Le magazine d'actualités culturelles en Languedoc-Roussillon

CIE LA HURLANTE – Des créations en mode partagé

Cette année malgré tout, la scène de Bayssan à Béziers poursuit ses actions en direction de la jeunesse, tout en prolongeant sa mission d’accueil en résidence des artistes et compagnies. En mars dernier, c’est La Hurlante, théâtre de rue, qui pose ses valises à la chapelle Saint Félix, afin de finaliser sa nouvelle création. L’auteure et metteure en scène, Caroline Cano, nous raconte comment elle et sa troupe avec les enfants revisitent Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll. Une œuvre où l’enjeu dramaturgique crée un moment de complicité avec le public.

Dans votre libre adaptation, intitulée L’autre rêve d’Alice, qu’avez-vous retenu de l’œuvre originale ?

Nous avons gardé l’aspect onirique et aussi l’idée qu’Alice ne cesse de rencontrer des personnages qui la déroutent de son chemin habituel. Toutefois, nous sommes très loin du livre. Nous évoquons l’histoire de Lewis Caroll sans être une adaptation : deux conteurs décident de raconter une histoire à une petite fille qui rencontre des difficultés à s’endormir. Elle s’appelle Alice. Elle sort peu car beaucoup de choses lui font peur, les bruits, la foule, les lumières trop fortes et l’inattendu. Le conte va lui permettre de se projeter hors de chez elle, de voyager. Nous lui racontons les premières pages du livre de Lewis Caroll et, assez vite, notre histoire dévie. Tout l’enjeu de la nouvelle narration, c’est d’entraîner Alice, qu’elle puisse via l’imaginaire rencontrer différentes personnes, qu’elle puisse s’apaiser et passer des nuits plus calmes. Nous parlons avec elle de ce que ça fait quand nous découvrons l’autre, quand nous allons vers ce qui nous interroge, vers ce qui fait peur ou envie.

Parlez-nous du dispositif scénique avec les enfants.

Alice est destinée à être joué dans des espaces non dédiés. Nous souhaitons que les enfants spectateurs puissent investir l’espace scénique comme si on était assis autour d’un feu de camp un soir de veillée. Nous jouerons aussi sur des plateaux de théâtre si l’espace permet ce dispositif, très important pour nous. Pour ce spectacle, nous avons fait des ateliers avec les enfants en situation de polyhandicap, où nous faisions surgir des personnages au milieu de jeux ludiques et théâtraux. Afin d’être bien compris par notre auditoire, nous avons développé toutes les façons d’aborder notre histoire, le son, le visuel, notre proximité avec eux. Nous avons la marionnette (Alice), de la danse, des photos, du théâtre d’objets, des voix, des sons, de la musique très présente. Ce spectacle est une création en partage. Nous proposons à un groupe d’enfants de devenir complices lors de nos représentations. Ils incarnent des personnages via des enregistrements sonores et des photos.

La lumière et la part plastique des objets jouent aussi un grand rôle ?

Nous avons souhaité créer des images oniriques. Comment la chambre d’une petite fille devient-elle la scène des histoires ? Avec les draps, lampes, papiers et les petits objets qui deviennent les supports de projections, les costumes et même les personnages.

Une aventure théâtrale avec toute une chaîne de compétences, les conteurs, qui dansent, jouent et font bouger les objets, la marionnette et sa manipulatrice, le photographe, le créateur de lumière et d’images projetées, le compositeur de musique et récolteur de son…

Nous avons collaboré pour la première fois avec Jérôme Hoffman de la Cie Braquage Sonore, qui est musicien et créateur sons. En plongeant avec nous dans les répétitions, il a composé en s’inspirant des situations, de nos gestes et rythmes de jeu. Un travail très harmonieux. Le créateur lumière, Stéphane Garcin, a aussi apporté une touche magique à notre propos. Hélène Rosset a créé notre Alice, une marionnette à main prenante, lunaire et touchante. Sarah Freby, qui a été notre regard extérieur, sur la dramaturgie et la mise en scène, a apporté une aide précieuse, elle nous a permis de simplifier notre chemin créatif.

Vos autres projets, dont Nos Histoires sont notre territoire, se passent eux dans la rue ?

Le travail de la Cie est principalement basé dans l’espace public. J’ai mis en scène deux déambulations de théâtre, Regards en biais et Fougues. Nos histoires sont notre territoire, c’est une création de territoire, où nous proposons à une dizaine de jeunes gens de créer une fiction radiophonique qui sera ensuite diffusée en déambulation dans les rues d’un quartier ou d’un village. Le parcours est aussi ponctué de scènes jouées. L’histoire de départ est celle d’un groupe d’amis qui se réunit car l’un d’entre eux s’en va. Ils décident alors de faire une dernière balade dans leur quartier en se remémorant des souvenirs, en se confiant sur ce qu’ils traversent. Alternant scènes de fiction et des témoignages, l’œuvre nous fait découvrir chaque jeune du groupe ; on est touché par la force, la beauté, la fougue de leurs paroles.

Je travaille actuellement sur un début d’écriture pour un autre spectacle de rue, qui s’appellera Les Ailes. Il se déroulera dans une rue où j’incarnerai 7 femmes qui y habitent ou y travaillent. Elles sont toutes témoins d’un événement, qui va leur donner envie de prendre une décision. Une révolution intime va s’imposer à chacune d’entre elles.

Les reports et annulations vous mettent à rude épreuve.

Nos partenaires nous soutiennent mais ils ont souhaité reporter les représentations prévues en 2020. Les premières annulations pour juin 2021 arrivent malheureusement. Nous sommes, comme beaucoup de compagnies, mis sous tension. Ne pas pouvoir pratiquer notre profession provoque un fort sentiment d’injustice. Comme si notre corporation était incapable de gérer le public et les gestes barrières. Quand je me rends au supermarché ou lorsque je prends les transports en commun, je ne vois pas en quoi notre pratique est plus dangereuse… C’est un vrai carnage pour notre profession. Et pour les amoureux du spectacle vivant.

Propos recueillis par Patricia Bussy

www.cielahurlante.fr/

www.facebook.com/cie.lahurlante?fref=ts

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *