulant !

Et ça fait du bien d’être entouré de personnes qui ne jugent pas le travail au premier abord, des personnes qui apprécient d’abord la démarche et sont heureux d’être partie prenante de quelque chose en train de se faire.

 

Actualités

Projet LA TROISIÈME VAGUE

Edition # 4 – Montpellier, Printemps des Comédiens / 4, 5 et 6 juin

Edition # 5 – Toulouse, Théâtre Sorano / 21 mai 

Edition # 6 – Capdenac Gare, L’Autre Festival – Derrière le Hublot / 8 et 9 juin

Projet SAVE THE DATE ! autour de l’œuvre d’Annie Ernaux

La Compil’, création partagée à Saint-Chély D’Apcher / 2 novembre 

 Les Instantanés #1 et #2 – Festival De Part et d’autre – Montpellier / 12 mai 

DIPTYQUE MÉMOIRE ET RÉSISTANCE Scènes Croisées – Le Ciné Théâtre, Paulhac / 15 juin

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