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Exposition Pepe Doñate : un art brut et primitif convoquant d’étranges figures

 

 

Le Musée d’Arts Brut nous invite jusqu’au 31 août à découvrir l’univers singulier de l’artiste espagnol Pepe Doñate à travers une exposition regroupant une vingtaine de ses œuvres au sein d’une même pièce. On y retrouve un univers brut, sombre, primitif, et résolument ancré dans la nature avec des peintures aux traits appuyés rappelant l’art pariétal, représentant des animaux aux traits irréalistes et autres personnages et étranges créatures. A travers son œuvre, l’artiste dépeint la vie dans son universalité, et nous interroge sur nos origines.

Les œuvres de Pepe Doñate s’inscrivent dans le style de l’art brut, évoqué pour la première fois en 1945 par Jean Buffer, et aux fortes valeurs autodidacte et de marginalité. Celles-ci se mêlent parfaitement aux autres collections du musée, qui comptent déjà trois pièces de l’artiste, bien que le créateur n’identifie pas son œuvre comme étant réellement de l’art brut, et ce malgré le brutalisme exprimé à travers celles-ci.

Les peintures exposées ne sont pas non plus sans rappeler l’art pariétal que l’on retrouvait durant la préhistoire, dans les grottes notamment, par leur simplicité, leur naïveté et leur brutalisme, ainsi que par la palette de couleurs sombres et terreuses évoquant une nature froide et hivernale. Dans les toiles présentées, de formats moyens voir petits, Pepe Doñate a eu recours à des techniques mixtes parmi lesquelles la surimpression et le relief, renforçant cet aspect à la fois brutal et irréaliste. Les sujets représentés se détachent quant à eux du fond des toiles par le recours de l’artiste à un contraste de couleurs marqué, et apparaissent souvent statiques et immobiles, comme figés par le temps, parfois effectuant d’étranges mouvements de danse pouvant évoquer des rites chamaniques.

L’univers de l’auteur est singulier et se refuse à toute sorte de réalisme, comme le reflet d’une liberté de création totale et revendiquée. La spontanéité affichée par son œuvre est toutefois le fruit d’un réel savoir-faire et d’une technique maîtrisée, le distinguant de l’art naïf dont la réalisation ne requiert pas de connaissances et de normes, bien présentes dans l’œuvre de Pepe Doñate. La meilleure façon de définir celle-ci serait alors de l’interpréter comme le reflet d’une personnalité singulière, tourmentée et révoltée, qui fait appel à notre inconscient face à ces représentations étranges et primitives, ainsi qu’à notre attraction pour le laid et le grotesque, interrogeant leur frontière avec le sublime

 

 

Les peintures de Pepe Doñate évoquent, au-delà de ce besoin de liberté, un rejet des conventions et de la société en général. On y retrouve un rappel constant à la nature, certaines œuvres ayant pour supports des cucurbitacés évidés sur lequel l’artiste a directement peint des sujets aux corps disproportionnés, aux visages étranges et squelettiques, voire diaboliques.                                                                                                                                    L’univers de Pepe Doñate, présentant une apparence brute et anarchique reflétant son refus des normes, comporte toutefois une signification et des problématiques bien identifiables, et est ainsi accessible à tous. Les sujets représentés, animaux et personnages aux traits déformés et toujours irréalistes, nous interrogent sur nos origines et notre fusion primitive avec l’espèce animale, en dépeignant la vie dans son universalité.

L’artiste décrit ainsi de cette façon sa vision et son rapport à l’art :

“Bien que peu croyant, j’ai foi en l’art. Sa nature mystérieuse nous oblige constamment à jouer avec les dilemmes du genre « croire ou ne pas croire ». Je pense que rien n’est vraiment transcendant et par conséquent l’art pas davantage. Mais attention cependant, car c’est là le meilleur jouet dont nous disposons. Qu’est-ce qu’un artiste ? Je répondrais : c’est un joueur, soit un comédien ou un ingénu. Il n’y a rien de mal au demeurant à accepter un tel rôle, du moment que nous savons quelle pièce nous interprétons. Jouer, bien ou mal, est une chose assez simple, c’est s’immiscer dans la spirale de la création qui durera tant que durera notre espèce, car c’est là sa qualité la plus spécifique et la meilleure réponse à notre angoisse existentielle.”

Samuel Dachary

Exposition jusqu’au 31 août au Musée d’Arts Brut                                                                                                    1 Rue Beau Séjour, 34090 Montpellier                                                                                                                   Ouvert du mercredi au dimanche,                                                                                                                              de 10h à 13h et de 14h à 18h                                                                                                musee-artbrut-montpellier.com

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