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GOLGOTÀ PICNIC

Golgotà picnic
« Et Dieu a mixé du funk »

Humain Trop humain, tel est le renouveau insufflé par Rodrigo Garcia. Fin octobre, le domaine de Grammont a accueilli pour la première fois, la pièce controversée mais attendue : Golgotà Picnic. L’analyse de la société de consommation et l’iconographie du Christ sont servis sur la même table. Du festin à la décadence, du fast-food au piano, voici toute la richesse de cette expérience…
GOLGOTA PICNIC FOCUS THEATRE PHOTO 2Crédit photo : Christian Berthelot
 
 

L’odeur est prenante, étrange et indéfinie. La salle est comble et impatiente. Le décor est ouvert vers le public. La matière du sol intrigue, des hamburgers ? Depuis le printemps des comédiens, où la pièce a été annulée, les milliers de pains sont restés dans un frigo. La délivrance vient de l’équipe technique qui prépare la scène (ou la Cène), en alignant pendant 4 heures et avant chaque représentation, l’hostie américanisé.

Les cinq acteurs entrent sur scène en silence, les pas sont absorbés par le sol matelassé. La parole commence autour d’un verre, d’une glacière et d’une nappe à carreaux. Puis les actions s’enchainent à vive allure, comme les plats d’un banquet. Les comédiens s’animent à chaque instant, l’un se scotche des légumes sur la tête, un autre joue de la guitare, la seule femme se déguise avec un casque figurant la couronne d’épines, un homme est allongé par terre les bras en croix pendant qu’un personnage cloue son jogging… Ces saynètes absurdes dressent une satire du XXIe siècle.

« La chute est douce » La réalité des objets et les images projetées se croisent avec pertinence. D’un coup, un bruit assourdissant, à en faire trembler les fauteuils, surgit en même temps qu’une vidéo symbolisant l’ange déchu. Une personne flotte dans le vide, parmi les nuages, la chute est lente, belle. Plus tard, l’image du Christ se laissera tomber sans résistance.

Les références à la peinture classique du Moyen-âge ou de la Renaissance se multiplient, alors que les objets modernes ponctuent le texte. Rodrigo Garcia associe Mantegna et Rubens, à Google et au Mp3. Cette profusion parcoure le temps pour refléter la société actuelle perçue comme immorale, autant que la Bible «cette fable pour enfants ».

Cette pièce vit dans la mise en abyme de l’image du Christ. Symbole de la religion, la croix est omniprésente. Les ombres des acteurs entrain de danser, répète, jusqu’à la mort, le crucifix ! Le spectateur ingurgite cette image jusqu’au dégout et au vomissement d’un Big-Mac filmé en gros plans.
Après la turbulence place à la digestion. Un personnage resté muet réapparait à côté d’un piano. Il se déshabille et commence à jouer 9 mouvements, évoquant un chemin de croix ou l’accompagnement vers la chute. Une chute délicatement brutale.

 

 

 

Sandy Berthomieu

 

 

Humain Trop Humain, hTh
Domaine de Gramont
www.humaintrophumain.fr

Légende visuel = 1 crédit photo : Sandy Berthomieu

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