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CRAC Occitanie – Reverse Universe

 

L’exposition Reverse Universe présentée au CRAC jusqu’à septembre regroupe, sous le commissariat de Marie de Brugerolle, deux parcours distincts présentant les univers de 2 artistes : A Little Night Music (And Reversals), de Than Hussein Clark, et Sur terre et sur mer avec le Codex Seraphinianus, de Luigi Serafini.

A travers ces deux parcours mêlant sculpture, peinture, vidéo, photographie, poésie et œuvres sonores, produites pour l’occasion ou montrées pour la première fois dans le cadre d’une exposition, les oeuvres exposées convoquent des thématiques en lien avec l’hybridation des corps et des formes, ainsi que le passage des frontières et leur transgression physiques, géographiques, linguistiques et culturelles.

A Little Night Music (And Reversals) de Than Hussein Clark

L’exposition s’ouvre avec le parcours A Little Night Music (And Reversals) de Than Hussein Clark, qui a produit pour cette exposition au CRAC une trentaine de nouvelles œuvres dans lesquelles il s’inspire de Tanger et de la scène artistique cosmopolite ayant nourri cette ville tout au long du XXe siècle.                           Villes d’arrivée et de départ faisant face à la Méditerranée, l’artiste établit un parallèle entre Tanger et Sète, permettant un renversement du regard sur l’Europe en prenant le point de vue de l’Afrique, et une permutation des regards de part et d’autre des rives méditerranéennes.

En arrivant dans la première salle, le visiteur découvre une scène en damier, en référence à la Villa Mabrouka à Tanger, qu’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé achetèrent et firent décorer sur le thème « d’un anglais excentrique des années 50”, et au centre de laquelle un mannequin représente la riche héritière au destin hors norme Barbara Hutton venue s’installer à Tanger dans les années 40. Représentée sous la forme d’un squelette déguisé descendant d’un escalier d’avion, les pieds au-dessus du sol, elle apparaît comme l’incarnation d’une vanité moderne ainsi que d’un mode de vie extravagant poussé à l’extrême, figure d’outre-tombe à la fois hors sol. Face à cette œuvre un magnétophone à bandes magnétiques disposé dans une valise diffuse une musique de l’écrivain et musicien américain Paul Bowles, expatrié à Tanger.

 

La seconde pièce présente une impressionnante installation à forte symbolique politique. Intitulée A year in the international zone, elle est composée de 365 horloges collectées à Tanger, comme autant de jours symbolisant ceux de l’année 1956, moment de bascule ayant marqué le début de l’indépendance du Maroc ainsi que la fin de Tanger en tant que «Zone Internationale», administrée par les États-Unis et plusieurs pays européens.

La dernière salle expose des paravents tissés au Maroc. Reprennent des dessins de Than Hussein Clark inspirés par la « course Coca-Cola », organisée traditionnellement par les garçons de café de Tanger, l’oeuvre met en avant la domination culturelle d’une marque américaine, à travers le savoir-faire et l’artisanat local.

Trois pupitres mettent à la vue des visiteurs des articles en lien avec la liberté sexuelle publiés en 1971 et annotés par l’artiste, comme des indicateurs des perspectives idéologiques dans lesquelles appréhender l’exposition quant-à son positionnement sur les problématiques de genre, de sexualité et de race.

Than Hussein Clark convoque également la figure de l’écrivain et militant Jean Genet enterré au Maroc, dont la vie fut marquée par le paradoxe entre la liberté sexuelle, politique et intellectuelle l’ayant caractérisé, et la clandestinité et l’enfermement auquel il fut contraint.

Sur terre et sur mer avec le Codex Seraphinianus, de Luigi Serafini.

L’exposition se poursuit avec Sur terre et sur mer avec le Codex Seraphinianus, de Luigi Serafini.

Inspiré par la ville de Sète, l’artiste italien y présente dans ce parcours constitué de trois salles un univers polymorphe, entre végétal et animal, monde marin et terrien.

La première salle plonge le visiteur dans une sorte d’Autel érigé à la gloire du demi-thon, animal mystique récurrent dans le bestiaire séraphinien, dont la légende voudrait qu’il soit capable de se couper en deux lorsqu’il traverse le détroit de Gibraltar, puis de se reconstitue au printemps afin de se reproduire. Le demi-thon est ici représenté sous la forme de sculptures et de re-peintures d’œuvres néo classiques, détournées de façon à mettre en avant l’animal, conférant à l’ensemble un effet volontairement absurde.

La seconde salle est dédiée au Codex Seraphinianu dont on retrouve pour la première fois dans un musée français des planches originales. Élaboré par Luigi Serafini entre 1976 et 1979, le Codex est l’encyclopédie d’un monde inventé, surréaliste et précurseur d’une humanité hybride, dans lequel plantes, animaux et objets se conjuguent. L’ouvrage, qui mêle illustrations et écriture, se base sur un alphabet imaginaire qui se veut universel car illisible de tous, et dont on retrouve des occurrences tout au long du parcours.

 

 

La troisième salle est organisée autour d’une sculpture impressionnante de réalisme en résine peinte de femme allongée sur un lit de terre, une carotte dans chaque paume, avec un buste de femme et une carotte à la place des jambes. Figure hybride en métamorphose, cette femme-carotte évoque la mythologie grecque et précisement Perséphone, la fille de Déméter, mère de la terre et épouse d’Hadès, roi des enfers, qui vit une partie de l’année sur terre et l’autre sous terre, et incarne le lien entre deux mondes : la lumière et l’ombre, la vie et la mort, le jour et la nuit.

La nature hybride ou mutante des œuvres imaginées par l’artiste suggère un rapport au monde fait de métamorphoses permanentes, dans lequel la connaissance serait empirique et sensorielle avant d’être scientifique et logique.

SD

Du 10 octobre au 05 septembre 2021, exposition au CRAC Occitanie, 26 Quai Aspirant Herber – Sète. Tel/ 04 67 74 94 37. Suivre l’actualité du lieu : http://crac.laregion.fr/3733-a-venir.htm

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