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LA MAISON TELLIER

« Primitifs modernes »

Propos recueillis par Sophie Mignon

Helmut, chanteur et guitariste du groupe français La Maison Tellier, s’entretient avec Idem Magazine, évoquant leur parcours, leurs méthodes de création et, bien sûr, Primitifs modernes, leur sixième et dernier album en date. L’occasion pour cet artiste et son collectif d’expliquer comment reste-t-on « des êtres humains fréquentables ».

Crédit photo : William Lacalmontie

Il y a un côté new wave sur le morceau qui porte le titre de l’album   Primitifs modernes .

Oui, on a poussé le délire un peu loin! On a qu’une vie donc c’était vraiment pour montrer qu’on essaie d’évoluer comme on peut. Même si c’est un peu too much, un peu maladroit, on assume pleinement, sans dire qu’on s’en fout et qu’on fait n’importe quoi. Et là on s’est dit ok pour ce truc de rajouter ce qui est « pour nous » justement moderne, des claviers basses, des sons un peu éléctro et on a forcé le trait sur le morceau d’ouverture.

Est-ce que vous considérez que chaque nouvel album est une amélioration du précédent ou est-ce que vous avez la sensation à chaque fois de repartir à zéro?

Sur la technique et sur le savoir faire, je pense qu’on s’affine, comme un artisan qui fabrique des chaussures, j’imagine qu’elles sont de mieux en mieux. C’est sûr qu’entre le premier où on aura de la fraicheur, on ne se pose pas du tout de question et puis le sixième les problématiques sont différentes, la problématique c’était de se dire comment garder de la fraicheur alors qu’on se connait et qu’on bosse ensemble depuis quinze ans. C’est un peu ça en fait la façon d’aborder les choses et je pense qu’on essaie de faire le meilleur truc à l’instant t. Et pour cet album là, on avait une bonne trentaine de maquettes, celles qui nous semblaient être les meilleures. C’est un peu léger comme comparaison mais je trouve que ça tient : quand on fait des mômes, chaque nouveau qui arrive, c’est génial. On a l’impression de redécouvrir cette magie là, et on les aime tous différemment. Celui là, on a le nez dessus donc c’est dur de le situer. Pour moi, c’était jusqu’à celui là notre meilleur album en terme de chanson purement, c’est mon avis, et puis le premier, ben c’est le premier, il reste cher à mon coeur. Primitifs modernes est sorti il y a un mois et je commence à m’autoriser à me dire qu’il est pas mal.

Vous écrivez ensemble?

Artistiquement, si on fait le choix d’être un groupe, il faut assumer ce truc donc c’est pas une dictature, c’est une tentative de démocratie et comme toute démocratie, elle a ses failles, ses maladresses. Le processus de création est bien défini. C’est le guitariste et moi-même qui apportons des guitares/voix, et parfois des trucs un peu plus arrangés. L’idée c’est de proposer à tous les musiciens du groupe une base de travail, parce que sinon on avance pas. Après il peut y avoir ponctuellement un des gars qui va rapporter une compo ou un texte, et si on se dit « ben tiens ça ça claque », alors on y va. Sinon sur les textes, ça reste un peu ma chasse gardée, parce que j’aime bien faire ça. En fait tant que ça tient, tant que chacun est content de la place qu’il a, on continue d’avancer et c’est pour ça qu’on est les mêmes gars depuis longtemps, chacun y trouve son compte.

Quel message l’album Primitifs Modernes veut-il faire passer?

Je pense qu’on est nombreux à se demander « comment fait-on pour rester des êtres humains fréquentables »? Comment gère-t-on ce flot permanent de nouvelles angoissantes concernant notre présent, notre avenir et profitons en même temps de notre passage sur Terre? Ce sont des questions qui me taraudent, et c’est une question d’âge aussi peut-être. Jusqu’à trente balais, on est en phase ascendante, après il y a un espèce de plateau, moi je suis encore dessus. Avant d’entamer une descente. Il y a des trucs vaguement méthodiques, mais je ne voulais pas que ce soit pompeux, on se pose tous des questions de base en tant qu’espèce. Ça résonne forcément, enfin à moins d’être un psychopathe complet mais ça résonne forcément le truc de se dire qu’on est une espèce humaine qui est en train de réussir à détruire l’endroit ou elle vit, c’est un peu compliqué de se dire qu’on fait parti d’une espèce que parfois on déteste et parfois on admire. Du coup comment ne pas soi-même se détester…

La Maison Tellier sera en concert le 23 mai 2019 à Victoire 2 à Montpellier

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