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IMBERT, IMBERT : « l’angoisse, c’est la vie, il faut savoir en jouir. »

 

Marc Ginot

 

Pas facile de suivre une trajectoire de musicien, quand on vit à l’heure du « reporté jusqu’à nouvel ordre » ou du carrément « annulé ». Le 5e album de Mathias Imbert, produit par le festival Printival, devait sortir début 2020. Il est resté confiné jusqu’en juin puis ressorti en octobre dernier. L’auteur compositeur montpelliérain se livre sur notre époque anxiogène, alors que ses chansons rock, cousues de mots percutants et directs, nous tiennent en éveil. Certains titres sont poétiques, d’autres très sombres, à l’image de la pochette qui renvoie à l’opacité du monde…

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre nouvel album ? Le mixage en Californie, la rencontre avec le célèbre Oz Fritz, ingé son américain qui a notamment travaillé avec Tom Waits, Bill Laswell, Iggy Pop, The Ramones ou Bob Marley ?

L’histoire de cet album commence en 2016. C’est le temps qu’il me faut pour écrire, composer et concevoir un album complet. Ma première rencontre avec Oz Fritz s’est faite par l’intermédiaire de la chanteuse Yéti, que j’accompagnais parfois quand j’étais plus jeune. Elle s’est installée en Californie, à deux rues des studios où travaillait Oz. Elle a eu l’occasion de bosser sur trois chansons avec lui. Je lui ai demandé son contact et j’ai pu lui envoyer mes maquettes. Oz les a appréciées.

Une fois sur place, au point de vue du mix, on peut dire qu’il a été à la hauteur de sa légende, avec l’humilité des très grands.

En 2020, l’album a dû connaitre des péripéties de sorties, des contraintes de production et de promo ?

Ben, on était censé tourner le clip au tout début du premier confinement, présenter le quartet au festival d’Avignon, etc. Le plus dur c’est l’arrêt brutal de tous les spectacles. Un album doit être accompagné d’une tournée, et là aujourd’hui les projections sont difficiles.

Le morceau phare, qui se déploie en trois temps sur l’album. Quel était le concept de cette chanson ?

Les supports d’écoutes de la musique ont longtemps dicté leurs timings aux albums, depuis le vinyle, en passant par la K7 ou le CD. Une majorité des gens n’ont même plus de lecteur. Sur les plateformes en ligne, les morceaux sont mis en avant un par un, donc il faut trouver de bonnes raisons de faire des albums avec 12 ou 13 titres. Une des réponses serait de ne faire qu’un seul morceau de 50 min mais les radios n’en voudraient pas. Ma réponse a été de développer une idée et de la répandre tout au long de l’album.

Avec ce titre tripartite Mémoires d’un enfant de 300 000 ans… vous allez loin dans le temps. Pourtant on a l’impression que vous chantez la confession d’un enfant du siècle ! Déjà dans Un goût de Crasse (2018), on sentait votre angoisse pour le futur de nos enfants.

Un goût de crasse est une chanson de mon premier album, Débat de boue est sorti en 2007. Mais je la chantais déjà en 2005. A l’époque, j’écrivais dans l’urgence d’un avenir incertain, aujourd’hui j’écris calmement des Mémoires tout aussi incertaines.

Dans le clip officiel, qui accompagne les Mémoires… il y a une petite fille, Malena AL’, et aussi ce grand bâtiment à l’abandon, envahi par la végétation. On est où là ?

Ce lieu vient d’une proposition du coréalisateur Romain AL’ qui voyait dans les Mémoires d’un enfant de 300 000 ans une mise en abîme du temps. Quoi de mieux qu’un non-lieu pour mettre ça en image. Ici c’est un sanatorium qui servait pendant la guerre.

Un jour, vous avez dit « Si une chanson sonne chanson, je ne ferai pas des pieds et des mains pour que ça sonne rock. » C’est quoi une chanson qui sonne chanson ?

C’est trois accords pour le couplet, deux pour le refrain, un texte qui se tient du début à la fin, avec une morale et tout le tralala. J’essaie de me dégager de la morale. C’est un frein à la création. Je préfère la poésie quand elle ne fait que suggérer, quand elle reste subjective.

Vos chansons d’amour sont plus apaisées, avec une pointe de sarcasme douloureux tout de même, de sentiment désabusé… Est-ce votre état d’esprit actuellement ?

Ce sont des chansons que j’ai écrites il y a deux, trois, voire quatre ans… donc actuellement, je suis dans un autre état d’esprit. Mais pour être honnête, l’amour dans les chansons n’est pas celui de la vraie vie, il est beaucoup moins compliqué ! Les chansons seraient vraiment tordues si elles devaient être le reflet de la vie, bien que parfois la poésie permet de s’approcher de l’irréalité.

Avec l’interdiction des concerts debout, cette période sans public, comment la vivez-vous ?

Comme un coup d’arrêt net à tout ce que je fais depuis vingt années que je suis sur scène.

Des salles maintiennent leur programmation 2021 en proposant des concerts filmés qui sont retransmis en direct sur Youtube, Facebook et Twitch (payants). Une meilleure idée que le report selon vous ?

C’est déjà ça, mais ça ne sera jamais suffisant à long terme. Les concerts sont des lieux qui mettent tous les sens en éveil, il nous faut toucher, entendre, voir, sentir… ils peuvent même servir à découvrir de nouveaux sens…le sens de la vie par exemple.

Alors rendez-vous au prochain Printival ? Enfin si possible !

J’adore jouer là-bas, c’est un peu comme à la maison, l’ambiance est du tonnerre et pleine d’humanité. Mais avec tous les reports de dates de l’édition 2020, pas sûr qu’il y ait de la place pour moi. Mais je crois que la musique va reprendre ses droits, c’est comme la végétation, nous sommes increvables !

Propos recueillis par Patricia Bussy

https://www.imbertimbert.fr/

https://www.facebook.com/ImbertImbert/

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