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H&O éditions – Grand écart permanent

©-Olivier-Courtois

Éclectique. Le mot est trop galvaudé aujourd’hui. Mais alors comment qualifier le travail d’Henri Dhellemmes, le fondateur et Directeur de la maison d’éditions héraultaise. Le touche-à-tout ne cache pas son appétit gourmand de littérature, sa curiosité d’esprit, sa volonté de mettre les pieds dans le plat, son besoin d’aborder des thèmes parfois considérés comme dérangeants, comme la liberté sexuelle, la critique des religions, la politique et même un rayon gay. Bref, tous les sujets qu’il vaut mieux éviter dans les repas de famille !

Votre maison d’édition est basée dans un village occitan. Pourtant aucune trace de régionalisme dans votre catalogue !

Je suis très attaché à Saint-Martin-de-Londres mais d’un point de vue éditorial, le régionalisme n’est pas un centre d’intérêt pour moi. Aujourd’hui, avec nos moyens de communication, il n’est plus indispensable d’être à Paris pour prétendre s’exprimer sur des thèmes universels.

Vous avez créé des collections très diverses, littérature, bande dessinée, essais (histoire, politique, sociologie, sciences humaines) mais aussi des livres érotiques, du théâtre, de la poésie, ainsi qu’une nouvelle marque éditoriale « jeunesse » au début de l’année…

Je dois reconnaître un certain « éclatement éditorial » ! Après plus de 20 ans dans un domaine contraint, je reste curieux de tout. Nous avons publié de la littérature française et étrangère, des essais et des livres de science très sérieux. Il y a aussi du divertissement et une dimension ludique non négligeable ! Il suffit que l’un de mes collaborateurs me propose un livre dans un secteur que je n’ai pas encore exploré (les mathématiques, la philosophie…) pour que l’envie me prenne. Les réalités économiques du monde du livre auront sans doute un jour raison de cette dispersion…

Vous avez été l’un des premiers éditeurs à vous intéresser à la littérature gay en France. Pourquoi avoir arrêté la collection LGBT ?

J’étais arrivé au bout de cette expérience. D’un point de vue éditorial et commercial, j’allais dans le mur, soyons francs ! Aujourd’hui, le livre n’est plus un élément central de l’identification pour les jeunes. J’ai appris, à mes dépens, qu’il n’y a pas de place pour un éditeur professionnel dans cette spécialité. J’ai donc tourné la page et décidé de faire souffler un grand vent de diversité sur notre catalogue.

Il y a aussi Yves Navarre, dont vous êtes l’un des spécialistes.

Cette fidélité éditoriale date de mon adolescence dans les années 80. Je lisais en cachette cet auteur considéré comme sulfureux à l’époque. Des années plus tard, devenu éditeur, je me suis aperçu que ses livres n’étaient plus réédités. Malgré son Prix Goncourt pour Le Jardin d’acclimatation en 1980, Y. Navarre était tombé dans l’oubli. J’ai entrepris des démarches pour le sortir de l’ombre, à la mesure de mes modestes moyens. Notre réédition du Petit Galopin de nos corps est sortie en 2005, puis d’autres ont suivi. J’ai fait la connaissance d’autres passionnés, Sylvie Lannegrand, universitaire, spécialiste de l’auteur, et la famille Perrenoud, gestionnaire de l’œuvre. Nous avons organisé des colloques, puis créé l’association des Amis d’Yves Navarre. Enfin, le projet aussi pharaonique qu’exaltant est de publier ses œuvres complètes sous la forme de beaux livres de quelque 1500 pages chacun !

En septembre 2017, les archives de l’écrivain furent déposées à la médiathèque Émile-Zola. Avait-il une attache particulière avec la ville de Montpellier ?

Il était venu pour des séances de dédicace à la librairie Sauramps, rien de plus à ma connaissance. Le seul lien avec la Région, c’est qu’il est né à Condom (Gers), aujourd’hui en Occitanie. L’idée de créer des archives qui lui soient consacrées à la médiathèque centrale est apparue quand on a organisé le 3e colloque international dans ses locaux (2016). Ses ayant-droits voulaient transmettre ces précieux textes, dont un certain nombre de manuscrits inédits. Nous avons servi d’intermédiaire. Puis, d’autres dotations se sont ajoutées, comme celles d’Anne de Tienda et du Dr Gubler. Tous ces documents sont désormais accessibles au public, ce qui est un motif de grande fierté pour nous car les seules autres grandes archives sur Y. Navarre se trouvent à l’Université d’État de Pennsylvanie (USA).

Vous avez aussi publié un beau catalogue broché pour l’exposition Yves Navarre rencontre Alekos Fassianos, à la Galerie Élysée Saint-Honoré (Paris VIIIe) fin 2020.

En raison de la crise sanitaire, cette exposition a été reportée mais le livre est bien paru. Il suit un historique de la relation d’amitié qui lia ces deux artistes durant une trentaine d’années. Y. Navarre écrivait des textes sur le grand peintre grec et A. Fassianos illustrait des textes de l’écrivain. L’ouvrage, comme l’expo comprend également une rétrospective des œuvres du peintre datant de la période 1960-1990, que l’écrivain appréciait particulièrement.

Depuis 2019, en littérature imaginaire, vous publiez tous les thrillers de Serge Brussolo. Un auteur de science-fiction politique et écologique, que l’on dit « pas docile »…

C’est vrai, S. Brussolo a la réputation d’être un auteur à succès ayant des relations « rugueuses » avec ses éditeurs. J’étais donc sur la réserve quand je l’ai contacté. À ma grande satisfaction, nos rapports sont rapidement devenus amicaux ! Les auteurs de littérature de genre sont souvent traités avec un certain mépris par des éditeurs qui ne rêvent que de « grande littérature » et ne les publient que par appât du gain. Or, il se trouve que je suis un véritable admirateur. Je dois bien avoir plus de 150 livres de lui dans ma bibliothèque ! Sans doute est-on là à l’opposé d’Y. Navarre, littérature de l’intime contre littérature de l’imaginaire le plus débridé, avec deux auteurs majeurs, dans des registres très différents. L’un vous fait toucher du doigt des vérités sensibles de l’âme humaine, l’autre vous emporte dans le flot tumultueux d’une imagination débordante.

Propos recueillis par Patricia Bussy

www.ho-editions.com/

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