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JIMMY RICHER – Dessiner les métamorphoses de la nature

Ni plat ni sphère est la troisième exposition personnelle depuis 2017 à la galerie montpelliéraine chantiers BoîteNoire située dans l’Écusson. Les œuvres, pour la première fois exposées sont visibles jusqu’au 10 juillet. A travers le dessin, son médium de prédilection, ce jeune artiste explore les transformations du monde en particulier celles du vivant. A quelques jours de l’ouverture du lieu, nous avons pu échanger avec Jimmy Richer sur ce nouveau projet pour lequel il souhaite poursuivre sa réflexion.

 

Quelle est la matière première de cette exposition  ?

J’étais en résidence de création à Uzès lorsque le premier confinement en 2020 l’a stoppée. J’ai poursuivi mes recherches et études sur le planisphère, les métamorphoses, le minéral, le végétal en réalisant beaucoup de dessins mais aussi beaucoup de lectures. Il y a une grande famille de pensée autour des thématiques que j’explore dans ce projet. Les écrits sont très riches, il y a une effervescence de la recherche sur le vivant et l’écologie dans différentes disciplines, en anthropologie, entomologie, philosophie, architecture… Il y a un croisement et des collaborations avec les arts. J’ai notamment regardé les ouvrages de Francis Hallé, botaniste et biologiste, Vinciane Despret, philosophe des sciences, les travaux récents d’Emanuele Coccia, l’ouvrage Terra forma qui vient de paraître avec la participation de Frédérique Aït-Touati.

Cette exposition a été décalée en raison des contraintes sanitaires, cela fait 5 ou 6 mois que je la prépare, j’étais vraiment impatient d’aller attaquer le mur. Elle sera visible jusqu’à l’été, en espérant qu’il n’y ait pas de nouvelles fermetures (*les galeries sont contraintes de fermer en avril).

Ce travail détourne le dessin cartographique mais aussi explore le registre naturaliste…

A chacun de mes projets ou expositions, je m’approprie un champ lexical du dessin. Par exemple, l’été dernier pour mon exposition «  Casa – une paléo-fiction  » au FRAC OM j’ai présenté des travaux en noir et blanc uniquement. Pour l’exposition à La Panacée, j’ai proposé un autre registre avec un univers ésotérique.

Ici, j’ai intégré le travail de l’aquarelle à mes dessins en m’appropriant notamment le style de dessins naturalistes. C’est une exposition conçue sur mesure pour l’espace de la galerie, avec plusieurs formats et fresques.

Justement, en quoi est-ce important pour vous de varier les supports et les dimensions de vos œuvres ?

Il y a une vingtaine de dessins encadrés et un dessin mural. Cette variation permet un rapport au corps différent, suivant le support une approche du dessin est différente. J’ai une préférence pour un dessin envahissant, lorsque le dessin se confronte à mon corps entier. Lorsque je dessine, mon corps est dans l’objet, dans le dessin. J’apprécie le rapport d’échelle nécessitant de se rapprocher pour dessiner un détail ou au contraire prendre du recul pour obtenir une vue d’ensemble. Cela m’évoque un changement de focale, avec l’idée d’une vision microscopique ou à l’inverse macroscopique. Le dessin est une histoire de lignes, d’espace et de scénario. Varier les optiques du plus global à l’intimité, changer de points de vue est particulièrement stimulant.

Finalement, le mouvement de votre corps est similaire à celui du spectateur…

Oui tout à fait ! Le dessin englobe aussi le visiteur d’une exposition et l’incite à se rapprocher pour observer les détails d’un dessin.

Le parcours du visiteur est donc lui aussi important dans la conception d’une exposition ?

Habituellement, sur mes expositions je propose un scénario, une fiction où je guide le visiteur avec un sens de lecture. Ici, c’est une exposition assez ouverte où j’expose une matière de réflexion, où je questionne les représentations du monde avec des études sur le dessin. Ce travail va donner suite à d’autres choses, avec des tentatives pour aller au bout de cette démarche.

Le titre est accrocheur !

Ce titre résume assez bien la problématique des recherches de cette exposition sur la carte, la philosophie, les récits de vie, avec l’envie de mieux parler du monde. Quand nous regardons un plan, nous voyons les lignes des frontières, le nom des pays, un découpage géographique induisant des propriétés, des politiques. Ce jeux de mots, ni plat, ni sphère est un faux débat, car l’un comme l’autre ne donne qu’une infime représentation du monde dans lequel n’apparaît pas le vivant avec son mouvement, ses mutations, ses interactions… Le monde n’est ni plat, ni sphérique, comment représenter le vivant ?

Pouvez-vous nous présenter certaines de vos œuvres ?

Il est possible de voir une série de dix dessins nommés «  Le(s) génie(s) naturel(s)  ». Ces totems dessinés à l’encre font écho aux génies de la nature, il s’agit d’assemblage, de matière vivante, je dessine les mutations, les éléments…

Dans un format plus petit, il y a une série intitulée «  Les métamorphes  » avec la représentation des papillons là-aussi autour de matière organique, il y a un rapport à l’alchimie dans ces dessins à l’aquarelle.

«  Entropia  » exprime le mouvement, quelque chose en train de muter sur des vestiges construits par l’homme. Mon objectif n’est pas de représenter une opposition homme/nature.

Pour revenir sur la thématique de la carte, c’est très difficile de dessiner une carte qui ne soit pas figée, c’est le propre de ce dessin de proposer un périmètre, ici je propose plutôt une matière sans bords définis.

Malgré la difficulté à entrevoir les prochains mois, quels sont vos projets ?

Il y a beaucoup d’incertitudes, plus largement le milieu culturel navigue à vue. Malgré tout, j’espère réaliser plusieurs résidences sur cette thématique en 2022. D’ici là, j’ai pu débuter une résidence au collège Voltaire à Remoulins dans le Gard. Il y a un programme de transition écologique dans ce collège, je travaille sur cette thématique avec les élèves, nous allons réaliser un journal d’ateliers ensemble et je prévois une installation dans ce lieu.

 

jimmyricher.com

www.leschantiersboitenoire.com

Du jeudi au samedi de 15h30 à 19h

Entrée libre, jusqu’au 1à juillet

http://jimmyricher.com/

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