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Aurélia Frey – Une relecture photographique de Balzac

Crédit : Aurélia Frey, Dilecta(e)

Dilecta(e) est un livre qui s’effeuille avec délicatesse. L’artiste Aurélia Frey explore en images Le lys dans la vallée, un classique de la littérature française dont l’héroïne balzacienne révèle ses désirs et ses regrets. La nature intemporelle accueille les traces d’un amour impossible. Ce livre publié par Les Editions de l’épair est d’une grande finesse tant par son contenu que sa réalisation. L’univers ambivalent est à la fois doux et mélancolique avec la pesanteur de la solitude. Le livre est attendu pour novembre.

Pourquoi avoir choisi ce roman pour explorer le Château de Saché ?

Le lys dans la vallée a été mon « roman de chevet » lorsque j’étais adolescente. Au moment de répondre à l’appel à projet pour cette résidence de création au Musée Balzac, ce roman s’est naturellement imposé, avec une relecture des années plus tard.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le personnage de Blanche Henriette de Mortsauf ?

C’est l’ambivalence de Blanche-Henriette. Aveugle et présente au monde, étrange oxymore ! Elle est duelle, éprise d’idéal, de perfection, mais rêvant d’aimer et d’être aimée. Cependant, elle est toujours rattrapée par le temps, la société, la religion. C’est un personnage féminin dont l’univers intime est le seul palliatif à la souffrance et aux tumultes du monde : le paysage et la nature comme expression des sentiments. De sa vie de recluse, Henriette qui a toujours refoulé ses désirs et ses pensées les plus secrètes se meurt. Non d’amour mais de ne pas s’être trouvée.

Pouvez-vous nous expliquer le titre de votre livre ?

Dilecta du latin la « bien aimée » est le nom donné au premier amour d’Honoré de Balzac, Laure de Berny. Le (e) mis entre parenthèse est le pluriel. Nous pouvons songer que Blanche Henriette n’est pas la seule « bien aimée ». En écho se répondent pour moi d’autres personnages féminins de la comédie humaine, Lady Brandon (La Grenadière), Stéphanie de Vandières (Adieu).

Dans ces pages, la nature est très présente…

Le paysage est omniprésent, Balzac décrit la vallée, les arbres, l’Indre, les plantes et les fleurs. Il choisit ainsi que Félix de Vandenesse, son héros, compose des bouquets à l’attention d’Henriette de Mortsauf pour lui témoigner son amour. La nature alors a toute sa place comme langage poétique et amoureux.

Il est question d’images mentales…

Pour construire ce travail, je me suis d’abord imaginée entrer dans l’intimité du personnage. Comme si après sa mort, quelqu’un venait découvrir ses secrets, ses objets, les lieux où elle vécut. J’ai cherché des traces de vie, la présence de cette héroïne et ses souvenirs. C’est une recomposition d’images mentales, ces images fugaces que l’on a envie de fixer. Ces images rassemblées me permettent de rendre sensible ce personnage, de révéler son âme.

Extrait de la maquette du livre, Aurélia Frey, Dilecta(e)

Il y a de nombreuses natures mortes avec des jeux de lumières ainsi que des fragments de toiles. Comment travaillez-vous ces « décors » ?

Je suis toujours à la recherche de lieux intemporels, d’un grenier, d’un domaine, d’une maison où la vie s’est installée tout doucement, où les murs conservent « des pans de vie ». J’ai rencontré des personnes qui ont accepter de m’ouvrir leurs demeures. J’ai pu photographier des ambiances dans des clairs obscurs. Je n’utilise pas de lumières artificielles, je joue seulement avec la lumière naturelle, avec des objets qui me parlent. Je photographie toujours la peinture, son négatif avec ses tâches, ses éclats de lumières, ses textures, son verni. Ce sont des fragments, des détails permettant d’entrevoir une autre lecture.

Qu’apporte la publication d’un livre ?

Le livre est une démarche spécifique, une libre interprétation des mots. C’est un espace où l’on développe un autre rapport aux images, par rapport à une exposition par exemple. Ce travail d’édition est un véritable temps d’échange et de complicité. C’est un livre à plusieurs voix pour la direction artistique avec les deux cofondatrices des éditions de l’épair et Marie Maurel de Maillé pour la création graphique, ainsi qu’entourée par les mots de Marc Blanchet, poète et Isabelle Lamy responsable du Musée Balzac à Saché.

L’ouvrage a la particularité de contenir un herbier, quel est son sens dans cette création ?

L’herbier photographique s’est imposé comme une évidence. Félix de Vandenesse offre ses bouquets de fleurs à Henriette. Chaque jour différentes, ces fleurs expriment son amour, comme des secrets susurrés à l’oreille. Les bouquets sont tantôt sensuels, amoureux exprimant ses émois. Encore une fois, je me suis imaginée retrouver les herbiers d’Henriette après sa mort. Comme si elle avait conservé chaque fleur, chaque pétale au fil des jours, pressés dans un petit journal intime.

Quelles sont vos prochaines actualités ?

Début novembre, je serais présente sur le Festival Arts Atlantique à La Rochelle (5 au 7 novembre) où seront visibles mes ensembles photographiques Le sortilège des marins et Dilecta(e). Dans le cadre de Paris-Photo, Les Editions de l’épair m’invitent à plusieurs signatures, notamment à la librairie parisienne La Nouvelle Chambre Claire le 11 novembre et au salon d’éditeurs Polycopies les 13 et 14 novembre. J’ai aussi des résidences à venir pour l’année 2022.

Propos recueillis par S.Berthomieu

Livre : Dilecta(e), Aurélia Frey

Disponible en commande

Sortie début novembre 2021

Imprimé en France, Escourbiac

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Commande de l’ouvrage : https://www.helloasso.com/associations/les-editions-de-l-epair/collectes/precommande-livre-dilecta-e-aurelia-frey-marc-blanchet

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