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JEAN-LOUIS MURAT

Sur le toboggan de la vie …


Prolifique chantre de la langue de Villon sur fond de blues Americana, magicien des cordes, Jean-Louis Murat n’en finit pas de surprendre. En effet, ce printemps, le dandy romantique nous offre TOBOGGAN son 19e album au charme bucolique, un folk acoustique mâtiné de voix d’enfants et sons ruraux. Un bijou simple, sensitif, d’une élégance rare qui, en concert, fascine, comme le troubadour Auvergnat, chaleureux, facétieux, entier qu’!DEM a rencontré.
On le sait prolifique. Ce printemps L’artiste auvergnat JEAN-LOUIS MURAT revient avec TOBOGGAN un album acoustique apaisé atmosphère ouatée romantique au charme bucolique, fraîcheur enfantine, d’amour de noblesse, de simplicité tout en élégance. Actuellement en tournée promo dans l’hexagone, !dem a rencontré le troubadour lors du concert à Victoire 2. Entre folk, jazz rock et surtout plus blues man que jamais, sa voix grave et sensuelle oscillant entre légèreté et puissance, les échos l’artiste distille ses mots en acoustique dans un silence quasi religieux. Au sommet de son art…

Pourquoi ce titre « Toboggan » ?
Je ne me suis pas posé la question. Cette idée de glissade, de toboggan me semblait tenir et puis il y a aussi mes enfants qui chantent, des choses que j’aime dans leur langage. C’est pourquoi il y a la comptine du chat noir. Toboggan est un mot qui me revient souvent. Un peu comme une chanson d’amitié, une sorte de mélange, voilà. C’est un mot qui a été utilisé communément dans l’année qui s’est écoulée.

Comment vous est venue l’idée de réaliser un album dépouillé tout en offrant paradoxalement une multiplicité d’harmonies aussi riches et harmonieuses  vaporeuses dont les sons orientaux (diptyque Extraordinaire Vodoo, Belle)?

http://www.youtube.com/watch?v=8W_rKssr4a4
J’ai pris de la distance avec les disques précédents. Cet album je l’ai fait tout seul. Je n’ai pas utilisé les sections rythmiques que j’utilise d’habitude, donc il n’y a pas de guitare électrique non plus. J’ai une guitare acoustique très simple avec 6 cordes nylon et puis j’ai joué ici une peu de tous les instruments. Je pense que ça me ressemble un peu plus, du moins dans l’exercice obligé qui est le passage par une formation de rock de base (basse, batterie, guitare). Ca faisait longtemps que je n’avais pas enregistré ainsi sans presque rien.

Justement vous êtes inclassable, vous le fan de Robert Wyatt, avez écrit là un album éclectique où folk, jazz prog, blues se côtoient comme dans son univers…
Oui, c’est un peu plus proche de sa musique que j’aime en tous cas. Le travail en solitaire m’a permis de me rapprocher de ce que j’aime un peu comme procédait Robert Wyatt qui est une grande influence.

Parfois très structuré blues au niveau du groove vocal ou instrumental (slides), vous brouillez les pistes et revenez à une sorte de synthèse jazz rock progressif, ou encore folk, ou carrément des distorsions ?
 Si vous retrouvez tout ça, alors je suis très content. Instinctivement lorsque je prends une guitare ou me met au piano, la forme musicale qui m’attire en premier c’est toujours le blues mais j’aime beaucoup le jazz et les libertés instrumentales. Si vous ressentez ça alors ça veut dire que j’ai pu me lasser aller à faire ce que j’aime vraiment. C’est sûrement pour moi le travail le plus personnel qui colle parfaitement à la sphère musicale que j’aime.

Vous qui écrivez une chanson par jour, quel a été le processus de composition ?
J’écris régulièrement des chansons mais pour « Toboggan » j’ai pioché dans celles que je préfère. L’enregistrement s’est effectué assez rapidement. Je ne me suis pas laissé beaucoup de temps pour réfléchir. Le disque s’est fait davantage dans la réflexion, je me suis laissé aller tout le long de chaque chanson.

Donc vous avez sélectionné des chansons écrites depuis longtemps ou récentes ?
 Je ne me souviens plus vraiment, j’aime bien la situation d’écrire pour un album, ensuite je choisi de façon systématique c’est selon l’humeur, le moment. C’est un choix sentimental.

L’écriture tient une importante place dans votre vie…
J’écris journellement. Je tiens deux journaux de front, dirai-je. Un qui serait de réflexion, l’autre plutôt poétique. Les deux commencent à contenir des milliers de pages. J’avance ainsi, c’est mon exutoire, ma thérapie.

Beaucoup de sentiments émanent de cet album…
Oui, je pense qu’à la longue ça devient ma marque de fabrique. Je sais qu’en écrivant et en chantant je suis toujours animé par les mêmes sentiments, un peu la même humeur.

Vous écrivez des chansons pour d’autres par exemple Nolwenn Leroy, ou encore le téléfilm « la petite fille » de Laetitia Masson  et là vous venez d’écrire la B O d’un documentaire « l’Orchidoclaste» réalisé par celle-ci à propos de l’architecte Ruddy Ricciotti et présenté le 8 avril à la cité de l’Architecture…
Laetitia Masson m’a appelé pour me parler de ce projet. Elle trouvait que cet architecte et moi nous ressemblions. Effectivement j’ai aimé tout de suite ses œuvres qui ont inspiré la musique que j’ai composée ensuite. J’ai enregistré quasiment la valeur d’un album strictement musical (pas de chant sauf un en vieux français). Quand je me suis penché sur son travail sa sensibilité, je me suis senti proche de cet artiste que je ne connais pas du tout. Laetitia m’a donné le montage et j’ai eu carte blanche pour la musique. Ça m’a inspiré beaucoup de blues. J’ai mis que le 5emême pas le 10e de ce que j’ai enregistré sur le film. Un jour j’aimerais sortir la musique intégralement. C’est un film très intéressant sur la personnalité et les travaux de cet architecte, le rapport sensuel entre sa vie et sa manière de créer. C’est très inspirant.

Dans le superbe diptyque magnifique et extraordinaire oriental voodoo vous évoquez une sorte d’addiction, de transe, et vous mentionnez la plage de Omaha Beach…
Oui, c’est une sorte de dépassement de soi. C’est ce que je ressens , chaque soir, sur scène lorsque je chante. C’est une sorte de détachement de soi de dérèglement de la perception  Sur le second morceau « Voodoo simple », c’est le même processus mais à l’envers. Quelque chose d’extrêmement commun où la seule issue possible est le meurtre dans le sang .Quant à la plage d’Omaha Beach comme vous le savez c’est une des 5 plages du débarquement en Normandie. Je trouve que c’est comme s’il y avait une sorte de nihilisme dans ces esprits épuisés, esprit imaginaire occidental épuisé comme si le fait de guerre avait amené le débarquement des américains, une sorte de colonisation de nos esprits, ou de nos imaginations pour une culture américaine où moi je suis vraiment colonisé dans le sens où ma vie a commencé le jour du débarquement des américains. Je suis très imprégné par cette culture et quelque part c’est grâce au débarquement, qu’on a pu connaitre la culture américaine bien que je ne sois pas né à cette époque. Je me sens un peu bluesman du Mississipi qui aurait en charge la langue de Villon ou Verlaine sur fond de blues de là-bas. Je pense que les artistes de ma génération sont caractérisés par un imaginaire colonisé. Il faut en prendre acte et essayer de transcender tout ça et moi, en musique c’est un peu ce que je tente de faire au mieux. Quand on me parle de blues et de jazz mais aussi un travail linguistique. De toute façon j’aime autant le blues du Mississipi que le vieux français.

 Encore une particularité muratienne…
Oui, c’est devenu comme ça. Très jeune, à 15 ans, j’ai connu des blues men comme Johnny Lee Hoocker que j’ai eu la chance de rencontrer. Déjà j’avais autant d’amour pour le blues que pour la langue française. Je continue d’essayer de bravement mélanger les deux et d’en faire quelque chose qui me soit utile dans la vie quotidienne.

A propos de Vooddo Simple, vous parlez de Kropotkine ou est-ce une erreur ?
Évidemment c’est Kropotkine, l’anarchiste russe . Les paroles violentes tournent autour du thème du nihilisme. C’est une erreur d’impression sur le livret .


L’entretien touche à sa fin, l’éternel bluesman foule les scènes de France et de Navarre, distille ses mots, sa musique. Sous des airs sérieux se cache un artiste pétri de tendresse et d’humour noir, il vit caché pour être heureux. Ca lui réussi, car lorsqu’il sort de sa tanière c’est pour mieux nous émouvoir. Perpétuel poète, guitariste talentueux distillant ses slides, son instinct créatif ne cesse de se renouveler. Ses concerts se vivent intensément. Cet album Toboggan est une petite merveille qui à ranger du côté de Mustango, Dolorès, un troubadour au charisme puissant qui à travers son regard d’acier conserve un regard d’enfant. On monte sur le toboggan et on se laisse glisser, mais pas le temps de tomber, déjà on remonte…tel le fil du temps, des sentiments, dans le sillage « poético-blues » muratien…

 

Propos recueillis par Fabienne Durand

 

Grand merci à Monsieur Jean-Louis Murat

http://www.youtube.com/watch?v=8-AQC3ShsiQ

TOBOGGAN PIAS

http://www.jlmurat.com/

Concerts dans toute la France

Bande son du documentaire sur Ruddy Riciotti« L’Orchidoclaste » de Laetitia Masson. A découvrir  à La Cité de l’Architecture à Paris. Tous les vendredis du 14 avril au 8 septembre 2013 à 16h15 et 17h30

http://webtv.citechaillot.fr/video/bande-annonce-film-lorchidoclaste

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One Comment

  1. Fabienne, vous savez si bien écouter et comprendre Jean-Louis Murat que votre excellente interview s’en ressent et sort du lot des platitudes lues ici et là. Et lui pour le coup vous répond avec une grande sincérité, voyant bien qu’il a face à lui quelqu’un qui s’intéresse vraiment à l’ensemble de son travail et pas seulement à participer à la promotion du dernier album et de la tournée en cours, quelqu’un qui ne triche pas, qui l’aime pour ce qu’il est, pour ce qu’il nous donne, pour son immense talent…
    Merci… et continuer de nous emmener avec vous dans la perpétuelle recherche du « Sentiment nouveau ».

    Armelle

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