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DU BARTAS

Les multiples voix de la langue d’Oc

La poésie languedocienne s’exprime à nouveau dans Rufa, sixième album polyphonique Du Bartàs ! Douze morceaux mêlant avec habilité les textes d’antan et l’écriture contemporaine. Depuis plus de dix ans, ce quatuor fait vivre avec passion cette langue et cette musique issues de nos terres occitanes et de la méditerranée. Les influences multiples se croisent joyeusement pour révéler une identité plurielle, mouvante et bien vivante. Idem a échangé quelques mots avec Laurent Cavalié.

La particularité Du Bartàs est le chant polyphonique qui n’est pas inhérent à la culture occitane. Pourquoi est-ce important pour vous ?

Il n’y a pas plus intéressant que de chanter ensemble ! Dans nos sociétés occidentales, nous avons perdu le fait de vivre en chantant. Cela subsiste auprès des cultures basques, béarnaises, corses, dans les montagnes des Alpes… Chanter ensemble devrait être un fondement de l’humanité, de nos vies sociales ! Cette polyphonie participe à une démarche globale, je pense notamment au groupe La mal coiffée, ou encore aux ateliers que je donne à Narbonne juste pour le plaisir de se réunir et chanter.

Votre musique métisse de multiples cultures…

Nous ne cherchons pas à métisser, à vrai dire nous ne cherchons pas grand-chose, il n’y a pas de message particulier à faire passer, nous racontons simplement notre vision, un récit du monde… on se laisse traverser par les terres méditerranéennes. Nous sommes nourris par de multiples couleurs musicales (sud-américaines, jazz manouche, swing…) et pourquoi pas jouer une bourrée au banjo ! Ce qui nous attire et nous influence ce sont les cultures rurales et paysannes du monde.

Le chant traditionnel, les balkans, la bourrée, la farandole… autant de styles qui trouvent une harmonie dans cet album !

Tout cela c’est nous ! Nous sommes des éponges, on cannibalise les cultures voisines, on les digère pour en faire notre histoire. Cette harmonie, cette unité vient sans doute de notre façon de faire la musique ensemble depuis plus de dix ans.

Comment s’est construit cet album ?

Je propose un texte et une mélodie puis c’est une véritable aventure collective ! Tous les arrangements, l’orchestration, le tempo, la rythmique et le choix des instruments se créé ensemble (avec Clément Fati A Tiu Ihopu Gleze, Clément Chauvet et Jocelyn Papon). Nous passons beaucoup de temps à répéter, à chercher, à discuter, c’est un travail long où chacun apporte ses idées pour arriver à une forme qui nous satisfait tous !

Et plus précisément pour les textes…

Plusieurs chansons convoquent les poètes qui me sont chers, Léon Cordes, Joan Bodon… Il y a également des paroles populaires, nous avons gardé les mots mais recomposé la musique. Enfin, il y a aussi des textes de ma plume dont les paroles naissent souvent d’une pensée collective. Dans le groupe nous discutons beaucoup de politique, de culture, d’identité, de langue… Je raconte ce que je vois en partant de nous, il n’y a pas de message ou d’engagement, c’est plutôt une vision plus qu’une direction ! Dans l’écriture, je suis content quand un texte contemporain semble déjà ancien.

Malgré tout, le choix de l’occitan est un engagement en lui-même…

Evidemment, c’est un choix de vie ! Choisir cette langue c’est la faire exister, la faire sonner, c’est aussi réparer la non-transmission et pointer le péril de notre culture ! Une culture qui passe sous le rouleau compresseur de la culture médiatique.

Que répondre aux personnes qui cofondent culture régionale et régionalisme ?

Dans notre création, nous ne rentrons pas dans ce débat qui peut être violent ! Le principal est de vivre en acceptant qu’on est tous multiple, une identité singulière (au sens unique) n’existe pas, c’est un raccourci ! En France, nous sommes pollués par l’idée d’une unité nationale et d’une culture universelle. Or, les cultures minorisées, celles de l’immigration, les cultures paysannes sont une vraie richesse. Il y a aussi le lien entre cette culture rurale et son environnement, l’occitan est utilisé pour décrire les paysages, les champs… par ces mots nous sommes reliés de près à la nature, c’est je pense le fondement de la tolérance ! Tout ce qui est dit dans cet album est nourri par ces pensées, c’est un socle à partir duquel on se retrouve. Que ce soit l’histoire d’une bergère dans le pré, la description d’une fête de village… tous ces récits sont polis par l’oralité, d’oreilles en bouches. Il y a une marque collective des gens de la terre, à travers cela nous pouvons parler de chez nous et du monde !

Finissons par un morceau…

Ajuda a l’Espanha est une chanson écrite en 1938 pendant la guerre d’Espagne par les jeunes du village de Capestang dans le Minervois à l’occasion du carnaval. La jeunesse a écrit cette chanson en soutien aux espagnols se battant contre le fascisme, contre l’orage qui menace de se propager. Ce texte est un témoin de la politisation de la jeunesse à cette époque, moment où la langue était d’une grande vitalité. C’est un texte issu de mes collectages où j’ai réuni 450 chansons du pays audois, c’est une mine sans fin que j’ai toujours plaisir à chanter et partager !

Propos recueillis par Sandy Berthomieu

www.sirventes.com/performer/du-bartas/

Du Bartàs, Rufa, Sirventès

Sortie le 18 octobre 2019

05 novembre – Studio de l’Ermitage (75)

18 janvier – La Meson (13)

8 février – La halle aux grains (43)

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