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Corinne Tichadou – La part des anges

C’est sur les berges de l’Orb, au Moulin Cordier, que l’artiste, Christine Tichadou, a posé son chevalet, ses toiles et ses pinceaux. Elle s’y est installée pour deux années dans le cadre d’une résidence en partenariat avec la ville de Béziers. Un bâtiment qui domine la rivière, un univers paisible, inspirant pour son œuvre, autant pour ses paysages que pour ses thèmes mythologiques et religieux. Au cœur de sa démarche picturale, à la fois contemporaine et intemporelle, par delà la quête spirituelle, ses figures portent l’idée de réunification universelle, de volonté humaniste.

Sur la page d’accueil de votre site Internet, une accroche nous interpelle : «  La peinture de Corinne Tichadou est sincère, pas besoin de longs discours, il suffit de regarder ». Pensez-vous que vos peintures n’ont pas besoin d’être racontées, expliquées ? Les gens aiment bien être guidés…

Benoit Blein, graphiste, est l’auteur de cette phrase. Il a réalisé mon site web. Cette phrase vient comme une introduction, elle ouvre un chapitre sur mon travail, elle accompagne le spectateur, elle l’invite à s’installer dans mon monde pictural, dans mon paysage intérieur. Oui, je pense que le spectateur, dans un premier temps, peut se laisser porter par des images, de manière intuitive, émotionnelle et contemplative, sans avoir besoin d’explication. Comme pour la musique, chaque individu accroche ou pas à un langage artistique.

Pourtant vos œuvres suivent une thématique (Octopus, Mon théâtre, Paysages, Tauromachie), parfois très symbolique, comme Anges. Pour vos peintures religieuses, l’inspiration biblique vous est elle venue comme pour la série Mythologie ?

De manière générale, le thème est indispensable dans ma démarche créatrice. C’est le moteur de mon inspiration. Ce qui m’anime dans l’iconographie religieuse, c’est de me questionner sur l’être humain, sur ses imperfections et ses doutes. Comprendre les images religieuses me permet de comprendre la société dans laquelle nous vivons. Si je peins des scènes bibliques, c’est, dans un sens premier, détourné de la religion elle-même, pour relier les hommes entre eux, quel que soit leur âge, leur couleur, leur culture, leurs traditions. C’est cette volonté humaniste qui est au cœur de ma démarche picturale contemporaine.

Y a t-il des églises où l’on peut voir vos œuvres… alors que les musées sont fermés ?

Non actuellement, aucune église, mais des galeries oui ! Dans la Région, mes œuvres sont présentées en permanence à la galerie EP (Beziers) et Yves Faurie, (Sète). Ma prochaine exposition au mois de mai se tiendra à la galerie de Pauline Alagheband (Montpellier).

Avez-vous ressenti l’engouement du public pour les galeries qui ont profité de la fermeture des musées ?

Il est important que les galeristes exercent leur métier de passeur d’art, surtout à l’heure actuelle où les artistes sortent d’une période silencieuse, douloureuse mais néanmoins productive. La galerie est une vitrine indispensable pour le travail de l’artiste. Le sens véritable d’une œuvre d’art, c’est d’être vue. Pour l’amateur d’art, c’est d’en faire l’expérience physique, de s’y confronter avec ses yeux. Donc il faut aller dans les galeries.

Dans vos peintures, la matière paraît aussi importante que la forme figurative.

Je travaille la peinture sur la toile fixée au mur ou sur châssis par des traitements plastiques comme des frottages, des balayages, des coulures. Ces manipulations offrent une matière usée, vieillie presque salie.

Comme Kandinsky ou Malevitch à leurs débuts, vos peintures sont à la lisière du figuratif et de l’abstraction

Mes compositions sont figuratives mais je cherche, avant tout, à transcender cette réalité par des techniques mixtes, apporter une notion autre que descriptive. Cette frontière entre l’abstraction et la figuration, c’est un espace de liberté de création.

Le premier confinement vous a t il donné plus de temps pour créer, pour entreprendre une nouvelle réflexion artistique ou, au contraire, vous a t-il sidérée, stoppée dans votre désir de peindre ?

De nature, l’artiste est conditionné à la solitude, à l’isolement. En ce qui me concerne, je ne voulais pas lutter contre le passage du temps mais l’accompagner. Faire du confinement une expérience, une aventure. Mettre à profit cette période fragile au service de la création d’un catalogue en autoédition.

C’est ce catalogue d’artiste qui vient tout juste de sortir des presses ? Cela signifie que vous avez pris en charge l’édition de l’ouvrage sans passer par l’intermédiaire d’une galerie d’art ? C’est rare chez les plasticiens ?

Ce projet de création de catalogue fut une expérience nouvelle pour moi. Je n’ai aucune formation dans ce domaine éditorial. Je suis entrée en relation avec le Chameau Malin, une maison d’édition à Béziers, qui m’a conseillée sur la mise en page, le cadrage, la correction des écrits, la qualité des photos. J’ai fait imprimer le livre en Italie. Je voulais prendre en charge le financement pour être libre. Obtenir des aides financières est un travail laborieux et peu valorisant en général.

Ce catalogue de 88 pages pour illustrer votre pratique artistique, est-ce déjà une monographie de votre œuvre ?

Durant le premier confinement, j’ai demandé aux galeristes avec qui je travaille, qui connaissent et défendent mon travail, d’écrire un texte sur ma peinture. Il a fallu faire aussi une sélection sur les peintures choisies et publiées. Cela fut compliqué !

Vous avez votre atelier au Moulin Cordier (Béziers). Quelle chance ! Vous y travaillez en permanence ou est-ce une résidence temporaire ?

Depuis janvier 2020 et pour deux ans, je suis en résidence dans l’ancien Moulin de Bagnols dit Moulin Cordier. C’est un lieu magnifique, enchanteur et propice à la création. J’y travaille régulièrement, y compris parfois le dimanche.

Propos recueillis par Patricia Bussy

Prochaine exposition, du 4 mai au 30 juin, à « La Galerie » de Pauline Alagheband (Montpellier). Catalogue, 20 €, disponible en galerie. Voir liste sur le site  de l’artiste :

https://corinnetichadou.fr/

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