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ARMÈLE MALAVALLON

Cadavres exquis

Propos recueillis par Miguel Diaz

Prix du roman noir VSD pour son premier livre « Soleil Noir » en 2015, Armèle Malavallon sort ce mois-ci son nouveau thriller « Dans la peau ». l’occasion pour !DEM de la mettre en garde à vue pour 30 minutes d’un entretien où elle avoue tout, ou presque.

Crédit photo : Christophe Carlier

Ton second roman est marqué de références personnelles. C’est une volonté d’intégrer ce genre de références comme un process de création à ton écriture ?

Selon moi, c’est inévitable. Un romancier se nourrit de sa propre expérience et du monde qui l’entoure. L’inspiration, c’est la vie. Si c’est flagrant dans les auto-fictions, et assez souvent aussi dans la littérature générale, cela apparaît moins évident dans la littérature de genre comme le polar ou la science-fiction par exemple, mais ça n’en reste pas moins vrai.

Mon précédent roman, « Soleil Noir », était un polar assez classique avec une intrigue basée sur les phénomènes de combustion humaine spontanée. Une fiction pure. Et pourtant, cela ne m’a pas empêchée d’y intégrer des références personnelles, comme le décor, Montpellier et sa région, des lieux qui me sont familiers, ou encore la mère d’un des enquêteurs, une vétérinaire appelée à la rescousse pour une histoire de poils de chat.

Pour « Dans la peau », la dimension personnelle apparaît plus importante parce que l’idée de ce roman est le fruit de ma rencontre avec Oscar Astiz, un tatoueur parisien qui a été pour moi une source d’inspiration extraordinaire. Il a été le point de départ du roman et j’ai ensuite tissé l’intrigue autour de son personnage. C’est tout naturellement (et peut-être en effet un peu plus que d’habitude) que j’ai ensuite intégré des éléments personnels à cette histoire qui reste cependant avant tout une fiction.

Encore une fois, on sent que tu t’es documentée sur certains aspects plus ou moins techniques dans ce roman. Est-ce que ce genre de recherche est exaltante ou bien un mal nécessaire à la crédibilité de ton histoire ?

Exaltante, c’est peut-être un qualificatif un peu fort, mais passionnante sans aucun doute. C’est mon côté véto qui ressort. J’aime tout ce qui concerne la médecine, la biologie et la science en général, donc forcément lorsque j’écris, notamment du polar, j’ai tendance à m’intéresser aux détails techniques, les causes de la mort, l’autopsie, les indices, etc… Toute la partie médecine légale me passionne et c’est donc un plaisir de m’attarder sur tel ou tel sujet et d’effectuer les recherches qui sont en effet nécessaires à la crédibilité de mon histoire. Ça, c’est mon côté rigoureux et un peu maniaque, je n’aime pas les erreurs et les approximations.

Par exemple, je peux passer des heures à étudier les différents poisons et leur mode d’action, ça m’amuse beaucoup. (Ça, c’est mon côté Marie Besnard…)

Pour « Dans la peau », je me suis beaucoup documentée sur la dégradation des corps en milieu aqueux et j’ai ainsi appris des choses fascinantes sur les lésions de charriage qui m’ont inspiré une scène de ballet aquatique sous la Seine.

Comme quoi, de la science à la littérature, il n’y a parfois qu’un pas à franchir. À condition d’aimer les deux.

Quand tu démarres l’écriture d’un roman avec une intrigue policière, est-ce que tu connais déjà la fin ?

Oui et non. Lorsque je commence à écrire, j’ai la trame générale, le début, une vague idée du milieu et la fin. Je sais ce que j’ai envie de raconter et où je veux aller. Mais il arrive souvent qu’en cours d’écriture, mes personnages m’emmènent ailleurs, me fassent dévier du chemin préétabli. Cela s’est particulièrement vérifié pour ce dernier roman. Avec « Dans la peau », je ne voulais pas écrire un polar classique, un traditionnel « whodunit » ou une énième histoire de tueur en série avec les éternels morceaux de cadavres atrocement mutilés. Je ne voulais pas d’un roman manichéen, avec les méchants d’un côté et les gentils de l’autre. Tous les personnages ont une part d’ombre, chacun son monstre intérieur, son propre dragon dans la peau. Et du coup, mes propres personnages m’ont embarquée dans leur histoire et la fin n’est pas tout à fait celle que j’avais imaginée au début.

C’est comment la vie de romancière à polars à Montpellier ? On se sent pas trop seule ?

Comment te dire… Je pourrais me contenter d’un laconique et biblique  « Nul n’est prophète en son pays », mais puisque tu insistes vraiment beaucoup, je dirais que l’on ne se sent pas toujours très soutenu.

Un exemple ? Allez, un exemple : nous sommes en mai, mon deuxième roman, un thriller, genre plutôt apprécié du grand public, vient tout juste de sortir (c’est une nouveauté, c’est bien les nouveautés !) chez un grand éditeur national. Le week-end prochain, je suis invitée à la Fête du Livre d’Hyères, gros salon, plus de 150 auteurs, le déplacement et l’hôtel sont pris en charge, nourrie tout le week-end, pour venir rencontrer le public et signer mon livre pendant deux jours.

Le week-end suivant, c’est la Comédie du Livre à Montpellier. J’habite à dix minutes à pied de la place de la Comédie (autant dire que je n’irais pas même quémander un sandwich) et je ne serai pas invitée.

Cherchez l’erreur.

Outre les imbroglios liés à la cuisine interne de la Comédie du Livre, c’est surtout la réponse type que la librairie Sauramps a fini par daigner m’envoyer après m’avoir fait attendre pendant des mois qui m’a sidérée. Jamais vu un tel manque de courtoisie vis à vis d’un auteur. Cette librairie n’est décidément plus ce qu’elle était. Après avoir frôlé le dépôt de bilan, ce n’est pas en se comportant de cette manière avec les auteurs qu’ils réussiront à gagner la guerre contre Amazon.

Maud Langéral sera-t-elle l’héroïne de ton prochain roman ?

Tu fais référence au personnage de Maud Langevin pour lequel je me suis (un petit peu) inspirée d’une amie très chère, Maud Saintin, qui a eu l’idée folle de changer de nom depuis en passant devant monsieur le Maire.

Le personnage de Maud ou celui inspiré de Lucette, sa maman, qui nous a quittés depuis et à qui j’ai dédié ce roman, sont des clins d’oeil, des évocations. Elles m’ont inspirée parce qu’elles m’ont accompagnée pendant l’écriture du roman, ce sont les petites références personnelles dont on parlait tout à l’heure, mais les personnages que j’ai créés ont une vie propre, ils se sont affranchis de leur modèle et n’ont rien à voir avec la réalité.

« Maud Langéral » et son mari qui aime les épouvantails (eh oui, lui aussi…) pourraient donc tout à fait revenir dans un autre roman, mais pour donner vie à des personnages complètement différents.

Maud Langevin, quant à elle, restera à jamais Maud Langevin.

« Dans la peau »19€, Editions Ramsay,

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