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EIFFEL

Stupor machine

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

Sept ans après Foule Monstre, EIFFEL est de retour pour porter à nouveau sa musique rock-poétique. À partir du monde actuel, les textes plongent dans la science-fiction évoquant la littérature d’anticipation. Stupor Machine, sixième opus du groupe, porté par le label PIAS, sort dans les bacs le 26 avril prochain. Discussion animée avec Romain Humeau, auteur et chanteur du groupe !

Crédit photo : Emmanuel Bacquet

Pourquoi cet album maintenant, sept après le dernier (Foule Monstre) ?

C’est l’histoire d’EIFFEL ! Après la tournée précédente fin 2013, chacun a repris son souffle, s’est investi dans d’autres projets. Nous travaillons sur ce nouvel album depuis un an et demi déjà. Nous avions besoin de désirer le projet pour le sortir et se sentir légitimes. Nous prenons le temps et nous sommes contents de nous retrouver, d’aller jouer sur scène ensemble. C’est arrivé à ce moment là parce qu’on en a eu envie et besoin.

Stupor Machine !

On cherchait un titre signifiant l’angoisse, l’effroi, la panique, la peur de demain… Ce projet est une anticipation sur ce que sera demain. Le titre donne l’ambiance. Finalement, nous avons repris le titre d’un ancien morceau : Stupor Machine, la machine à effroi !

Vous parlez de peur…

Ce sont des chansons qui demandent à être rassurées ! Chacun vit ce monde comme il veut, comme il peut. Que fait-on des outils de la modernité ? L’humanité n’est pas en train de s’élever pourtant Internet contient le savoir à portée de main, malgré tout, une partie du monde devient complétement crétine. Le proche avenir questionne sur la place de l’homme sur la planète en plein réchauffement climatique… A partir de ce constat ni original, ni intéressant, le but est d’aller plus loin, aller dans la science-fiction vers le pessimisme, le complotisme et la paranoïa exagérés… Présenter cette peur qui m’habite comme un objet de science-fiction, j’utilise ce procédé de l’imaginaire pour penser un futur, parler du monde par le prisme de la fable, de la comédie noire… C’est l’idée de cet album, profond et sérieux.

Cela évoque la littérature et plusieurs auteurs dont Orwell !

Effectivement, je fais aussi référence à Ray Bradbury… À travers ces textes découle l’idée de pouvoir sur les gens, comment diriger les personnes par la pensée via les GAFA par exemple. Tout est relié au capitalisme, à partir de cela, trouver un angle pour en parler avec poésie, afin de donner de l’intérêt, du sens… Il y a aussi d’autres sujets plus tendres. C’est pour moi les thèmes les plus importants, j’adore chanter la douceur !

C’est un album où il y a beaucoup de contrastes…

Oui complétement et c’est important ! J’utilise le mot de variété dans le bon sens du terme. Aujourd’hui, la musique devient de plus en plus homogène alors que l’intérêt dans l’art se situe dans la diversité. Il n’y a pas de lac sans montagnes à côté, quel que soit le style musical ! D’ailleurs, dans le groupe nous ne sommes pas des rockeurs mais j’aime ce style qui peut devenir du bruit, cela peut être intéressant ! On écoute de tout, on s’influence de tout, je peux écouter les Beatles aussi bien que les Gipsy Kings. La dynamique entre le haut et le bas, la recherche d’équilibre. La vie est faite ainsi, c’est le mouvement vibratoire du corps humain. C’est le rôle de l’artiste d’essayer d’assembler, de chercher l’harmonie, ce n’est pas une science exacte, ni un savoir-faire inné ! Cela nécessite de rentrer dans un monde, il est plus facile de proposer un ensemble de même chanson comme Vianney, mais la musique c’est composer avec la différence, chercher la variété, proposer quelque chose de cohérent entre la poétique, la rythmique, les sons, les sujets, les harmonies… c’est un tout ! C’est la principale difficulté quand on imagine un album, d’autant plus aujourd’hui où la consommation de la musique est celle du zapping, 10 secondes de streaming et on passe à la suivante sans écouter la totalité, il manque l’implication et faire acte d’écouter une proposition globale. D’ailleurs, le crétinisme commence par là…

Le contexte actuel est-il si sombre ?

J’ai l’impression que nous n’allons pas vers le mieux ! Je me base sur ma propre expérience, j’ai une fille et je m’inquiète pour elle, pour sa génération. Je ne suis pas croyant, ni athée mais agnostique, je crois en l’immortalité d’un cycle qui se répète à l’infini. C’est une pensée qui me rassure car comme tout être j’ai une part de mélancolie face à la mort. Mais aujourd’hui nous sommes en train de tuer l’immortalité ! L’homme est un animal malade de conscience. Je finis par écrire une chanson où je parle aux animaux, aux tigres du Bengale… à inclure tout le vivant, du putois à la rose !

La consommation de la musique est différente, la place des artistes aussi…

Dans le milieu musical, nous étions vus comme des saltimbanques, des musiciens fous, virtuoses, les chanteurs adulés, le public était émerveillé par la musique ! Aujourd’hui, on ne vaut rien, on est artiste par intermittence, c’est-à-dire chômeur professionnel, nous ne sommes pas considérés et à peine rémunérés. Il y a toutes les raisons d’arrêter de faire de la musique ou de l’art plus largement, on ne peut pas en vivre ! C’est une catastrophe toute culture confondue ! Celui qui doit trouver un job alimentaire ne peut plus se consacrer pleinement à la recherche et à la création. Pour une chanson, je bosse 13 semaines dessus, 90 heures par semaine ! De plus, si tu veux écouter un morceau sur le net on te balance une annonce publicitaire… tout est lié, récupéré par le capitalisme. Même nous qui sommes des tendres et non-violents, ça nous irrite et nous énerve !

Tout cela fait inévitablement écho à l’actualité…

Qu’est-ce que ça peut foutre qu’un jeune casse une vitrine de banque ? Ce n’est pas souhaitable, les casseurs sont des cons, d’accord ! Mais ils sont minoritaires, la façon dont les choses sont médiatisées est médiocre, l’information est elle aussi devenue une valeur marchande, à la télé, à la radio… La culture est le nœud du problème dans nos conflits, quand on propose du choix, de la qualité, de l’ouverture, de l’altérité, l’humanité ne peut que mieux se porter ! Je l’espère !

www.eiffelnews.com/

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