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Barrut, porte-voix dans nos campagnes

Dans la lignée d’artistes tels que André Minvielle ou le Massilia Sound System, La Mal Coiffée ou Du Bartas, la troupe héraultaise chante en occitan. La Part de l’Orage, leur 1er album. Les voix du Barrut s’interpellent, se répondent, se chevauchent jusqu’à nous faire entrer dans la transe. Un effet cathartique apporté par la polyphonie, les percussions et les corps en mouvement. Tour à tour bouillonnants ou émouvant, leurs lyrics engagés explorent des zones de combats, des luttes intimes, politiques et universelles. Delphine Grellier nous en dit plus.

Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore : Barrut c’est quoi ?

Barrut, c’est une bête polyphonique à 7 voix. 3 femmes et 4 hommes qui, après s’être rencontrés, en 2013, ont décidé de chanter ensemble leur poésie et de mettre en voix leurs réflexions sur le monde d’aujourd’hui.

En 2018, vous êtes entrés dans la tribu de Pierre Perret et vous avez participé à ce formidable rassemblement de chanteurs et musiciens à la salle Pleyel de Paris pour fêter ses 60 ans de carrière.

Nous avons intégré ce beau projet par le biais de nos amis des Ogres de Barback. C’était une aventure formidable et une très belle rencontre avec Pierre Perret. Les Ogres ont l’art de fédérer autour d’eux avec beaucoup de simplicité et d’efficacité, je ne doute pas qu’ils puissent réitérer ce type de projet.

Plus qu’un groupe, vous avez l’air d’une famille, qui prend soin les uns des autres. C’est ce qui ressort de votre clip Lo Prètz de la nuèit… filmé au Château de Marchastel (Aubrac), où vous avez enregistré l’album en 2019.

C’est tout à fait le cas. Les fondations de Barrut se basent sur des liens très étroits tissés entre les 7 membres, qui se sont renforcés depuis 8 ans. Nous avons fait le choix d’installer notre studio d’enregistrement au château de Marchastel pour pouvoir nous immerger totalement dans ce travail pendant un mois. Le plateau est relativement isolé, mais aussi baigné de lumières toutes plus magnifiques les unes que les autres et changeantes au cours de la journée ; ces paysages puissants étaient tout à fait propices au chant dans toutes ces dimensions. Le château en lui-même est un espace très agréable et chaleureux et nous avons mis un soin particulier à ce que le mois passé là-bas soit musical et gastronomique, notamment grâce aux inimitables Alex et Magali, propriétaires de l’Auberge de la Tourre située en face au château.

Une année 2020 compliquée pour sortir un album. Avez-vous rencontré des difficultés pour finaliser le projet discographique ?

C’est le moins qu’on puisse dire ! La sortie de notre album a été repoussée trois fois, l’album est prêt et il existe physiquement depuis le mois d’août 2020, sans avoir pu, pour le moment, être diffusé, ni joué. C’est une immense frustration pour nous, comme pour tous les artistes actuellement soumis au silence et à l’immobilité depuis un an. Nous attendons avec impatience la réouverture des salles et l’assouplissement des contraintes sanitaires pour tous les événements culturels ; c’est illusoire de croire qu’une société et ses artistes peuvent survivre sereinement sans culture ni expression artistique.

Vous avez un répertoire de chansons traditionnelles ou vous créez vos compositions ?

Nous n’avons pas de répertoire de chansons traditionnelles, nous chantons uniquement nos compositions. Nos textes puisent dans le monde d’aujourd’hui ce qui nous provoque de la joie, peine, colère, révolte, introspection…

Sur le livret de l’album, on peut lire les paroles en deux langues, occitan/français. Où trouvez-vous l’inspiration ?

La plupart des textes abordent des questions politiques, à des échelles variées allant de réflexions sociétales sur le capitalisme, l’écologie, les inégalités socio-économiques à des expressions plus intimes sur l’exil ou l’activisme par exemple. Quelques textes racontent aussi le vécu des affres de l’existence, l’amour, la mort… Quand nous mettons ces textes en musique, chacun apporte sa patte et sa couleur, sachant que nous venons d’horizons musicaux très variés.

Chante-ton le même occitan, que l’on vienne de Gascogne, de La Ciotat ou de l’Hérault, comme vous ?

Non, il existe des occitans plus qu’un occitan, avec des variations de vocabulaire et de prononciation, ce qui n’empêche pas les locuteurs de la langue de pouvoir tous se comprendre, comme un Québécois comprendrait un Français en quelque sorte.

Des chansons très poétiques où l’esprit est plus combatif que festif. C’est l’air du temps qui vous imprime cette tristesse ?

Oui, ces dernières années ont assombri nos textes, probablement parce que nous avons le sentiment de vivre dans une société plus dure, plus injuste et, à bien des égards, plus révoltante, sans forcément en voir le bout. La musique remplit bien sa fonction en mettant en voix ce type de réflexions et de sentiments. Bien entendu, la musique a d’autres fonctions, notamment festives, mais il y a un temps pour tout.

Appel à la révolte paysanne (Indigènas), noirceur du travail de la mine (Tío), pêcheurs en souffrance sur une mer déchaînée (Embruns)… Vous êtes sensibles à la cause ouvrière d’hier et d’aujourd’hui ?

Notre musique est humblement et simplement un écho d’une partie de la réalité du monde d’aujourd’hui, en tous cas telle que nous la percevons : inégalités sociales et économiques croissantes, catastrophes écologiques, progression des populismes et des nationalismes, acharnement dans la logique capitaliste au détriment des droits et libertés fondamentales…

En plus, privés de carnaval cette année ! Pourtant, vous aviez Mascarada, une chanson toute destinée à nous faire entrer dans la transe…

Oui, l’année 2021 commence effectivement bien tristement ! Mascarada, c’est un texte écrit pendant les dernières élections présidentielles, la mascarade politique n’étant pas terminée, il sera toujours temps d’entrer en transe pour évacuer nos frustrations !

Propos recueillis par Patricia Bussy

La Part de L’Orage (Oxi’vent / Tanin Rec. / M.A.D / PIAS

https://oxivent-production.com/barrut/

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