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AUREL – DES LIENS D’APPARTENANCE ENTRE DESSIN ET HISTOIRE

crédit photo : Celine Escolano

De son vrai nom Aurélien Froment, le dessinateur de presse a commencé
sa carrière dans la presse locale. Il débute dans le quotidien L’Hérault du
jour, avec des croquis d’audience captés lors des procès d’assises. Déjà
ce goût du réel ! De nombreuses BD et reportages dessinés plus tard, il
s’attelle en 2016 à un projet ambitieux. Josep, son premier long-métrage
d’animation est basé sur l’histoire vraie d’un réfugié Républicain espagnol
dans le sud de la France et de son passage dans les camps de la Retirada.

Entre le documentaire Bartoli, le dessin pour mémoire, du cinéaste
historien Vincent Marie, votre long-métrage d’animation Josep, produit
par Les Films d’Ici Méditerranée sur un scénario de Jean-Louis Milesi et
votre bande dessinée du même nom, éditée sur un label indépendant de
musiques actuelles (Irfan)…. pouvez-vous nous raconter la connexion
entre ces projets ?

Ce projet est né il y a une dizaine d’années lorsque j’ai croisé les dessins de
Bartoli pour la première fois dans le livre de son neveu Georges Bartoli. Au bout
de quelques années de travail et de recherche avec mon producteur Serge
Lalou, j’ai proposé à Jean-Louis Milesi d’en écrire le scénario. Il y a trois ou
quatre ans, alors que nous étions en train de monter le financement du film, le
producteur a eu l’idée de commander à Vincent Marie un documentaire sur
Bartoli, ce qui permettrait de mettre l’eau-à-la-bouche et d’apporter un
contrepoint factuel à mon film. Le documentaire est sorti deux ans avant le film
animé Josep. Quant à la BD, c’est une pure adaptation du film. Nous avions
envie d’un support papier parmi tous les à-côtés que nous avions pensés dès le
départ autour du film (le documentaire, des expos, etc.)
Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce pan peu glorieux de notre Histoire, le
soutien de la France aux Franquistes ?
Cette histoire vraie n’a rien de personnel. Je n’ai aucune origine espagnole. Je
ne m’intéresse qu’aux histoires vraies. Je suis dessinateur de presse,
journaliste et ce qui me motive, c’est d’aller fouiller, investiguer sur le réel pour y
trouver des histoires méconnues à partager.
Peut-on parler de récit mémoriel historique individuel et collectif ?
L’histoire de Josep est un cas d’école ! C’est l’histoire d’un homme qui a
traversé le XXesiècle et vécu des choses incroyables. Un artiste phénoménal,
pourtant quasiment personne ne le connaissait. Je savais que j’allais forcément
raconter un pan de l’Histoire en racontant son histoire.

Comment vous êtes-vous documenté ?

D’abord, j’ai eu un accès privilégié à des sources directes qui venaient des
membres de sa famille, son neveu Georges, sa veuve Bernice Broomberg ou
son homme de confiance, Jaume Canyameras, gardien d’une grande partie des
archives de Josep en Catalogne. Ils m’ont permis de lire des documents
introuvables, d’accéder à ses dessins originaux, etc. Pour le domaine
historique, Jean-Louis et moi nous sommes beaucoup basés sur les dessins de
Josep, la réalité des camps, sur de rares photos que nous avons trouvées dans
des livres confidentiels ou sur des sites d’associations de mémoires. Quand
nous avons commencé à travailler, il n’y avait aucun lieu de mémoire officiel qui
rappelle cette histoire des camps de concentration. Le Mémorial de Rivesaltes
est là aujourd’hui, mais nous avions déjà écrit trois versions de scénario quand
il a été inauguré !

 

L’Éducation nationale ou d’autres organismes de médiation mémorielle
vous ont-ils contacté ?

Plusieurs classes de collèges et lycées ont déjà vu et travaillé sur le film durant
cette année scolaire particulière… A partir de septembre, le film animé va être
présent dans les programmes officiels « Lycéens au cinéma » dans au moins
trois régions : Grand Est, Occitanie, Nouvelle Aquitaine.
A quoi attribuez-vous le succès public du film ?
Le fait de raconter un moment de notre histoire récente totalement méconnu
aide beaucoup. Je crois que la cohésion entre le fond et la forme touche
vraiment les gens. Et puis il y a un formidable scénario, des acteurs fabuleux et
une musique merveilleuse !
En effet, les chansons de Sylvia Perez Cruz apporte une charge
émotionnelle en plus. Elle a d’ailleurs gagné le Prix de la Meilleure
Musique à l’Académie des Lumières 2021. La rencontre avec la
musicienne catalane, comment s’est-elle produite ?
J’ai rencontré Silvia à l’occasion d’un portrait que j’ai fait d’elle pour le journal Le
Monde. Je connaissais sa musique que je trouvais formidable et je voulais
profiter de l’occasion pour lui demander d’utiliser une de ses chansons dans
Josep… Nous nous sommes tellement bien entendus que je lui ai proposé de
faire des voix (les principales voix féminines du film) puis toute la bande-son !
Et, au final, la chanson que je voulais lui emprunter à l’origine n’est pas dans le
film… elle a préféré en composer une spécialement !
Multiprimé, Josep vous permet de remporter entre autres le César du
meilleur film d’animation 2021, les prix Lumière et Louis Delluc du premier
film.

 

Alors, le cinéma-animation, un nouveau tournant dans votre
carrière ?

C’est évidemment un tournant et au-delà de l’honneur de recevoir tous ces prix,
cela ne me laisse évidemment pas indifférent pour l’avenir. Mais d’abord je vois
cette aventure comme une continuité de tout ce que je fais par ailleurs et ce que
j’ai fait jusque-là. Du dessin d’actualité à la BD en passant par le reportage
dessiné ou l’illustration de presse. Mais il est clair que c’est un nouveau monde
de possibilités qui s’ouvre à moi, un nouvel outil… Ce qui me fait le plus kiffer,
c’est de pouvoir enfin mettre du son sur mes dessins… Dessiner, imaginer,
créer, ne jamais refaire la même chose, se creuser la tête pour trouver le
meilleur moyen d’exprimer graphiquement une émotion, une colère, un
concept… et que, grâce à cette image, le spectateur comprenne tout ça. C’est
passionnant.

 

Propos recueillis par Patricia Bussy
https://www.lesitedaurel.com/
https://www.irfan.fr/artistes/discographie/151-josep.htm

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