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DISTANCE ARDENTE – Mixité au cœur du musée

KHALIL NEMMAOUI, Sans titre, 2018.

Initialement prévue de novembre 2020 à mars 2021 à Sérignan, l’exposition Distance Ardente fut reportée, en raison de la pandémie. En attendant la réouverture du musée, Clément Nouet, le directeur du Mrac*nous rappelle les enjeux majeurs de l’expo. Donner la parole aux artistes africains, créer un espace de dialogue, d’échanges et de convivialité dans une démarche inclusive auprès de populations encore trop éloignées des lieux d’art, dans un processus de cohésion sociale.

Pourquoi le Mrac Occitanie consacre la totalité de ses espaces à l’exposition temporaire Distance Ardente, inclus dans le projet national Africa2020 ?

Plusieurs raisons à cela, d’abord géographique et territoriale car l’Occitanie développe des liens forts avec les populations du continent africain ; historique ensuite, celle de la migration liée à la décolonisation française dans les années 70 de populations issues de l’Afrique du Nord, qui sont passées par les ports du Sud de la France. Et une raison citoyenne liée à la situation particulière du Sud, où vit une partie de la population issue de cette Histoire. Ce qui engendre des tensions, des replis identitaires mais aussi quantité d’initiatives positives. L’exposition invite les visiteurs au devoir de mémoire pour apprendre à se connaitre et à créer de nouveaux liens débarrassés des stigmates du passé.

Le Maroc est le pays le plus représenté. Cette importance numérique s’explique-t-elle par une hégémonie du pays dans l’art contemporain ?
L’exposition a été conçue par Hicham Daoudi qui a travaillé avec de nombreux artistes à l’échelle du continent africain. Le curator marocain souhaitait réunir un nombre limité d’artistes peu connus en Europe afin qu’ils puissent développer une œuvre importante, à l’échelle du lieu. Oui majoritairement marocains mais aussi égyptien, sénégalais, congolais. On retrouve une importante installation in situ de Mohamed Arejdal (Univers relationnel) ou encore la reconstitution d’une dune de sable de l’artiste Fatiha Zemmouri. Diadji Diop, lui, a réalisé un ensemble de sculptures spécialement pour le musée. Toutes les œuvres sont d’ailleurs des nouvelles productions pour l’exposition, elles démontrent la vitalité des artistes du continent africain.

Qu’entendez-vous par ce titre Distance Ardente ?

Distance Ardente appelle « à mesurer la distance » qui sépare la France et les populations africaines. Dans la littérature et la poésie francophones, le terme « ardent » renvoie au brasier amoureux, celui qui consume les amants tandis que dans d’autres expressions populaires, il témoigne de l’impatience et, parfois même, de la violence dans certaines situations. Hicham Daoudi est persuadé que pour réussir à écrire cette nouvelle page de l’Histoire, il faut être conscient d’une situation de départ et d’un passé douloureux, qui nous éloignent les uns des autres et nous attirent. L’exposition se présente comme un cheminement qui rend visibles les étapes à parcourir pour comprendre certaines souffrances et suggérer les réparations nécessaires pour inventer un futur commun. Les 11 artistes invitent à regarder de plus près la nature de certains liens qui régissent cette relation. Dans ce contexte, l’exposition s’adresse à tous les publics, elle célèbre ce qui nous enrichit : la mixité. Loin de construire un ensemble uniforme, les récits visuels des artistes se révèlent sous toutes leurs facettes et complexité.

Quel est le parcours de l’exposition ?

Trois parties dialoguent ensemble. Dans la 1ere, Mustapha Akrim, Simohammed Fettaka, Diadji Diop et Khalil Nemmaoui questionnent la notion des « corps invisibles ». Par le biais de l’uniforme, les œuvres abordent le récit ou encore l’invisibilité des soldats dans les anciennes colonies, l’invisibilité des ouvriers venus reconstruire la France, celles des médecins africains aujourd’hui.

La 2e partie, « les chemins des indésirables », s’intéresse à la diversité des parcours des migrants. Loin des discours politiques réducteurs, Zainab Andalibe, Diadji Diop, Hassan Bourkia ou encore Fatiha Zemmouri explorent la diversité des pistes parcourues par des personnes fuyant leur pays. Maritimes, terrestres ou encore narratives, les routes de l’exil ont jalonné notre Histoire commune, loin des cartes postales de la Méditerranée ou du désert. La dernière étape invite à questionner « l’avenir commun » ; elle ouvre le champ des possibles sur les distances qui restent à parcourir. Mariam Abouzid Souali, Hicham Ayouch, Mohamed Arejdal et Moataz Nasr invitent à reconnaitre l’Histoire commune. Rappeler la mixité, c’est franchir la distance ardente qui se dresse comme une frontière intangible et invisible.

La programmation culturelle du musée fait écho à l’exposition à travers divers événements (concert, performances, projection de films, rencontre poétique).

La question de l’oralité a été mise en avant dans un rapport historique à la poésie fort mais aussi avec des occurrences plus contemporaines. Certes, nous allons parler de notre passé commun, ses heures sombres mais aussi de création, convivialité, rencontre. Autour de l’exposition, à travers des projets avec des jeunes du territoire, le service des publics bâtit des actions de médiation pour leur donner la parole (atelier d’écriture, émission de radio, création d’audio-guides).

Mais le 2e confinement, annoncé en plein montage de l’exposition, vous a empêchés de l’inaugurer…

Nous espérons tous que nous pourrons prochainement ouvrir les portes du musée et présenter ce projet ambitieux aux visiteurs. Report ou prolongation, tout est possible.

Propos recueillis par Patricia Bussy

Distance ardente, exposition au Musée régional d’art contemporain Occitanie/Pyrénées-Méditerranée

146, avenue de la Plage, 34410 Sérignan

http://mrac.laregion.fr/

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