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KADER ATTOU, HIP HOP PLANÉTAIRE

Reprise à l’Opéra Comédie de la dernière création du chorégraphe lyonnais. Le chorégraphe a réussi à hisser le hip hop aux premiers rangs des grandes scènes nationales, tout en brassant des publics divers et variés. Rencontre.

Que raconte The Roots ?
Il nous a fallu une vingtaine d’années pour obtenir la reconnaissance du hip hop comme danse d’auteur, au croisement de plusieurs esthétiques. The Roots évoque ces années de scènes et ateliers où le rêve rétrospectif devient réalité. En France, pour nous, tout a commencé dans les années 90. Indépendamment de la volonté de quatre copains lyonnais qui partagent l’amour de la danse, il y a ce premier voyage qui nous mène à Zagreb en 1992, alors que la guerre avait éclaté en Ex-Yougoslavie. Grâce à une ONG qui travaillait sur place, nous avons pu organiser des rencontres de danse dans trois camps de réfugiés bosniaques. On a passé trois semaines avec tous ces jeunes. On dialoguait avec le corps car, avec la barrière de la langue, on ne pouvait échanger par la parole. Là, je me suis pris deux claques : la guerre à nos portes d’abord et, puis, ce langage commun du hip hop, qui me fait passer les frontières. Pour nous, ça été le révélateur. Après, il y a eu les voyages au Brésil dans les favelas, en Afrique, dans les quartiers périphériques algérois, dans le Nord de l’Inde….

 

Universalité du hip hop
Fin 2013, pour la 8e rencontre de Danses Métisses en Guyane, on a animé un atelier avec des jeunes d’Awala-Yalimapo, un village proche du fleuve Maroni. Y’a rien à Awala ! Pas de télé, que des moustiques ! Pourtant, on a trouvé des jeunes qui pratiquaient leur hip hop et ensemble on a fait une transcription d’une de nos pièces !

 

Danse contemporaine versus hip hop ?
En France, quand nous avons commencé à réfléchir sur la singularité du projet, nous nous sommes nourris de la danse contemporaine. Nous avons appris des techniques à droite à gauche, de tous ces chorégraphes qui nous ont fait aimer ce métier. Au final, l’écriture personnelle se dessine sans idée de rupture ni de choc culturel. Aujourd’hui, les battles compétitions – où j’ai rencontré mes danseurs – coexistent avec la danse contemporaine. Toutes évoluent sans cesse pour défier la loi de l’apesanteur.

 

Musique narrative
95 % de la bande musicale sont l’œuvre du compositeur Régis Baillet. Des morceaux additionnels participent à mes souvenirs mais aussi à l’écriture : on danse sur H.I.P. H.O.P. de Sidney mais aussi sur une valse de Brahms, une berceuse d’Idir, un air de Colette Magny… J’essaie de trouver en chacun des onze danseurs hommes leur part de féminité.

 

 

Propos recueillis par Patricia Bussy

 

25, 26 et 27 février à l’Opéra Comédie (MTP)

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