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LAURA LAMIEL

Une exposition pour débouler son regard…

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

Le CRAC à Sète, accueille l’exposition monographique « Les yeux de W… » où l’espace est la matière première. Marie Cozette, directrice du centre d’art, invite pour son premier commissariat d’exposition dans ce bâtiment de 1200m2 l’artiste Laura Lamiel. Le spectateur déambule à travers les installations composées de matériaux bruts et d’objets patinés mises en lumière subtilement. La visite implique le corps et la perception pour devenir une expérience de l’œuvre. Un parcours sensible et déroutant !

Crédit photo : Marc Domage

Comment s’est faite la rencontre avec Laura Lamiel ?

Je suis toujours dans la prospection, dans la recherche… C’est le rôle du commissaire d’exposition ou d’un directeur d’institution de compléter la visibilité d’un artiste. Laura Lamiel est représentée depuis dix ans par la galerie Marcelle Alix, c’est par cet intermédiaire que je la suis de près depuis quelques années. J’ai toujours trouvé son travail singulier. J’ai aussi pris le temps de la rencontrer dans son atelier. C’est une femme qui a 40 ans de carrière, elle a réalisé de grandes expositions mais pour autant elle n’est pas assez connue par rapport à l’importance de son œuvre. Ici, cette proposition permet de présenter de façon optimale son travail, de combler certains manques, de valoriser sa démarche.

Vous avez fait le choix d’une proposition monographique…

Je suis très attachée à ce format là, c’est une forme d’exposition qui m’attire et me permet de comprendre la démarche d’un artiste, d’en saisir sa psyché. De plus, c’est l’ADN même d’un centre d’art, c’est une fenêtre ouverte sur un artiste et une meilleure manière d’accompagner la production de son œuvre.

Malgré tout, ce format n’est pas une traversée historique…

En effet, les ¾ des pièces sont de nouvelles productions conçues pour le lieu. C’est une proposition sur-mesure avec uniquement des œuvres récentes de 2015 à aujourd’hui. L’approche n’est pas rétrospective mais dans cette puissante dynamique de création, on perçoit la maturation de son travail d’année en année. Cette présentation est un instant T, les choses se créent au fur et à mesure, c’est un feuilletage du temps !

Justement, le temps et l’espace sont la matière première de son travail !

Pour elle, l’espace du CRAC a été passionnant à explorer, les grands espaces, la hauteur, les petites salles… Elle a imaginé l’exposition dans un ensemble, se projeter comme dans un parcours, il y a une continuité, pour elle c’est très naturel de prendre prise dans ce lieu.

La mémoire semble aussi être un sujet d’exploration ?

Je dirais l’archéologie de la mémoire, la densité du temps, je parlais d’ailleurs de feuilletage. Il y a par exemple une installation d’un sol avec des incises dans lesquelles sont placées des objets qui viennent par-dessus. Le monde souterrain émerge avec des objets usés, des vielles valises en cuir, des archives, d’anciens chaussons… le temps est passé. Le passé refait surface, elle creuse le temps, elle fait revenir l’oubli. Elle a un rapport subtil avec les paradoxes, par exemple l’absence et la présence. Il y a une ambiguïté entre creuser et enfouir. Dans quel sens va ce geste ? Dans ses œuvres, il y a beaucoup de miroirs, des jeux de matières et d’associations. On se voit dans les reflets à l’intérieur de petites cellules, le rapport au réel est provoqué, qu’est-ce que le réel ? L’illusion ? Quel rapport avons-nous à la perception dans des situations de contraintes ? Ces « cellules de contraintes » s’interprètent comme des métaphores, des situations de vie. Ainsi, cette exposition se découvre par le corps et l’esprit. C’est une expérience physique et psychique, il y a une dimension très spirituelle, l’ambiance est propice à la contemplation, au silence, il y a un aspect très doux, délicat. La volonté dans ces œuvres est d’activer les possibilités des libertés et de l’imaginaire. Ces œuvres sont une expérience avant d’être un langage !

Pouvez-vous m’expliquer le titre ?

Oui c’est un point très important ! Les yeux de W… Cette initiale peut-être celle d’un personnage, une fiction est possible à partir de cette lettre double. Il y a une symétrie, un dédoublement que l’on peut rapprocher aux œuvres de Laura Lamiel, la perception est multiple. Ce titre est une suggestion pour regarder, une mise en disposition du spectateur, le regard fait aussi partie de l’œuvre.

L’artiste explore les matériaux pour composer ce parcours !

Elle utilise des matériaux divers afin de jouer sur la tonalité et l’aspect, le métal froid côtoie le cuivre plus chaleureux, elle utilise les miroirs sans tain, la tôle peinte, le laiton, l’émail… Ses structures accueillent des objets plus évocateurs, avec un côté plus sensible comme le coton, le cuir, l’encens, le papier, tissu… Il y a une forme modulaire, minimale et en même temps elle contrebalance avec des éléments plus proches de l’Arte Povera venant perturber les sensations. Elle compose avec les couleurs et les lumières, il y a des passages du sombre à la clarté… tout cela est pensé dans ce parcours.

Crédit photo : Marc Domage

C’est une recherche perpétuelle d’équilibre ?

Oui, ou pour le dire plus justement c’est créer des vibrations entre les choses, l’espace et le regard. Pour reprendre ses mots, c’est une mise en tension !

Exposition jusqu’au 19 mai 2019

CRAC, Sète

Entrée libre

http://crac.laregion.fr

http://lauralamiel.com

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