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LA COMPAGNIE ARKETIP – Quand le hip-hop rencontre la danse contemporaine

Lionel Coléno a créé la compagnie Arketip en 2013. Basée à Montpellier, cette compagnie a pour objectif la création de pièces chorégraphiques, ainsi que le développement d’actions culturelles et pédagogiques. La particularité de cette compagnie c’est la technique du sol, une danse expérimentale qui crée un lien entre la danse contemporaine et hip-hop. Rencontre avec ce chorégraphe en pleine réalisation d’un nouveau projet malgré la pandémie, s’intitulant Intervalle.

  

 

Comment qualifieriez-vous votre style de danse ?

Le style de danse c’est donc un mélange de hip-hop et de danse contemporaine. La technique que je développe est une approche expérimentale, la mienne est orientée essentiellement sur l’approche au sol. Travail d’appuis au sol, de chutes, de descentes, de tours, de sauts, de glissades et d’équilibre.

Lorsque je crée ce qui m’intéresse c’est aussi de voir comment les choses évoluent dans les mentalités, dans le temps, et à travers les générations. Je travaille avec un chorégraphe sur Montpellier, Hamid El Kabouss, nous sommes de la même génération et nous sommes arrivés à une période charnière de la danse, symbole d’une forme de transition. Nous avons été formés à l’ancienne école et à partir des années 2000 il y a eu beaucoup de changements sociétaux, nous avons évolué aussi avec cette nouvelle génération. Notre regard est large. Je n’ai pas le sentiment d’avoir réalisé quelque chose de neuf, j’ai beaucoup d’influences.

Comment est né ce mélange entre la culture urbaine et contemporaine ?

En 1997, je me suis mis à la danse, j’ai commencé la danse dans une école de danse contemporaine tout en apprenant aussi la danse hip-hop.

J’ai donc créé une hybridation de ces deux cultures, de ces deux mondes, j’en fais une écriture qui m’est propre. J’ai développé cette démarche, cette envie de trouver des liens entre les cultures. Je suis sensible à l’idée de faire des passerelles, de lier tout cela, très humblement, afin que tout le monde puisse se rencontrer.

Depuis mes débuts je suis dans cette démarche et par rapport aux thématiques que je développe je pars de mon expérience propre et je crée une vraie réflexion autour du sujet choisi. C’était le cas notamment avec la pièce Va-et-vient interprétée par Marie Khatib-Shahidi et Lia Fayollat. Le sujet était sur le transfert en psychanalyse et la fluidité entre les individus. Souvent nous pensons savoir mieux que l’autre qui il est. Nous lui prêtons des intentions qui dépendent de nos interprétations. La question était de savoir comment pouvons-nous associer les fréquences communes qui lient les individus ? Pour cette création je me suis appuyé notamment sur des entretiens avec une psychanalyste Lydia Ledig. Grâce à ces échanges je nourris ma pièce et je la développe.

Vous êtes en train de travailler sur un nouveau projet s’intitulant Intervalles, pouvez-vous nous en dire plus ?

La pièce réunit trois danseurs, Intervalles c’est une création sur le processus amenant la circonspection et l’estime de toutes différences, croyances que porte l’autre et qui ne sont pas notre. Les questions que j’aimerais poser sont : que ce passe-t-il dans ces intervalles de culture, de croyances ? Comment peut-on collaborer dans le bien commun ? En définitive c’est quel regard je pose sur ma culture, sur ces questions-là, il y a évidemment aussi un regard politique. Je viens d’un milieu très métissé, je suis sensible aux questions du vivre ensemble, à la cohabitation entre les différentes cultures, et ce sont des sujets qui ne sont plus à mon sens une évidence aujourd’hui, il y a beaucoup d’informations qui interfèrent dans la compréhension de l’autre.

Vous intervenez aussi dans les écoles, c’est une volonté de votre part de développer des actions culturelles et pédagogiques, de quelle façon transmettez-vous votre art ?

J’aime l’idée de transmettre ma passion. Avec la compagnie nous pouvons intervenir lors de masterclass, ou de workshop mais de façon ponctuelle. En revanche, j’interviens aussi dans des collèges et cours élémentaires, je suis sur « les parcours d’éducation artistique » mis en place par le Département dans les écoles. Ce sont des ateliers avec les élèves et nous montons un projet sur une thématique. Nous créons un véritable projet sur plusieurs séances qui est ensuite présenté à l’équipe pédagogique. Ce sont des activités que la compagnie met en place au fil du temps et cela me tient à cœur.   

 

Qu’est- ce que cela vous apporte personnellement ?

La transmission est pour moi la clé d’une transformation de la société. J’essaie de transmettre aussi des valeurs de respect d’écoute de l’autre, une façon de voir la vie, d’autres voies. Cela m’intéresse de voir à quel point la jeunesse est plus prête à saisir le changement qui est en cours. C’est une époque difficile à vivre à cause du contexte actuel. Le modèle de société de marché voit aujourd’hui ses limites. On peut imaginer d’autres modèles, moins inégalitaires entre les humains. Le monde de demain sera peuplé de défi et pour que ces jeunes puissent les surmonter, il faudra se parler.

Quel regard portez-vous justement sur la situation actuelle ?

La conjoncture est assez complexe en ce moment mais cela nous apporte des réflexions sur notre métier, sur comment on envisage la création. Cela crée une dynamique assez intéressante sur ce point. J’ai un caractère très optimiste, je saisis les occasions, et ce genre d’occasion cela permet de repenser les modèles de fonctionnement, de se poser des questions sur comment diffuser le spectacle. Nous sommes plusieurs artistes sur Montpellier, nous continuons à travailler. Concernant la création Intervalles, je serai en résidence chez le chorégraphe Mourad Merzouki du 29 mars au 2 avril afin de continuer ce projet, nous avançons pas à pas. Nous avons aussi des projets avec l’Institut Chorégraphique International – CCN Montpellier – pour cet automne.

Propos recueillis par Johanna POCOBENE

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