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ICI, une saison onirique pour un projet ambitieux

Le Centre chorégraphique national de Montpellier – Occitanie. Désormais renommé ICI (Institut Chorégraphique International), le CCN a plusieurs missions, notamment la création sur le champ chorégraphique, l’accueil en résidence mais aussi la co-production d’autres compagnies, de la médiation, de la formation. Récit de l’entretien avec Christian Rizzo, qui en a pris la direction en janvier 2015, afin d’évoquer le centre chorégraphique et la saison 2019/2020.

Qu’est-ce qui a changé depuis le début de votre mandat au centre chorégraphique ? 

A mon arrivée en 2015, j’ai renommé le centre chorégraphique « ICI », pour rappeler que tout ce qui touchait à la transmission, à la création était aussi des questions de pratique de territoires et territoires de pratique, donc j’ai voulu donner un nom de lieu qui n’en est que lorsqu’on y est, “Je suis ICI”. Nous avons repensé en interne la transversalité de toutes les pratiques réalisées au centre chorégraphique, que ce soit la médiation, la formation ou la création avec pour but final le partage avec le public. Toute création a besoin d’un espace fermé afin que l’imagination jaillisse mais le but final est d’être partagé. C’est vraiment une volonté depuis le début de mon mandat : rendre public tout ce qui se passe ici.

C’est aussi dans un but de démocratisation ?

Absolument. Le but est déhiérarchisé les savoirs et les connaissances. Toutes les connaissances doivent être partageable pour continuer à être vivante. L’idée c’est réellement de créer un lieu de rencontre entre public, artiste et chercheur. Il y a trois façons d’être spectateur, il y a celle de voir un spectacle, d’assister à des processus et de pratiquer. Nous invitons artistes et spectateurs sur ces trois modalités.

Quelle impulsion avez-vous eu envie de donner à cette saison 2019/2020 ?

Chaque année, afin de réfléchir à la totalité de la programmation, on pose ce que l’on appelle une « nébuleuse » qui s’apparente à des questions, des envies, des mots… qui petit à petit mène à réfléchir à l’élaboration d’une saison. Cette année particulièrement il y a deux grandes lignes qui la traversent qui seraient notamment la question de l’archive et l’autre concerne les présences fantomatiques. Le visible et l’invisible et comment tout cela dialogue. Les archives sont ici définies comme pensée du présent ou du futur, mais aussi comme ces archives qui ne sont pas toujours visibles et souvent transformées. C’est un peu autour de ces axes que la saison a été construite.

Vous-même vous êtes aussi chorégraphe, votre pièce Une maison, saluée par la critique, évoque aussi ces sujets, les questions de communauté, de transmission, mais elle évoque aussi ces présences fantasmagoriques…

J’essaie effectivement d’être sur la même ligne de réflexion même si je ne suis pas seulement artiste mais aussi directeur du centre chorégraphique. Comment la question du fantôme de façon très large vient confirmer ou infirmer une question de l’histoire, de sa propre histoire. Cette pièce était la première avec autant de danseur, quatorze ! C’était un nombre important et c’était du jamais vu pour moi. Je voulais travailler sur la question de la maison, qu’est-ce que c’était et ce qu’elle représentait. Ce mot est souvent employé et peut avoir un double sens : à la fois l’architecture mais aussi pour le côté lieu de vie. J’avais envie de rassembler ces deux notions et y inviter dans cette maison une communauté, qui la peuplait et la dépeuplait constamment. Une maison pour moi au final c’était cela : un lieu où l’on rassemble sa mémoire et à partir de cette mémoire on peut penser son présent, son futur. A partir de cette idée, automatiquement les présences ici sont des présences actuelles, mais aussi passées et à venir. J’avais envie de travailler sur plusieurs lignes temporelles qui se croisent constamment.

Au programme cette saison, vous avez invité un artiste musical, Nosfell, qui présente un solo, « le Corps des Songes ».

C’était l’occasion d’inviter un artiste musical car pour nous la notion de « chorégraphique » se promène dans beaucoup de pratique artistique, à part bien évidemment la danse, je pense qu’il existe un théâtre chorégraphique, une musique chorégraphique etc.

Nosfell, en tant qu’artiste sonore compositeur, chanteur, rejoint ce projet. Dans cette pièce, son travail s’effectue autour du langage. Cela colle avec son histoire, que je trouve très belle… Pendant son enfance son père lui racontait des histoires dans une langue imaginaire qu’ils ne comprenaient que tous les deux. Nosfell a décidé de partir de cette tradition orale avec son père et d’incarner ce langage en le mettant à l’épreuve de la scène. C’est un solo à la fois musical, mais aussi de danse et de théâtre, qui se sert de la biographie pour aller chercher des figures oniriques, fantasmagoriques. Ça s’adresse à un public large, comme toutes nos productions.

Quelles armes pourriez-vous donner à une personne qui souhaiterait venir voir une de vos pièces sans avoir de connaissances dans le domaine ?

Tout ce que je fais est très accessible car j’ai envie d’avoir un dialogue avec le public. Aujourd’hui nous sommes saturés d’images et la plupart des images qui nous viennent sont des images avec l’idée de consommer quelque chose derrière. Le travail que l’on essaie de réaliser et auquel je crois beaucoup c’est d’inviter les gens à avoir confiance en leur imaginaire qui est de plus en plus restreint. Je souhaite vraiment inviter le public à partager des espaces absolument étrangers. Mon souhait est que l’on prenne des risques, artistes et public, afin que l’on puisse inventer ensemble des mondes !

Johanna POCOBENE

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