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ITCHI

Happy Hours

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

Les collages pop d’Itchi s’exposent à nouveau à la galerie N°5, après une première entrevue en 2016. Invité par Ludovic Allabert, le jeune artiste présente ses dernières créations. Dans cette exposition monographique, les œuvres de papier et de couleurs laissent entrevoir une multitude de détails à la fois surréalistes et décalés. Le regard se laisse gaiement bercer par ces mondes oniriques colorés piochant dans la mémoire visuelle de chacun. Une exposition à découvrir !

Quelle est la matière première de tes œuvres ?

J’utilise principalement des magazines des années 50 et 60, Paris Match, Life, Jours de France… J’en ai un gros stock que j’ai chiné lors de vide-greniers, sur internet ou que les gens me donnent. J’ai même des catalogues de La Redoute des années 70. J’utilise aussi beaucoup de papiers anciens, de partitions, de fiches de compte. Il m’arrive aussi d’acheter ou de récupérer des photos d’anonymes.

La série présentée à la Galerie N°5 revisite les sixties. Chaque époque a un langage visuel, qu’est-ce qui t’attire particulièrement dans les images de ces années-là ?

C’est une époque qui me fascine, très reconnaissable visuellement à travers sa mode ou son design. Je suis attiré autant par les couleurs à la fois vives et passées, que par les expressions des personnages ou les typos utilisées. Elles me font immédiatement voyager dans le temps, à cette époque pas très lointaine mais que je n’ai pas connue et qui m’apparaît comme mythique.

J’aime aussi le fait d’y trouver des photos que je ne vois pas ailleurs, qui sont comme oubliées. Ces magazines traitaient autant des grands événements que des petites anecdotes ou des faits divers.

Dans la profusion des images numériques instantanées, tu prends le temps de voir, fouiller, feuilleter, collecter ces images pour les assembler. Cette notion de temps semble essentielle à ton processus de création ?

Oui c’est très important pour moi, déjà il y a tout le temps passé à collecter les sources et effectivement à fouiller dedans pour en sortir les images et les éléments qui me marquent. J’adore me plonger dans les magazines, me perdre dans la lecture d’un article. Je passe peut-être plus de temps à chercher les images qu’à les assembler.

« Ca tourne » Itchi

Au-delà de l’image et de l’aspect graphique, le collage induit la matière… prendre en main le papier, couper, détourer, déchirer…

C’est vraiment indispensable dans ma pratique, tous mes collages sont faits à la main. J’aime sentir la texture du papier, pouvoir l’altérer, le froisser.

Le collage à la main permet aussi d’être très spontané, de pouvoir essayer un tas de combinaisons, un peu comme un puzzle qui aurait des dizaines de solutions. C’est aussi très agréable et relaxant, ça me permet d’être dans l’instant et de ne penser à rien d’autre.

Malgré tout, tu finalises certaines images à l’ordinateur. Pourquoi ?

Ça peut m’arriver parfois, mais de moins en moins. Je scanne tous mes collages et j’ajoute parfois quelques éléments géométriques, ou des touches de couleur, je peux aussi plus facilement jouer sur des effets de transparence et leur apporter une touche de modernité. J’aime mixer le coté organique de mes collages et la rigueur du numérique, d’ailleurs on me demande souvent si c’est fait à la main ou « à l’ordinateur ».

Les supports de tes collages sont variables, qu’est-ce que cela apporte ?

J’utilise souvent des papiers anciens, le verso d’une partition jaunie par le temps par exemple, le dos d’une couverture de livre avec le nom de son ancien propriétaire écrit à la plume, une planche de bois…  Chaque support communique de manière différente avec le collage, la finesse de l’un va apporter une impression de fragilité et de légèreté, la rigidité d’un autre me permet de superposer les couches, de peindre dessus, de varier les techniques, d’en faire une œuvre-objet. De manière générale, j’aime que mes supports aient aussi leur propre vécu.

« Space train » Itchi

Tes œuvres évoquent très singulièrement le courant constructiviste russe des années 1920… Quels mouvements artistiques t’influencent ? En quoi est-ce pertinent aujourd’hui de revisiter ces démarches ?

Effectivement je suis assez influencé par les Constructivistes, leur sens de la composition et les couleurs qu’ils utilisaient dans leurs images. J’aime aussi beaucoup le travail de Mimmo Rotella,  certains collages dadaïstes… Mais je suis autant attiré par l’ambiance qui se dégage des photos d’Eggleston ou de Saul Leitter, les illustrations de Jean Michel Folon ou les films de Truffaut… Mes influences dépassent largement l’univers du collage mais j’avoue que quand je crée je ne me pose pas trop de questions.

Justement, Marx Ernst parle d’ « irrationnel » pour décrire la pratique du collage, de hasard dans l’association des images…

Oui très souvent je commence une image sans avoir une idée précise du résultat final. La spontanéité et le hasard jouent un rôle important. Parfois les choses semblent s’organiser toutes seules. Pour certaines pièces cependant il peut m’arriver de vouloir rechercher des images en particulier, pour jouer avec les échelles ou créer une ambiance un peu surréaliste et là c’est plus un travail de recherche qui peut-être assez long.

L’ambiance de tes œuvres est souriante, colorée, gaie… est-ce dû à la période source ou tout simplement le reflet de ta personnalité ?

C’est le genre d’images qui m’attirent et qui m’amusent, j’ai envie que les gens prennent autant de plaisir à regarder mes collages que j’en ai à les faire. La presse des années 60 regorge de cette imagerie joyeuse et légère qui contraste avec la période actuelle. Elle est truffée de personnages, de sourires et de visages auxquels je me fais une joie de redonner vie dans mes collages.

Exposition jusqu’au 20 janvier 2019

Galerie N°5, Montpellier

entrée libre

Instagram : @itchi_collages

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